et de la baisse des taux d'intérêt. Mais aujourd'hui, l'économie ralentit. C'est aussi une histoire de métiers. Nous sommes un avion à plusieurs moteurs : nous pourvoyons d'autres services que le crédit. Il y a l'assurance, l'asset management, le corporate banking, etc. Nous avons donc une certaine résilience au niveau des revenus.
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et de la baisse des taux d'intérêt. Mais aujourd'hui, l'économie ralentit. C'est aussi une histoire de métiers. Nous sommes un avion à plusieurs moteurs : nous pourvoyons d'autres services que le crédit. Il y a l'assurance, l'asset management, le corporate banking, etc. Nous avons donc une certaine résilience au niveau des revenus. Et c'est, enfin, une histoire d'investissement. Nous devons continuer à préparer l'avenir. Nous continuons à engager beaucoup de gens. Des centaines de personnes par an (la banque prévoit ces trois prochaines années 2.800 départs naturels et environ 600 engagements, Ndlr). Nous assurons des formations, et la mobilité interne est importante (250 employés y ont eu recours depuis le début de l'année, et 450 l'an dernier). Et c'est aussi un très gros investissement dans l'informatique. On est face à des montants de l'ordre de 500 millions d'euros par an. Mais c'est clair : la baisse des taux touche les métiers bancaires classiques. Les épargnants ont parfois l'impression que les banques ne veulent plus de leur épargne : chez ING, on milite pour que le prochain gouvernement abandonne le taux plancher de 0,11% sur les livrets d'épargne, et KBC veut supprimer l'avantage fiscal... Ce n'est qu'une impression. C'est évidemment une bonne chose d'avoir de l'épargne dans une économie. Mais la question est le rendement de ces produits. En 2010, le livret rapportait encore 2,5%. Vous êtes donc en faveur de la suppression du taux plancher de 0,11% ?Je ne rentrerai pas dans le débat concernant le taux minimum de 0,11 % ou sur l'avantage fiscal lié au livret réglementé. Mais on ne peut pas non plus nier le cadre monétaire. La réalité aujourd'hui est que le taux des dépôts de la Banque centrale européenne est à - 0,40 % et que le taux à long terme des obligations d'Etat allemandes est à - 0,70 %. Ce cadre monétaire pénalise l'épargnant mais favorise l'emprunteur. Il permet à l'Etat d'emprunter à taux négatifs et aux acquéreurs de logement d'avoir des taux de crédits hypothécaires très bas. Vous avez parlé du ralentissement de l'économie. Il vous inquiète ? Pour l'instant, la consommation et les services tiennent bien, mais on perçoit un ralentissement sensible du côté de l'industrie. Je vais utiliser une image. Nous sommes dans la situation d'un cycliste qui s'attaque au mont Ventoux. Trois choses comptent : le vélo, la qualité physique et la force mentale du coureur. Le vélo, c'est la politique de la Banque centrale européenne. Il est léger, bien profilé, on lui a même apposé un moteur électrique. Il ne peut plus être amélioré qu'à la marge... La chaîne du vélo, ce sont les banques. Cette chaîne est mise sous pression en raison du moteur électrique et de la pente qu'il faut monter. Il faut faire attention à ce qu'elle ne lâche pas. Et il y a le coureur. Ce sont les agents économiques, et notamment les entreprises. Il faut améliorer leur condition physique. C'est en partie le rôle des Etats. Que peuvent-ils faire pour améliorer les investissements, la recherche et développement, la formation, les infrastructures, etc. ? Comment gérer l'endettement public ? Il est en effet dangereux de ralentir trop rapidement les investissements. Et le dernier élément, c'est le mental. Or, la confiance est ébranlée, en raison du Brexit, de la guerre commerciale, etc. On voit bien la place de chacun, et notamment des Etats et de l'Europe, pour aider à restaurer le mental et soutenir le physique. Tout ce qui permet de promouvoir l'Europe et l'ambition du projet européen est très important. Sans quoi, nous risquons de tomber dans une spirale négative. Comment réagir à la pression des taux bas et aux effets de la digitalisation ? Par une combinaison de divers éléments : travailler sur les volumes, sur les marges, sur les prix corrects des produits que nous offrons, etc. C'est connu : lesbanques belges offrent beaucoup de services