Il y a parfois des victoires dont on se passerait bien... Je vous ai prévenu à plusieurs reprises, tout au long de cet été, sur le fait que notre argent n'intéressait plus les banques. Tous ces avertissements sont aujourd'hui réalité. BNP Paribas Fortis, la première banque du pays a franchi le pas: elle a annoncé officiellement qu'à partir du 1er septembre prochain, elle abaissera les taux sur tous ses comptes d'épargne, et elle l'abaissera au taux minimum légal de 0,11%, soit 0,01% de taux de base augmenté de 0,10% de prime de fidélité. Cette baisse du taux sera également en vigueur auprès de sa filiale Fintro.

Est-ce une surprise ? Non, d'abord, parce que le patron d'ING a déclaré à la presse que même le taux minimum légal de 0,11% était intenable selon lui. En clair, le patron d'ING plaidait pour ramener le taux minimum légal à 0% ! Ensuite, le patron de la KBC a déclaré quelque chose de similaire. Toutes ces déclarations n'avaient qu'un seul but, préparer les esprits à ce qui s'est passé avec BNP Paribas Fortis. C'est clair, les banques commerciales souffrent du fait que les taux d'intérêt sont bas, beaucoup trop bas pour qu'elles puissent faire correctement leur métier. En fait, elles n'ont plus besoin de notre argent, de nos dépôts, car ces dépôts leur coûtent de l'argent. Il faut savoir que les banques déposent elles-mêmes leurs liquidités auprès de la banque centrale européenne qui les ponctionne de 0,40%. En clair, nos banques paient une pénalité, une sorte de taxe de 0,40% pour leurs propres liquidités, et comme en plus les banques croulent sous les liquidités, notre argent les intéresse moins.

Sans vouloir jouer au devin, il est clair que maintenant que BNP Paribas Fortis est sortie la première du rang, toutes les autres banques vont suivre avec parfois des nuances, mais elles vont se sentir enfin libérées. La deuxième étape n'est pas loin non plus, elle consiste à faire ce qui se fait déjà dans des pays étrangers, c'est-à-dire taxer des dépôts des clients au-delà d'un certain montant. Puis, la troisième étape, et j'espère sincèrement que l'on n'y arrivera jamais, consistera à supprimer le cash de nos sociétés. Pourquoi, je vous dis cela ? Parce qu'officiellement, les autorités politiques nous endormiront en disant que le cash est inutile dans une société numérique, qu'il prend de la place, qu'il coûte cher à manipuler, etc.

Mais la vérité n'est pas là : le jour où il n'y aura plus de cash dans nos sociétés, il suffira à un gouvernement sans le sou, d'instaurer un taux d'intérêt négatif sur nos comptes, et hop, comme par magie, cet Etat fera rentrer des sous sans nous demander notre avis. Normal, s'il n'y a plus de cash, nous ne pourrons plus aller au guichet et retirer notre épargne, nous serons pris au piège de l'argent virtuel. Sauf pour la taxe qui, elle, sera tout sauf virtuelle.

Fort heureusement, nous n'en sommes pas encore là ! Mais vous comprenez pourquoi j'insiste depuis des semaines sur le fait que nous vivons une drôle de période avec ces taux d'intérêt négatifs. Plus que jamais vous devez vous intéresser à votre argent et le gérer au compas, car nous vivons une période de répression financière pour utiliser le jargon des économistes !

Ce sujet fait l'objet du dossier de couverture du magazine Trends-Tendances de cette semaine sous le titre Les banques ne veulent plus de votre argent.

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