Où s'arrêteront les Bourses ? Même le milliardaire américain Michaël Bloomberg n'y comprend plus rien. A Wall Street, le Dow Jones a franchi ces jours-ci la barre symbolique des 23.000 points. Une première dans l'histoire du marché américain : depuis le début de l'année l'indice phare de la Bourse de New York a gagné près de 20 % alors que le S&P 500 et le Nasdaq sont eux aussi à la fête.
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Où s'arrêteront les Bourses ? Même le milliardaire américain Michaël Bloomberg n'y comprend plus rien. A Wall Street, le Dow Jones a franchi ces jours-ci la barre symbolique des 23.000 points. Une première dans l'histoire du marché américain : depuis le début de l'année l'indice phare de la Bourse de New York a gagné près de 20 % alors que le S&P 500 et le Nasdaq sont eux aussi à la fête. Pourtant, les sujets d'inquiétude ne manquent pas pour les investisseurs : Brexit, Corée du Nord... La liste est longue. Or, comme le dit le dicton, les arbres ne montent pas jusqu'au ciel. D'où la question : est-on à la veille d'un nouveau krach boursier, peut-on même imaginer un nouveau Black Monday (Lundi noir) comme celui qui s'est produit à Wall Street le lundi 19 octobre 1987. Ce jour-là, le Dow Jones dégringolait de 22 % et perdait un quart de sa valeur en une séance seulement. Un bien mauvais souvenir qui a marqué au fer rouge les annales de la finance. Oui et non. Oui parce que le marché (américain) est cher. Très cher. Oui parce que beaucoup de gestionnaires ne veulent pas louper le train, même s'ils craignent le déraillement un jour, et continuent d'acheter. D'un autre côté, le contexte est aujourd'hui sensiblement différent. " Les Bourses sont soutenues par la faiblesse des taux d'intérêt, c'est une évidence, note le chief economist de la banque CBC, Bernard Keppenne. Elles le sont aussi par les résultats des entreprises. " Autre grande différence par rapport à 1987 : " La plupart des investisseurs professionnels (gestionnaires de fonds, assureurs, etc.) restent très prudents et continuent de disposer de réserves de cash suffisamment importantes ", observe Xavier Timmermans, strategist chez BNP Paribas Fortis Wealth Management. La situation est différente aussi parce que des leçons ont été tirées. Outre des systèmes de vente automatiques qui sont aujourd'hui plus sophistiqués, " d'autres garde-fous comme les coupe-circuits informatiques ont été installés pour éviter la panique ", souligne Etienne de Callataÿ, économiste en chef de la société de gestion d'actifs Orcadia. N'empêche, des chutes brutales restent toujours possibles. " Aujourd'hui, poursuit Etienne de Callataÿ, le principal danger est de croire que les marchés n'exposent plus les investisseurs à ce type de risque. Les banques centrales sont extrêmement puissantes, mais elles ne sont pas toutes-puissantes et leur rôle n'est certainement pas d'offrir une assurance tout risque aux investisseurs. Dans l'absolu, qui dit Bourse doit aussi dire correction brutale possible. " Toutefois, " une baisse de 20 % et plus nous semble très peu probable actuellement étant donné l'accélération de la croissance économique dans toutes les principales régions du monde et la très faible inflation qui justifie des taux d'intérêt très bas ", rassure Xavier Timmermans. C'est la question à 1.000 euros. " Personne ne peut le dire, en effet ", confie Xavier Timmermans. Si on savait à l'avance ce qui fait éclater les bulles, elles ne se formeraient pas. " Une correction de 6 ou 7 % serait tout à fait normale à ce stade et ne remettrait pas en cause la tendance à moyen terme qui devrait rester positive du fait de l'accélération de la croissance mondiale, de la hausse des bénéfices et des taux qui ne devraient pas monter beaucoup ", poursuit Xavier Timmermans. Mais, ajoute-t-il, pensant notamment à une politique monétaire américaine brusquement plus restrictive après l'ère Janet Yellen, " ce sont généralement les événements impensables qui ont le plus d'impact sur les marchés ".En fait d'étincelles qui pourraient mettre le feu aux poudres, Etienne de Callataÿ pointe justement plusieurs chocs externes possibles. " On peut imaginer un clash entre la Corée du Nord et les Etats-Unis, un accident