C'est un message particulièrement complexe que Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne, a délivré lors de la dernière réunion du conseil des gouverneurs de l'institution la semaine dernière.
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C'est un message particulièrement complexe que Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne, a délivré lors de la dernière réunion du conseil des gouverneurs de l'institution la semaine dernière. Primo, la BCE a revu ses prévisions de croissance de la zone euro, légèrement en hausse pour cette année (1,2% contre 1,1%), légèrement en baisse pour les deux prochaines années (à 1,4%). Secundo, elle a déterminé les conditions selon lesquelles les banques pourront profiter de ses nouveaux financements de long terme (les Targeted Long Term Refinancing Operations ou TLTRO). Des conditions un peu moins accommodantes : les banques pourront se fournir à un taux compris entre -0,3% et 0,1% (en fonction des volumes de crédits qu'elles octroieront), alors que les conditions des TLTRO précédentes, en 2016, étaient comprises entre -0,4% et 0%. Enfin, la BCE a reporté de six mois, en la portant désormais à la mi-2020, la date à partir de laquelle elle pourrait toucher à son taux directeur. Mais Mario Draghi a ajouté que certains membres du conseil des gouverneurs ont évoqué une nouvelle baisse des taux ou le lancement d'un nouveau programme d'achats d'actifs pour injecter de l'argent frais dans le système. Il est donc difficile de voir où Mario Draghi, qui quitte ses fonctions en octobre, veut aller en affirmant que la BCE ne devrait pas toucher à ses taux d'ici un an mais que certains de ses membres voudraient le contraire, en ajoutant qu'il existe un faible risque de récession - ce qu'il n'avait jamais dit auparavant -, et en relevant le taux de croissance européen en 2019. " Ces propos nous ont plongés dans un abîme de perplexité ", note Bernard Keppenne, le chief economist de KBC/CBC. Il reste que ce train de mesures, et notamment l'activation de cette troisième vague de prêts aux banques afin de les aider à contrer l'impact des faibles taux d'intérêt, n'incite pas à l'optimisme. " La BCE a validé le scénario de stagnation séculaire, note Frank Vranken, chief strategist de Puilaetco Dewaay. Son message a été clair, les taux vont rester bas plus longtemps. En fait, on ne devrait pas s'attendre à une remontée avant 2021. " Le stratégiste ajoute que l'économie européenne semble prisonnière du syndrome japonais, avec un taux de croissance très bas, une inflation toujours en sommeil et une population qui vieillit. Tout cela alors que le contexte est plus incertain que jamais, avec une guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis qui s'intensifie, un Royaume-Uni qui s'oriente vers un Brexit non ordonné, et une Italie qui rue dans les brancards budgétaires de l'Union européenne. La Commission vient d'ailleurs de recommander au Conseil d'entamer une procédure de déficit excessif contre Rome, ce qui pourrait déboucher sur une amende de 3 milliards d'euros.