Outre les cinq pays et territoires qui figuraient déjà sur la liste (les Samoa américaines, Guam, Samoa, Trinité-et-Tobago et les Îles Vierges américaines), cette "liste noire des paradis fiscaux", publiée pour la première fois fin 2017 en réponse à des scandales tels que les Panama Papers ou les Paradise Papers, comprend désormais également Aruba, la Barbade, le Belize, les Bermudes, la République dominicaine, les Émirats arabes unis, les îles Fidji, les îles Marshall, Oman et le Vanuatu.

Parmi ces derniers, la Barbade, les Émirats arabes unis et les Îles Marshall avaient déjà été inscrits sur la liste de 2017 puis placés sur la liste grise après avoir pris des engagements, mais ils ont dû être remis sur liste noire pour avoir manqué de les honorer. L'ensemble des pays et territoires inscrits sur la liste noire n'ont pas mis en oeuvre dans le délai convenu les engagements qu'ils avaient pris à l'égard de l'UE, selon les grands argentiers européens réunis au sein de l'"Ecofin".

La liste "grise", qui concerne les pays et territoires dont les engagements sont en cours de mise en oeuvre, reprend désormais 34 autres pays - dont la Suisse - qui continueront de faire l'objet d'un suivi, tandis que vingt-cinq pays retenus lors du processus d'examen initial ont été déclarés en règle. L'élaboration de ces listes "s'est révélée un véritable succès, de nombreux pays ayant modifié leur législation et leurs régimes fiscaux pour se conformer aux normes internationales", s'est félicitée la Commission européenne dans un communiqué. C'est cette dernière qui, au cours de l'année écoulée, a évalué nonante-deux pays sur la base de trois critères (la transparence fiscale, la bonne gouvernance et l'activité économique réelle) et d'un indicateur (l'absence d'impôt sur les sociétés). "La liste actualisée montre que ce processus a amené un réel changement: soixante pays ont pris des mesures en réponse aux préoccupations exprimées par la Commission, et plus de cent régimes dommageables ont été éliminés", selon le commissaire aux affaires économiques et financières, Pierre Moscovici.

Des craintes de report de la décision étaient apparus avant la réunion, le ministre roumain des Finances évoquant même un report probable à mai prochain. L'Italie notamment s'était montrée fort solidaire du sort des EAU, un pays qui a beaucoup investi ces derniers temps chez elle. Elle n'a toutefois pas bloqué la liste, se disant confiante dans la capacité des Emirats à mener rapidement les réformes demandées, ce qui devrait lui permettre de quitter la liste noire.

En dressant ces listes grise et noire, l'objectif de l'UE est de permettre une imposition des revenus des sociétés dans le marché unique qui soit équitable et effective, compte tenu du caractère mondial de la concurrence fiscale et de la planification fiscale agressive. La rédaction de la liste est un processus évolutif, qui s'élargira cette année encore à des pays du G-20 comme la Russie, le Mexique et l'Argentine. De son côté, Oxfam a jugé les critères utilisés encore trop faibles, au point que les Bahamas, Hong Kong, l'île de Man, Jersey et Guernesey ne figurent pas ou plus sur la liste noire. La semaine dernière, l'ONG avait estimé que si l'UE appliquait ces critères à ses propres Etats membres, elle devrait inscrire sur ses listes cinq pays: Chypre, l'Irlande, le Luxembourg, Malte et les Pays-Bas.