Vous avez analysé les différences de prix avec l'étranger. Elles sont importantes, mais Colruyt et d'autres détaillants affirment que l'écart s'est considérablement réduit.

JOHAN VAN GOMPEL. "Il n'est pas évident d'établir une comparaison valable. À titre d'exemple, Eurostat (l'agence européenne chargée des statistiques, ndlr) travaille avec des chiffres agrégés qui ne tiennent pas compte des différents modes de consommation. Quant à l'étude de l'Observatoire des prix, elle se concentre uniquement sur les supermarchés. Ces enquêtes montrent une nette différence de prix avec l'étranger pour les produits que les Belges achètent traditionnellement dans les supermarchés. Il est possible que cet écart se soit quelque peu résorbé en raison de l'augmentation de la concurrence. Or, ces études ne portent pas encore sur les dernières années."

L'addiction des Belges aux bons de réduction réduirait les écarts de prix.

JVG. "En Belgique, de nombreux rabais sont accordés indirectement au moyen de bons et de cartes de fidélité. Il est donc possible qu'il soit plus avantageux de faire ses courses en Belgique que ce que montrent les chiffres officiels. Ces réductions ne se reflètent pas dans les statistiques et leur importance est difficile à déterminer.

À mon avis, les supermarchés choisissent les bons de réduction afin de faire de la discrimination par les prix de manière subtile. Apparemment, beaucoup de Belges ne sont pas si sensibles au prix et accordent beaucoup plus d'importance à la qualité et à l'atmosphère du magasin dans lequel ils font leurs courses. Par exemple, ils acceptent de payer un peu plus le dimanche après-midi dans un magasin local. Mais les supermarchés doivent aussi satisfaire un public plus attentif aux prix et c'est pourquoi ils optent pour les bons de réduction. Certains détaillants peuvent perdre ce dernier groupe face à des concurrents étrangers moins chers."

Les coûts salariaux ne sont pas la cause principale de la différence de prix.

JVG. "Les travailleurs belges du commerce de détail compensent des salaires plus élevés par une productivité plus élevée. C'est ce qui ressort des statistiques, mais celles-ci révèlent néanmoins que notre avance diminue. Il est également difficile de faire des comparaisons d'un point de vue fiscal, même s'il est clair que les accises nettement plus élevées ont un impact négatif. Par ailleurs, les règlementations pèsent lourd dans la balance. La Belgique impose de plus en plus de restrictions sur les ventes à perte, les heures d'ouverture et d'autres éléments qui peuvent stimuler la concurrence. Enfin, la Belgique est un petit marché, ce qui implique que nos détaillants achètent à moins grande échelle et sont donc moins en mesure de négocier des réductions en fonction du volume."

Faire ses courses à la frontière est de plus en plus fréquent.

JVG. "Il est difficile d'obtenir un aperçu complet, mais ce comportement est en nette augmentation. C'est dans le secteur de l'e-commerce que la différence est la plus nette. Selon le bureau d'études Gfk, 38% des Belges sont clients de Bol.com ou d'autres webshops étrangers, contre 33% aux Pays-Bas. Mais les achats dans les supermarchés étrangers sont également à la hausse. Dans un cas comme dans l'autre, c'est logique, car dans ce petit pays qu'est le nôtre, beaucoup de gens vivent près de la frontière. Les prix plus élevés dans les magasins belges permettent aux détaillants de maintenir leurs marges à niveau chez nous. Mais pour y parvenir, ils perdent une partie de leur chiffre d'affaires à l'étranger. Et cette fuite de la consommation entraîne une perte d'emploi. Ce n'est pas une bonne chose."

Traduction : virginie·dupont·sprl