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Certains événements ont été encore plus étranges et, à vrai dire, comportent encore une part de mystère. C'est le cas de l'attitude du marché monétaire américain. Depuis plusieurs mois, il semble donner des sueurs froides à la banque centrale américaine. Tout commence en septembre dernier lorsque, subitement, les taux sur le marché monétaire américain ont bondi, un peu comme s'il manquait de liquidités disponibles. C'est étrange compte tenu des politiques menées par la Réserve fédérale au cours des dernières années, ayant inondé l'économie de liquidités. Certes, depuis plus d'un an, la Fed réduisait délibérément la taille de son bilan (qui est passé de 4.500 milliards à 3.750 milliards de dollars) menant de facto à une réduction de la quantité de liquidités en circulation. Mais de là à penser que cette réduction du bilan mènerait déjà à un stress sur le marché monétaire, il y avait un pas que même le staff de la Fed n'avait pas franchi. Passés l'étonnement et la surprise des premiers jours, la Fed a réagi en injectant, par des opérations de financement de court terme (des Repo...), les liquidités manquantes. Au début, personne ne s'en estvraiment inquiété. L'échéance d'opérations financières (en fin de trimestre) aurait subitement nécessité des liquidités abondantes, d'où la demande importante et la hausse des taux sur le marché. Par ailleurs, le fait que les liquidités soient plutôt bien rémunérées aux Etats-Unis (au contraire de la zone euro où les taux d'intérêt de court terme sont négatifs) aurait incité ceux qui en possèdent à ne pas les mettre à disposition sur le marché monétaire. Ces explications étant rationnelles, la situation semble, en apparence, sous contrôle. Néanmoins, le mystère persiste. Il est normal que des échéances trimestrielles entraînent un pic de demande de liquidités. Mais ce n'est pas vraiment nouveau. Un tel mouvement n'était-il dès lors pas prévisible ? De plus, pourquoi la Fed s'est-elle sentie obligée de multiplier les opérations de refinancement depuis le mois de septembre, au point que le bilan de la banque centrale américaine a déjà " regonflé " de plus de 300 milliards de dollars ? De nouvelles opérations sont prévues jusqu'au mois de juin de cette année, et il est probable que la taille du bilan revienne à son niveau maximum. On ne peut plus vraiment parler d'un manque temporaire de liquidités dans ces conditions. Au contraire, la Fed travaillant si intensément sur la partie courte de la courbe des taux, on peut presque associer cela à une sorte d'assouplissement quantitatif déguisé, mais ciblé sur les taux courts. Etrange... En conclusion, la nécessité de telles interventions et leur durée dans le temps doit retenir l'attention. Encore une fois, l'explication est peut-être tout à fait rationnelle, et même si cela fait un peu penser à ce qu'il s'est passé à l'été 2007, rien n'indique que la situation (et ses conséquences) soient similaires. Mais penser que tout ceci n'est qu'un détail technique d'un fonctionnement complexe du marché monétaire serait tout autant une erreur. C'est un élément important à garder à l'oeil en 2020. La Fed, de même que la Banque des règlements internationaux (BRI) en sont conscientes. La crainte des conséquences d'un assèchement du marché monétaire, comme en 2007 puis en 2008 peut justement les inciter, si elles le jugent nécessaire, à prendre des mesures drastiques et ainsi éviter les accidents. Il n'y a donc pas de fatalité en la matière. Mais il est clair que cette soudaine ré-augmentation du bilan de la Fed sera un thème à surveiller en 2020...