Avez-vous été surpris par la réaction de Karel Van Eetvelt (CEO de Febelfin) à la mise en garde de la Banque nationale concernant la trop grande souplesse des conditions d'octroi des crédits ?

PETER DEVLIES. "Oui et non. Je partage l'inquiétude de Febelfin. Mais il est simpliste de plaider d'emblée pour un renforcement des règles. Les banquiers doivent prendre leurs responsabilités et assainir la gestion de leur métier. Octroyer un crédit n'a rien de bien compliqué. Il suffit de vérifier la capacité de remboursement du client, tout en s'assurant une marge raisonnable pour couvrir les coûts et les risques et en renforçant ses fonds propres."

Mais ces marges ont justement chuté de manière substantielle ces dernières années, ce qui est une source d'inquiétude pour la Banque nationale.

PD. "Les marges ont en effet dégringolé de plusieurs dizaines de points de pourcentage, ce qui n'est pas négligeable. Mais ce recul a été compensé par la forte croissance du marché hypothécaire, qui a permis aux banques de maintenir plus ou moins leurs revenus. La question est de savoir si cette progression peut se poursuivre et pour quelle durée. Lorsque la croissance en volume des crédits ne compensera plus la faiblesse des marges, la situation risque de se détériorer. La Banque nationale s'en inquiète à juste titre et a parfaitement raison de soulever cette problématique."

Comment expliquer que les banques n'arrivent pas à dégager des marges saines ?

PD. "La courbe de rendement est plate, la concurrence rude, et toutes les banques disposent de dépôts importants. Or les dépôts à la BCE sont frappés d'une pénalité de 40 points de base. Certaines banques préfèrent donc accorder un crédit à 0,5%, qui leur rapporte un tant soit peu. C'est un raisonnement à court terme : elles considèrent la rentabilité du trimestre ou de l'année en cours avant d'analyser le risque de taux d'intérêt futur. La situation est surtout préoccupante en ce qui concerne les crédits auto. Ceux-ci sont devenus un produit déficitaire. J'y vois un signe avant-coureur."

Quelqu'un tire-t-il son épingle du jeu ?

PD. "Le client. Mais plus aucune banque ne s'y retrouve. En matière de crédits hypothécaires, je constate que la course au taux plancher dans le but de générer des volumes n'a eu qu'une influence limitée sur les parts de marché. Il est légitime de s'interroger sur les activités du secteur : personne n'a rien gagné et nous courons à notre perte."

Rejoignez-vous Karel Van Eetvelt quand il dit qu'il n'est pas possible pour tout le monde d'acheter une habitation ?

PD. "Je ne partage pas son avis mais j'estime qu'il faut soumettre ce sujet à un débat de société. Il est inconcevable que les banques financent uniquement une seconde résidence ou les immeubles de rapport d'un client fortuné, et disent aux jeunes et aux célibataires qu'ils ne peuvent pas acheter de maison. Le secteur bancaire a aussi un rôle social. Mais il faut trouver un équilibre entre santé financière et responsabilité sociale. En raison de la hausse des coûts et de la pression sur les marges, nous risquons d'arriver à un point où les petits clients ne sont plus rentables pour une banque. Et il est de notre devoir d'y réfléchir en tant que société."

Traduction : virginie·dupont·sprl