La publication d'un autre rapport du FMI, parallèlement aux perspectives économiques, fait traditionnellement moins l'objet de commentaires dans la presse. Pourtant, le Global Financial Stability Report (GFSR) est une publication majeure pour qui veut avoir une analyse technique et étayée des risques financiers internationaux.

La matière est complexe, et plus d'un commentateur économique et financier étale dans la presse ses intuitions de fin du monde et autres cataclysmes. Mais au-delà des intuitions, le FMI propose, certes de manière assez technique, un recueil d'indicateurs traduisant de manière objective l'importance des risques actuels. Par ailleurs, le GFSR tente d'identifier les poches de risque pour la stabilité financière. Evidemment, l'ampleur des dettes à travers la planète y a systématiquement une place de choix. Mais il faut dire que cette année, la question des taux bas est en quelque sorte le fil rouge du rapport. Pour fixer l'ampleur du " problème ", un seul chiffre suffit : à ce jour, le montant des obligations ayant un rendement négatif s'élève, à travers la planète, à quelques 15.000 milliards de dollars.

Les taux bas, que l'on peut justifier par la volonté des banques centrales de supporter les économies, ne sont donc pas sans risque. J'y ai à plusieurs reprises fait allusion par le passé. Le FMI rassemble ces risques de la manière suivante : tout d'abord, les taux bas poussent à l'endettement. C'est vrai en Belgique au niveau du marché immobilier mais à l'échelle de la planète, le problème est surtout concentré sur la dette des entreprises. Aux Etats-Unis, même si la charge de la dette reste limitée par les taux bas, la dette a pris une ampleur telle qu'elle pourrait rapidement se montrer insurmontable pour beaucoup de (petites) entreprises en cas de récession. C'est un élément qu'il faut garder à l'esprit alors que les prévisions économiques pour 2020 sont revues à la baisse et que de nombreux chocs négatifs sont susceptibles d'impacter l'économie mondiale.

Mais les risques associés aux taux bas ne se limitent pas aux dettes. Ils poussent également les investisseurs institutionnels (compagnies d'assurances, fonds de pensions ou d'investissements) à prendre davantage de risques pour aller chercher un peu de rendement. Ils le font en investissant dans des actifs dont le risque de défaut est plus important ou sont illiquides. Ce comportement peut être dangereux en cas de revers économique. Et d'autant plus que la plupart des investisseurs ont un comportement similaire : s'ils veulent tous vendre en même temps, les variations de prix risquent d'être très importantes.

Enfin, on observe aussi que les investisseurs institutionnels ont été attirés par les pays émergents, qui offrent des taux un peu plus intéressants. Or, pour convaincre les investisseurs refroidis par le risque de change, de nombreux pays émergents ont fortement augmenté leurs émissions de dettes en monnaies étrangères (principalement en dollar). Mais ce type de dette ne comporte en fait qu'une protection partielle contre le risque de change : elle existe aussi longtemps que le pays en question dispose des devises nécessaires au remboursement de ladite dette. Si les devises que génèrent les exportations du pays ne suffisent pas, ou si le pays fait face à une fuite de capitaux entraînant une dépréciation forte de la monnaie nationale, le remboursement en monnaie étrangère peut s'avérer impossible. C'est là un troisième risque important identifié par le FMI, et qui trouve indirectement sa source dans l'environnement de taux bas.

Identifier les risques est une chose. Evaluer leur probabilité de matérialisation en est une autre. Il ne faut donc pas prendre le rapport du FMI comme l'avis d'une tempête certaine. De plus, le fait d'identifier ces risques et de demander que des mesures soient prises " de manière urgente " pour corriger le tir peut effectivement inciter les autorités à agir pour éviter la matérialisation des risques. Mais il est clair que par ce rapport, le FMI offre des éléments intéressants de réflexion que personne ne devrait ignorer...