Trois questions à Eric Dor, Directeur des études économiques à l'IESEG School of Management.
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Trois questions à Eric Dor, Directeur des études économiques à l'IESEG School of Management.1. Cette solidité, c'est une bonne nouvelle ! Oui. Attention toutefois aux chiffres de l'EBA. La moyenne pour la Belgique est tirée vers le haut par les cas atypiques de Bank of New York Mellon et de Dexia. Et il faut aussi tenir compte pour le marché belge des trois grandes banques étrangères actives chez nous : BNP Paribas, ING et, dans une moindre mesure, Deutsche Bank. Mais de manière générale, les banques sont beaucoup plus capitalisées et plus liquides. La Belgique n'échappe pas à la règle, avec Argenta notamment qui affiche un ratio de capitalisation de 21,9%. La prochaine crise financière viendra d'autres parties de la sphère financière. 2. Le ministre allemand des Finances Olaf Scholz a proposé d'encore renforcer le capital des banques européennes. Qu'en pensez-vous ? Olaf Scholz propose d'instaurer un coefficient de risque sur la dette qui tiendrait compte à la fois du risque de défaut de l'Etat, mais également de la concentration au sein d'une banque de titres d'un pays. Or, dans beaucoup de pays, les banques domestiques détiennent avant tout de la dette nationale. L'Allemagne propose aussi, dans le cadre de la révision du mécanisme européen de stabilité, que ce fonds n'intervienne qu'après avoir fait payer les autres créanciers sous la forme d'une restructuration de dette. Il est fou de faciliter le défaut des dettes d'Etat de la zone euro... Jamais vous n'entendrez Boris Johnson dire que la Banque d'Angleterre pourrait lâcher la Couronne britannique. Cela montre la difficulté de l'Europe à se projeter comme un ensemble souverain, fédéral. 3. Pourquoi dès lors ces propositions ? Elles font partie du catalogue de conditions restrictives que le ministre allemand a énoncées pour pouvoir envisager une forme édulcorée d'assurance commune au niveau européen des dépôts. Cette assurance commune ne serait qu'un mécanisme de réassurance prêtant à un fonds de garantie national si celui-ci n'a pas assez pour intervenir en cas de faillite d'une banque. On en revient à une solidarité limitée au prêt, sans aucun transfert. Les Américains qui, dans les années 1990, avaient reçu les Européens qui leur expliquaient comment l'euro allait fonctionner en étaient catastrophés. Aucune zone monétaire n'a fonctionné sans un minimum de fédéralisme fiscal, sans une dette commune servant de base à un marché liquide, sans mécanismes de transferts. Sans cela, je reste persuadé qu'un jour ou l'autre la zone euro risquera l'explosion.