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Le 6 janvier, le baril de Brent, le pétrole de référence de la mer du Nord, se négociait à 68 dollars sur le marché londonien. Le 30 mars, il était tombé à 22 dollars, du jamais vu depuis 2002.Certes, la récession spectaculaire entraîne évidemment une chute de la demande et donc une chute des prix. L'arrêt du transport aérien et le confinement ont dramatiquement fait baisser la consommation.Mais à côté de cela, un petit jeu politique entre l'Arabie Saoudite et la Russie, s'était mis en place pour faire baisser le prix de l'or noir encore plus que de raison. "Le problème, explique Xavier Timmermans, stratégiste chez BNPP Fortis, a en effet été amplifié par le refus de la Russie le suivre l'OPEP (L'Organisation des pays exportateurs de pétrole), qui désirait réguler l'offre du marché. Dès lors, sans accord, l'Arabie Saoudite a réagi en se disant : puisque c'est comme ça, c'est chacun pour soi. Et Ryad a augmenté sa production afin de gagner des parts de marché, accentuant la baisse des prix (le royaume a poussé hier sa production à sa capacité maximale : 12 millions de barils par jour, NDLR). En outre, ajoute Xavier Timmermans, il existe un problème physique de livraison. Les tankers qui arrivent au large des raffineries ne peuvent plus décharger, car les capacités de stockage sont pleines. Ils vendent dès lors leur pétrole à n'importe quel prix."Espoir d'accordLa situation est donc dramatique, surtout pour les producteurs américains de pétrole de schiste, très endettés, qui ont besoin d'un pétrole à au moins 45- 55 dollars pour ne pas faire de pertes.Mais les cours du brut ont brusquement remonté ce matin (le baril de Brent est à 27 dollars), après l'annonce du Président américain Donald Trump, lors de son point quotidien sur la crise du coronavirus, que la Russie et l'Arabie saoudite se parlaient à nouveau, et que les Etats-Unis pouvaient intégrer la négociation. Une déclaration qui laisse espérer un accord de réduction de la production pour faire remonter les prix.Des prix qui, de toute façon, ne peuvent pas rester à ce niveau pendant longtemps, estime encore Xavier Timmermans."Nous sommes quasiment certains que les prix du pétrole vont remonter, dit-il. Il y a deux scénarios : soit une remontée rapide, si Moscou et Ryad trouvent un accord, qui engloberait peut-être aussi les Américains. La date cruciale pour les Russes est celle du 22 avril, date du référendum sur la constitution du pays et les dispositions permettant au président Poutine de redemander un nouveau mandat. Pour le moment, la guerre pétrolière arrange très bien la propagande russe, qui fait résonner la fibre nationaliste. Après le 22 avril, il est donc possible que l'on arrive à un accord qui permettrait au pétrole de rebondir un vers un niveau de 40 ou 45 dollars le baril". Xavier Timmermans poursuit : "Un autre scénario serait que cette guerre des prix se poursuive. Mais nous voyons déjà aujourd'hui que l'ensemble du secteur pétrolier - que ce soit le pétrole conventionnel ou le pétrole de schiste - réduit ses investissements. La production pétrolière va donc diminuer ces prochains mois. L'impact sera très rapide pour les producteurs de pétrole de schiste qui doivent renouveler leurs puits tous les trois quatre mois. Cela nous porte à la fin de l'été. Si à ce moment, la consommation repart en raison de la levée du confinement alors que la production diminue, les prix vont augmenter. C'est pour cela que nous tablons sur un prix du pétrole de 45 à 50 dollars le baril à la fin d'année".