Lundi 3 octobre, ING annonce la suppression de 3.158 emplois en Belgique et d'autres mesures de restriction. Mardi 4 octobre, l'interview sur l'expo Guggenheim - planifiée depuis deux semaines - se déroule avec Patricia De Peuter, head of fine department, au siège bruxellois de la banque. Dans une salle de réunion décorée de belles photographies du Japonais Nobuyoshi Araki, la rencontre débute avec une première question peut-être embarrassante : les mesures d'ING sur l'emploi risquent-elles de pirater l'exposition ? Flottement et réponse de la chargée de communication qui assiste à l'entretien : " Les déclarations d'hier n'auront pas de conséquence sur la tenue de l'exposition réalisée avec la Fondation Guggenheim ".
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Lundi 3 octobre, ING annonce la suppression de 3.158 emplois en Belgique et d'autres mesures de restriction. Mardi 4 octobre, l'interview sur l'expo Guggenheim - planifiée depuis deux semaines - se déroule avec Patricia De Peuter, head of fine department, au siège bruxellois de la banque. Dans une salle de réunion décorée de belles photographies du Japonais Nobuyoshi Araki, la rencontre débute avec une première question peut-être embarrassante : les mesures d'ING sur l'emploi risquent-elles de pirater l'exposition ? Flottement et réponse de la chargée de communication qui assiste à l'entretien : " Les déclarations d'hier n'auront pas de conséquence sur la tenue de l'exposition réalisée avec la Fondation Guggenheim ". Voilà sans doute l'occasion de reposer plus largement la question des liens entre l'art et l'entreprise : le premier, supposé bousculer les conservatismes et usages sociaux, n'est-il pas forcément antagoniste aux missions du monde entrepreneurial, notamment du secteur bancaire, qui se doit d'abord d'être profitable ? " Vous savez, ING fait partie des sociétés qui ont pris conscience de la nécessité du bien-être de leurs employés, et pas seulement de la recherche de profits purs et durs, rétorque Patricia De Peuter. (...) Soyons clairs, l'art est aussi un moyen pour la banque d'entretenir des relations publiques, de rencontrer le client autrement, dans un espace culturel. ING soutient l'art parce qu'il permet le dialogue entre le créateur et le visiteur : l'expo Guggenheim a programmé une vingtaine de rencontres-soirées entre notre banque et ses clients. Les temps sont difficiles mais je ne me fais pas de souci pour le couple art-ING. "Un commentaire que les syndicats ont particulièrement peu apprécié. Une trentaine de militants du Setca et de la CNE se sont ainsi rassemblés ce mardi matin devant l'ING Art Center pour déplorer la communication de la direction de la banque entourant le lancement de l'exposition Guggenheim, qu'ils jugent "aussi lamentable" que l'attitude de l'entreprise dans le cadre de la restructuration annoncée au début du mois.Patricia De Peuter travaille depuis 1986 chez ING. Licenciée en histoire de l'art de la KUL, cette parfaite bilingue a consacré son mémoire à la méthodologie artistique. Et il y a forcément des similitudes avec le mouvement qui, au-delà d'ING, intéresse les entreprises à l'art : " Cela permet de créer des ponts entre ces deux milieux, étrangers l'un à l'autre. L'art met aussi les employés hors de leur cadre, l'art aide à personnaliser et à susciter des discussions au coeur même de la banque. L'art réveille et révèle l'esprit. Ainsi, on a instauré une Collection-Connection qui relie certains de nos artistes à certains de nos employés ". Ce projet prévoit un " jumelage " entre les oeuvres de la collection d'art contemporain d'ING Belgique et les collaborateurs de la banque. Près de 400 employés sont ainsi "connectés" à une oeuvre et permettent de la sorte à celle-ci de circuler à travers les réseaux sociaux par exemple, et donc au-delà