Les autorités déversent de l'argent vers les entreprises débutantes, comme elles l'ont fait à l'époque en subsidiant excessivement les panneaux solaires. Elles feraient mieux de réfléchir à deux fois avant de prodiguer des subsides. Elles feraient mieux de donner un coup de main aux plus grandes entreprises à fort potentiel de croissance que de dorloter les chasseurs de fortune dans leur garage. Mais bon, ne nous faisons pas d'illusions, elles n'apprendront jamais. La mauvaise allocation des moyens se déroulera peut-être mieux que prévu cette fois, grâce aux limites intégrées et au bon sens terre à terre du Belge.
...

Les autorités déversent de l'argent vers les entreprises débutantes, comme elles l'ont fait à l'époque en subsidiant excessivement les panneaux solaires. Elles feraient mieux de réfléchir à deux fois avant de prodiguer des subsides. Elles feraient mieux de donner un coup de main aux plus grandes entreprises à fort potentiel de croissance que de dorloter les chasseurs de fortune dans leur garage. Mais bon, ne nous faisons pas d'illusions, elles n'apprendront jamais. La mauvaise allocation des moyens se déroulera peut-être mieux que prévu cette fois, grâce aux limites intégrées et au bon sens terre à terre du Belge. Les entrepreneurs débutants méritent un coup de pouce, mais le gouvernement exagère avec l'aide fiscal qu'il offre aux sociétés débutantes. Un investisseur reçoit une réduction d'impôt jusqu'à 45.000 euros par an s'il investit son argent dans des start-up, ce qui, depuis le 1er février, est aussi possible via les plateformes de crowdfunding. Pour les proches (family, friends and fools) - les personnes qui financent traditionnellement les starters - ce sont des temps formidables. Pour les charlatans, les cowboys et autres amateurs, le tapis rouge est déroulé. Leurs sottises sont financées par des investisseurs qui ne font pas leurs devoirs. Ils n'ont pas à les faire, puisque les autorités, par le biais de l'aide fiscale, endossent une grande part du risque d'investissement. Tout le monde sait ce qu'il advient lorsque les autorités se portent implicitement garantes. Dans le secteur bancaire, cela a conduit à des comportements à risque excessifs, dont nous payons toujours le prix.Cette généreuse aide fiscale n'est pas nécessaire parce que pour les entreprises débutantes avec un business plan sérieux et une bonne équipe, il y a suffisamment de financements à trouver, à des conditions acceptables. Le nouveau Mark Zuckerberg réussira aussi sans aide fiscale. Le marché des capitaux pour entreprises débutantes est devenu mature, en Belgique aussi. L'appui fiscal est en outre inutile du fait que l'argent obtenu par le biais du crowdfunding ne suffit en général pas pour vraiment faire d'une starter une entreprise. Le crowdfunding n'en a pas la carrure.260 milliards d'euros se trouvent sur les comptes d'épargne belges, mais pour le capital à risque, dans ce pays, le désert commence à partir d'un investissement de 20 millions d'euros. Il n'y a pas de fonds suffisamment grands pour injecter 20 à 50 millions dans une seule entreprise. Des entreprises prometteuses comme Collibra et Showpad doivent s'adresser à des investisseurs étrangers pour faire le grand pas suivant. Le passage d'un chiffre d'affaires de dizaines de millions d'euros vers des centaines de millions d'euros, ou l'étape prometteuse vers une vraie entreprise à fort potentiel de croissance, ou même vers la dimension d'acteur mondial: là commence la vraie création de valeur. Dans le sillage des nouveaux investisseurs, la plus-value déménage souvent à l'étranger.Pour cette raison, autorités, ne mettez pas votre argent dans des starters, mais dans un meilleur financement des entreprises à fort potentiel de croissance. Cette stratégie offre un return social beaucoup plus grand. Il existe en outre déjà une plateforme de crowdfunding pour entreprises de croissance: la bourse, et c'est une technologie éprouvée. Mais alors que les financeurs de starters sont chouchoutés, les investisseurs dans le capital à risque sont traités en parent pauvre. La taxe sur la spéculation et l'augmentation du précompte mobilier sont les plus récentes atteintes au climat boursier. Lors de la réforme de l'impôt des sociétés, l'impôt sur la plus-value risque également de repointer le bout de son nez. Mais pourquoi faut-il un trophée pour le CD&V, si la réforme de l'impôt des sociétés doit être budgétairement neutre et que le précompte mobilier a déjà été augmenté à 30% ?Beaucoup de sociétés ont tiré leurs conclusions et ont quitté la bourse. C'est particulièrement dommage que celle-ci perde son rôle de financement des sociétés de croissance, pourtant nombreuses dans ce pays de PME. Les investisseurs étrangers jubilent et volent le fromage de notre pain. Le classement des Gazelles que vous retrouvez chaque semaine dans Trends Tendances en cette période, pourrait pourtant être une belle préfiguration du futur tableau des cours en bourse.Une nouvelle aide fiscale pour les introductions en bourse ou les augmentations de capital via la bourse n'est pas nécessaire, mais un climat fiscal stable ferait déjà un monde de différence. Une seule simple mesure pourrait faire des merveilles: arrêtez le traitement fiscal favorable des revenus mobiliers de l'épargne, mais mettez l'ensemble des revenus mobiliers issus du patrimoine dans un seul pot et taxez celui-ci à un taux diminué, avec une exonération pour une première tranche de revenus. Beaucoup plus d'argent affluera vers des investissements productifs. Un pays avec des panneaux solaires sur les toits et des starters dans le garage, c'est sympathique, mais cela ne paiera pas les pensions.