d'excellente qualité, à un prix plus bas que dans d'autres pays. Nous devons également chercher d'autres sources de revenus et naturellement toujours veiller à avoir les coûts sous contrôle. Ce qui est plus difficile aujourd'hui, c'est que tout s'accélère. A côté de la digitalisation et des taux, n'y a-t-il pas aussi un troisième élément qui joue : la pression des autorités de contrôle ? La Banque nationale regarde l'augmentation des volumes de crédit avec beaucoup d'attention et a instauré de nouvelles exigences en capital sur les crédits immobiliers. Oui. Et c'est son rôle de régulateur. Il est normal que la Banque nationale s'assure qu'il n'y ait pas de formation de " bulles ". En matière de crédit immobilier, nous avons une politique très prudente. Nous regardons avec attention l'évolution des prix des logements, le " service " de la dette et la capacité de remboursement des clients. Nous avons un niveau de provisions très bas. Mais en 37 ans de carrière, je n'ai pas connu de bulle immobilière en Belgique. Je pense que les banques ont fait leur travail, et continuent à le faire. Les mesures de la BNB vont faire monter les coûts des crédits hypothécaires ?La logique le voudrait. Mais il y a deux effets qui vont dans le sens inverse : la baisse des taux et la concurrence. Toutes les banques jouent dans le même pré carré. Nous sommes dans une compétition forte sur ces produits. Lors de l'annonce des résultats semestriels, vous avez annoncé la possibilité d'une hausse des tarifs. Vous allez les rehausser l'an prochain ?C'est une possibilité. Nous étudions de manière constante le pricing des produits. Vous dites que les banques belges sont très bon marché en comparaison avec les autres pays. Oui, et si je peux me le permettre, la qualité des services qu'elles prestent est d'un très haut niveau. Avec la digitalisation, le client fait davantage par lui-même. Il devrait aussi payer davantage ?On l'a dit, le modèle bancaire classique d'intermédiation est sous pression. Il est donc normal de se demander quel prix appliquer aux produits mais aussi aux services, à l'utilisation de l'application, à la convenience (la commodité, la facilité, Ndlr) que nous offrons. Ces éléments ne sont pas inclus pour le moment. Mais nous devons adapter ces tarifs d'une manière qui soit acceptable pour le client. Mais songer à augmenter les tarifs lorsque l'on fait un bénéfice semestriel d'un milliard... Vous avez une vision trop statique. Il faut considérer l'impact important que continueront d'avoir les taux négatifs sur le long terme. Dans un monde économique normal, vous devez équilibrer le prix que vous demandez pour les services que vous offrez, le bénéfice que vous réalisez et la rémunération du capital. Un capital doit augmenter régulièrement. Et lorsque, comme aujourd'hui, il y a une pression sur les marges d'intérêt, vous devez adapter votre modèle de revenu, car une baisse de 2% des revenus se traduit par une diminution de 11% des résultats. Or, il faut offrir aux actionnaires un retour sur fonds propres suffisant, sinon ils vous quittent ou refusent d'investir davantage et vous ne pouvez plus continuer votre job de soutenir l'économie belge. Au niveau du groupe, l'objectif de retour sur fonds propres est aux alentours de 10%. L'activité de retail banking en Belgique est un peu en dessous. Ce n'est pas un problème en soi, car ce métier présente aussi moins de risque. Mais il ne faut pas arriver trop bas. Les investisseurs croient-ils à ces objectifs de rentabilité ? On peut en douter quand on voit les faibles valorisations des actions bancaires sur les marchés.Les cours de Bourse dépendent de nombreux éléments. Si les valorisations des actions bancaires souffrent, c'est parce que les investisseurs anticipent l'impact des taux bas sur les résultats.... Nous en revenons toujours à la même chose ! Mais notre travail est de nous rapprocher le plus possible des exigences de rendements des actionnaires. Et puis, les cours de Bourse sont très volatils et déterminés par de multiples éléments : taux, contexte politique et économique, etc. Mais cela peut basculer. Et j'ajouterai qu'au niveau du groupe, BNP Paribas a bien géré ses risques et son développement. Le groupe s'est bien développé dans ce contexte particulier...