Voilà une dizaine d'années que nous vivons avec des taux bas, voire négatifs. Mais jamais ils ne sont tombés aussi bas que ces derniers jours. Pour la première fois, la Belgique a vu son taux à 10 ans tomber en dessous de zéro alors que l'Allemagne peut se financer à -0,4% sur la même échéance.
...

Voilà une dizaine d'années que nous vivons avec des taux bas, voire négatifs. Mais jamais ils ne sont tombés aussi bas que ces derniers jours. Pour la première fois, la Belgique a vu son taux à 10 ans tomber en dessous de zéro alors que l'Allemagne peut se financer à -0,4% sur la même échéance. Ces taux nuls ou négatifs sont la conséquence de plusieurs phénomènes. Il y a d'abord eu la crise de 2008, qui a poussé les banques centrales à ramener leur taux directeur à zéro, afin d'aider à la reprise. Il y a aussi les pauvres perspectives économiques : personne ne table sur une croissance vigoureuse qui ferait repartir l'inflation, et cela pour deux raisons. Primo, les gains de productivité ralentissent parce que nous ne bénéficions plus de grandes nouveautés technologiques. Et secundo, la population vieillit, ce qui n'aide pas non plus à la création de richesse. Un troisième élément a aussi poussé les taux- et plus spécialement les taux à long terme - encore plus bas : c'est le vaste programme de rachat d'obligations mis en branle par la Banque centrale européenne depuis 2015. Un quantitative easing qui était destiné, temporairement, à injecter de l'argent frais dans le système financier tout en aidant les ménages, les entreprises et les pouvoirs publics trop endettés. Mais le temporaire commence à devenir définitif. Aujourd'hui, notre Banque nationale détient à elle seule plus de 15% de la dette publique du pays. Cette politique très accommodante déployée par Mario Draghi devrait être poursuivie avec une égale souplesse par celle qui, en novembre, deviendra la nouvelle patronne de la BCE. Christine Lagarde est en effet connue pour être davantage une colombe monétaire qu'un faucon. Les taux devraient donc rester au plancher, d'autant qu'un dernier poids les tire vers le bas : c'est la volonté, dans un monde de plus en plus instable, de trouver un refuge. Si des investisseurs sont prêts à payer l'Etat allemand, ou belge, pour se procurer des obligation d'Etat, c'est qu'ils considèrent cet actif comme un abri susceptible de les protéger. C'est le même réflexe qui pousse les épargnants, chez nous, à mettre toujours plus sur leurs livrets d'épargne. Selon un sondage effectué par L'Echo, il y aurait aujourd'hui sur les livrets - qui ne procurent pourtant pour la plupart que 0,11% d'intérêt - 8,3 milliards d'euros de plus qu'au début de l'année où leur encours avoisinait 261 milliards. Taux zéro, vieillissement, croissance apathique, banque centrale qui détient de plus en plus d'obligations d'Etat... Tout cela fait penser à la situation que vit le Japon. En espérant toutefois que le parallèle s'arrête là. Car ce pays se débat vainement dans ce contexte déprimant depuis une trentaine d'années déjà.