du circuit strict de la banque. Inversement, l'oeuvre met en valeur le rôle du collaborateur dans la banque. Patricia De Peuter se lève et saisit un panneau en carton déposé sur une armoire, sous une photo de Nobuyoshi Araki. Sur cet écriteau, Vanessa Zwaelens, head of external communication chez ING, y a précisé sa fonction et le lien qui la lie à la présente oeuvre du photographe. Depuis la crise de 2008, ING a cessé d'investir dans sa vaste collection d'environ 2.500 objets, qui garnit murs et couloirs du siège bruxellois et quelques business centers de la société à Courtrai, Gand, Namur ou Liège. Mais une collection non renouvelée n'est-elle pas une collection en péril ? Patricia De Peuter ne le pense pas. " Si nous n'achetons plus, nous plaçons certains artistes à Art Brussels ou bien nous les invitons à venir créer en entreprise, dans ce bâtiment, explique-t-elle. Par exemple, Pieter-Jan Ginckels a créé une sculpture, baptisée Human Disco Bing, faite de 120 casques de vélo ornés de morceaux de miroirs.Pendant leur pause ou en dehors des heures de bureaux, les employés d'ING sont venus participer à la confection de l'oeuvre, accrochée dans la cage d'escalier de l'immeuble Marnix. " Tout cela resterait sans doute du domaine de la communication interne d'entreprise si ING ne proposait pas régulièrement de belles expositions dans son prestigieux Art Center de la place Royale. Huit cent mètres carrés dans un cadre qui va accueillir, dès le 19 octobre, " 100 % d'oeuvres en provenance de la Fondation ". La célébrissime institution américaine est aussi l'histoire d'une famille dont Solomon Guggenheim (1861-1949) et sa nièce Peggy (1898-1979), furent les deux têtes chercheuses artistiques. Avec un attrait commun pour l'avant-garde et l'abstraction, cette dernière étant au coeur de l'actuelle expo d'ING : dans la filiation de la collection Léon Lambert, propriétaire de près de 500 toiles marquées par les années 1960. " Il a fallu convaincre la Fondation Guggenheim de nos intentions et de la qualité du lieu choisi : deux de leurs experts sont d'ailleurs venus visiter l'ING Center avant que l'on puisse signer un accord. Celui-ci nous permet de reprendre en partie une importante exposition qui s'est tenue à Florence au Palazzo Strozzi, From Kandinski to Pollock. " Si Patricia De Peuter ne communique pas les coûts d'une telle opération, elle en précise les modalités : " Il y a bien sûr les frais d'assurances, de transports mais aussi les coûts liés au travail effectué par la société Guggenheim, les textes, les photos, les droits. Vous savez, j'ai dû organiser une soixantaine d'expos et même celle de Fabergé en 2005-2006, ayant attiré 155.000 visiteurs, n'a pas vraiment réalisé de bénéfices. " Ici, il s'agit d'une soixantaine d'oeuvres, essentiellement des peintures d'artistes célèbres, dont Cy Twombly, Jean Dubuffet, Asger Jorn, Alexander Calder, Sam Francis, Robert Motherwell, Marcel Duchamp, Mark Rothko et Jackson Pollock. Ce dernier se taille la part du lion puisque pas moins de 14 de ses tableaux s'installeront à Bruxelles. " Jackson Pollock (1912-1956) a pris possession de la toile de façon totalement libre, prenant l'audace de plonger dans une tout autre attitude artistique et le décloisonnement de l'art, s'enthousiasme Patricia De Peuter. Peggy Guggenheim a ressenti cela très fort et elle a montré Jackson Pollock dans une société bourgeoise,très structurée, qui n'était pas forcément prête à l'accueillir ". Une lueur passe. Madame De Peuter, ne seriez-vous pas une idéaliste ? " Qui ne le serait pas à la rencontre quotidienne des artistes ? , souffle-t-elle. En découvrant la diversité des oeuvres, l'étendue des expressions, leur pertinence, on devient idéaliste. " Guggenheim. Full Abstraction à l'ING Cultural Center à Bruxelles du 19 octobre au 2 janvier.