Maîtriser le premier écran du client sur smartphone. Voilà la nouvelle bagarre que se livrent les principales banques du pays. En témoignent les nouveautés présentées tout récemment par KBC (et ses enseignes KBC Brussels et CBC). Depuis quelques jours, les clients de l'institution peuvent effectuer des paiements au départ de comptes ouverts auprès d'autres banques, en l'occurrence Argenta, Belfius, BNP Paribas Fortis (et Hello bank ! ), ING et Axa. Une première en Belgique.
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Maîtriser le premier écran du client sur smartphone. Voilà la nouvelle bagarre que se livrent les principales banques du pays. En témoignent les nouveautés présentées tout récemment par KBC (et ses enseignes KBC Brussels et CBC). Depuis quelques jours, les clients de l'institution peuvent effectuer des paiements au départ de comptes ouverts auprès d'autres banques, en l'occurrence Argenta, Belfius, BNP Paribas Fortis (et Hello bank ! ), ING et Axa. Une première en Belgique. Fini de se connecter sur chacune des applis de ses banques pour surveiller ses finances. Directement via l'appli de mobile banking (KBC Mobile), les clients de KBC peuvent donc non seulement consulter d'autres comptes à vue que ceux ouverts chez elle, mais aussi désormais exécuter des paiements à partir de ces comptes externes (tant privés que professionnels). Revendiquant l'ajout de quelques 7.000 comptes tiers depuis le lancement en mars dernier de cette fonctionnalité, KBC n'est pas la seule à se lancer dans le multi-banking. Dès le 26 juin prochain, les clients de Belfius auront eux aussi la possibilité d'indiquer quels autres comptes ils veulent intégrer dans leur appli. Cette opération se fera au fur et à mesure que les banques mettront à disposition les données liées à ces comptes tiers au travers d'API ( Application Programming Interfaces, sorte de canaux de communication spécifique), " ce qui se fera de manière progressive et ce pour septembre 2019 au plus tard ", indique Belfius. Chez BNP Paribas Fortis, sa filiale de banque 100 % digitale Hello bank ! sera la première à bénéficier dès cet été du partenariat signé avec la fintech suédoise Tink pour intégrer sa technologie " multi-comptes " dans ses différentes applis mobiles. Pour BNP Paribas Fortis elle-même, un déploiement est prévu durant l'automne. Quant à ING Belgique, ses clients pourront avoir accès via son appli Smartbanking aux comptes ouverts dans d'autres banques à partir de début 2019. A l'origine de toutes ces nouveautés, il y a la fameuse nouvelle directive européenne sur les paiements (PSD2). Un de ses effets est de rendre possible l'ouverture des systèmes d'information des banques et le partage de données de leurs clients - si ces derniers le souhaitent - avec des tiers (solde des comptes, dépenses, etc.). Dans ce nouveau paysage que les experts appellent open banking (banques ouvertes), des acteurs non bancaires comme Delhaize pourraient proposer leurs propres services de paiement. D'autres comme Amazon ou Zalando pourraient essayer d'obtenir autant d'informations que possible sur les clients des banques pour doper leur propre business. Sans oublier bien sûr les fintechs, telles que la britannique Revolut, qui pourraient également en profiter. C'est que grâce aux API, il est possible de se greffer sur les systèmes d'information des banques et ainsi accéder aux petites secrets financiers de leurs clients. Une petite révolution pour ces institutions qui sont assises sur des montagnes de données. Consultant spécialisé dans l'industrie des services financiers chez Roland Berger, Grégoire Tondreau voit en effet dans cette ouverture du marché des paiements à de nouveaux intermédiaires un " risque important " pour les banques traditionnelles. Mais, ajoute-t-il, " malgré le risque de perte de revenus, cela ouvre un champ d'opportunités nouvelles ". Il est en effet possible, en sens inverse, d'ajouter des fonctionnalités non bancaires à son appli. Exemple ? KBC vient d'incorporer 4411, l'appli qui permet de payer son temps de parking, ainsi que la fonction " Cardstop " et la carte Monizze (chèques-repas). Même tendance chez Hello bank ! avec sa nouvelle appli Connected Space qui sera lancée dans les semaines qui viennent. " Nous avons déjà de l'expérience avec les API car nous les utilisons pour notre plateforme de crowdfunding mais aussi sur Hello home ! Et à la fin de l'été, nous proposerons les API de la fintech Tink spécialisée dans la gestion des finances personnelles, détaille Lieve De Mol, responsable de Hello bank ! pour la Belgique. Tous ces services seront ainsi intégrés dans notre nouvel écosystème Connected Space. En parallèle, nous travaillons sur la construction d'API de nos propres produits, comme les crédits hypothécaires en ligne, afin qu'ils soient intégrés dans d'autres écosystèmes ou industries. D'une certaine manière, nous allons rendre la banque invisible : nous serons présents dans la vie quotidienne de nos membres mais deviendrons aussi naturels et vitaux que l'air que nous respirons. " Quel est l'intérêt pour les établissements bancaires de développer ce genre d'univers centrés sur les besoins de tous les jours (maison, mobilité, santé, loisirs, etc.) ? " Maximiser ses chances de devenir l'appli préférée du client, explique Grégoire Tondreau. L'idée est d'avoir ainsi une vue globale sur ses avoirs et ses comportements. C'est en effet là qu'il fera le choix entre ses différents moyens de paiement, entre ses différents comptes. Là où à terme il décidera comment placer son épargne. " D'où l'importance d'être en première ligne. On le voit, la digitalisation constitue pour les banques un accélérateur d'innovation. Avec à la clé, un impact sur leurs performances financières qui est loin d'être négligeable ( lire l'encadré "2 % de return en plus grâce au digital" plus bas). Mais c'est aussi, comme l'indiquait récemment dans nos colonnes le directeur de la Banque nationale Jean Hilgers, un catalyseur de concurrence : " A partir du moment où vous donnez accès à votre compte, la relation d'une banque avec son client peut changer de main très vite, et cela au profit d'acteurs bancaires ou non. avec le risque pour la banque qu'elle ne soit plus qu'une commodity par rapport à un service offert par un tiers ". Le banquier central faisait notamment référence aux géants d'Internet tels Amazon, capables selon lui de supplanter rapidement la concurrence dans certains segments et de s'emparer d'une partie du marché bancaire. Manière de dire que la bataille de l' open banking ne fait que commencer...