financier majeur comme l'effondrement d'une banque en Chine ou une grosse attaque informatique, mais ce ne sont pas les valorisations actuelles qui doivent faire penser à une correction de 50 % ", dit-il. Un avis que partage Bernard Keppenne. Pour lui, ce sont davantage " les risques géopolitiques qui pourraient venir briser l'élan positif ". Quant à Donald Trump, il a déjà mis en garde, affirmant que les marchés devraient dégringoler si sa grande réforme fiscale ne devait pas passer au Congrès américain. Il est clair que le secteur clôture de semaine en semaine sur de nouveaux pics. L'envolée de Netflix n'est qu'un exemple. Facebook, Apple, Amazon, Microsoft, Alphabet (la maison mère de Google), plus Netflix. " Six valeurs seulement sont responsables de 34 % de la hausse du S&P 500 depuis le début de l'année, souligne Xavier Timmermans. Le reste du marché n'est donc pas monté aussi fort. C'est ce qui explique la différence de comportement des indices en Europe et aux Etats-Unis. La question n'est pas de savoir s'il va y avoir une correction à New York mais quand elle aura lieu. " Pour Etienne de Callataÿ, " ces valorisations élevées sont effectivement potentiellement candidates à une sévère correction, mais pas de nature à faire chuter l'ensemble du marché ". Pour Xavier Timmermans, " il faut en effet faire la distinction entre des groupes solides comme Apple, qui est assis sur une montagne de cash, et d'autres plus fragiles comme Tesla qui n'a pas encore dégagé le moindre bénéfice ". Pour Guy Wagner, chief investment officer de la société de gestion BLI (Banque de Luxembourg), la réponse est clairement non. " La volatilité sur les marchés boursiers reste particulièrement faible. Elle n'a même pas augmenté au courant des mois d'été qui, par le passé, étaient généralement des périodes boursières assez turbulentes. Compte tenu d'une amélioration des chiffres de croissance économique dans la plupart des régions et de la faiblesse des taux monétaires et obligataires, les actions demeurent le placement par défaut malgré des niveaux de valorisation de plus en plus tendus. A un horizon de 10 ans, une performance de 3 à 5 % par an, dividendes inclus, nous semble réaliste. Cela peut sembler modeste en comparaison avec les 8 ou 9 % que l'on atteignait auparavant, mais c'est beaucoup mieux que ce que les obligations peuvent rapporter. Si bulle spéculative il y a, c'est plutôt au niveau des obligations. "Même conseil chez Orcadia. " Nous ne recommandons pas d'être sous-investi en actions mais rappelons néanmoins qu'une large diversification reste indispensable ", indique Etienne de Callataÿ. Confirmation également du côté de Xavier Timmermans : " Ce n'est pas parce qu'un marché est cher qu'il va baisser. Des rapports cours-bénéfices très élevés sont un mauvais indicateur de timing. Nous recommandons d'être neutre par rapport aux actions pour le moment. Nos portefeuilles ne sont ni surinvestis ni sous-investis en actions pour le moment. Les obligations ne sont absolument pas une alternative, le cash non plus ". Du côté d'Orcadia, Etienne de Callataÿ se rallie à l'avis des analystes qui voient relativement peu de potentiel pour la Bourse de Bruxelles dans les mois à venir. " Le Bel 20 n'est certainement pas l'indice le plus volatil, notamment parce qu'il est pauvre en valeurs technologiques. " Selon lui, le marché est a priori aujourd'hui moins risqué en Europe qu'outre-Atlantique. Pour Xavier Timmermans, " l'envolée des valeurs technologiques à la Bourse de New York explique en grande partie la différence de comportement des indices en Europe et aux Etats-Unis. Par ailleurs, le Bel 20 est composé de valeurs de bon père de famille avec un gros poids des banques, dont la rentabilité pourrait s'améliorer en cas de remontée des taux. Quoi qu'il arrive, si retournement il y a, il ne devrait pas être catastrophique pour le Bel 20. De manière générale, et c'est vrai aussi pour le Bel 20, le rendement encore élevé des dividendes devrait limiter une éventuelle baisse car les taux en zone euro devraient rester extrêmement bas ", conclut l'expert de BNP Paribas Fortis. Et puis, comme l'écrivait Paul Claudel en sous-titre du Soulier de satin : " Le pire n'est pas toujours certain ".