TRENDS-TENDANCES. La situation de Deutsche Bank inquiète de plus en plus. Certains la comparent même à Lehman Brothers, dont la faillite avait déclenché la crise en 2008.

ALAIN MOREAU. C'est surtout le fait de certains sur quelques blogs. La plupart des gens informés sont bien d'accord pour dire que le monde est très différent depuis la faillite de Lehman Brothers. Les régulateurs ont profondément changé les règles qui s'appliquent aux banques. Celles-ci sont beaucoup plus strictes. Depuis 2008, Deutsche Bank a presque doublé ses fonds propres (de 37 à 62 milliards d'euros, Ndlr) et a quadruplé sa liquidité à 220 milliards d'euros. Comme l'a répété notre CEO John Cryan, Deutsche Bank a l'intention de s'en sortir toute seule.

Le titre est pourtant massacré en Bourse : le marché se trompe-t-il ?

Le cours de Bourse ne reflète pas l'état de santé actuel du groupe. Il y a beaucoup de spéculation autour des litiges en cours et notamment à propos de la grosse amende de 14 milliards de dollars que réclament les Etats-Unis. Cette incertitude juridique pèse sur le groupe. Il faut savoir que le montant final d'une amende ne correspond jamais à la somme réclamée au départ. Combien la banque paiera-t-elle à l'arrivée ? Cinq milliards, 2 milliards... C'est difficile à dire pour le moment. C'est cette incertitude quant au montant final de la facture qui suscite l'inquiétude, sachant que le groupe a provisionné dans ses comptes un peu plus de 5 milliards d'euros, mais pour l'ensemble de tous ses litiges. Aucune banque ne détaille en effet le montant de ses provisions au cas par cas. Et certains estiment que cette enveloppe globale n'est pas suffisante compte tenu de l'amende américaine.

Si Deutsche Bank suscite à ce point l'inquiétude, c'est aussi parce c'est une banque en pleine reconstruction et qu'elle possède en plus un énorme portefeuille de produits dérivés.

La restructuration n'est pas finie. Il y a encore du travail à faire. Ceci dit, toutes les banques européennes sont en restructuration. Les marges et la profitabilité ont fortement baissé à cause des taux bas. Pour ce qui est de la véritable exposition du portefeuille de dérivés, elle s'élève à 45 milliards d'euros et non pas à 42.000 milliards. Cette somme représente les montants notionnels de ces dérivés.

Tout de même, n'y a-t-il pas un risque pour les épargnants belges ?

Certains clients ont retiré une partie de leur argent par souci de diversification. Mais cela reste une minorité des clients. L'immense majorité reste rassurée. Les dépôts des épargnants sont hyper-protégés et certainement chez Deutsche Bank Belgium qui, rappelons-le, est une succursale du groupe et non une filiale. De ce fait, les épargnants bénéficient à la fois du système allemand de garantie des dépôts (protection jusque 100.000 euros) et d'un mécanisme volontaire des banques allemandes qui protège les dépôts pour le surplus dépassant 100.000 euros. Bref, la protection est quasiment illimitée.

A vous entendre, les 20 milliards d'avoirs que gère la banque en Belgique ne sont pas en danger ?

Outre les garanties évoquées plus haut, ils sont également bien protégés parce que Deutsche Bank Belgium va bien. Nous avons engagé 25 personnes cette année, soit une augmentation du staff de 3 %. Nous avons également investi 10 millions d'euros dans la digitalisation. Malgré les taux bas, nous devrions battre une nouvelle fois les records de l'année passée en termes de revenus. L'activité continue à bien se porter ici en Belgique.