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Au début août, des stress tests (tests de résistance) ont conclu que les 51 plus grandes banques européennes avaient globalement renforcé suffisamment leurs fonds propres pour pouvoir surmonter une nouvelle récession. A une exception près (la banque italienne Monte dei Paschi) et à 13 autres réserves près (dont les géantes Deutsche Bank et Commerzbank).

Malgré ce message encourageant, les investisseurs boursiers ont continué de déserter les actions du secteur. En un an, de la mi-août 2015 à la mi-août 2016, l'indice Stoxx 600 Banks, qui agrège les cours de 48 banques du continent, a perdu 38 % de sa valeur !

Si beaucoup des dérives survenues avant la crise de 2008 ont été peu à peu corrigées, un nouvel écueil de taille a surgi : les taux d'intérêt qui sont faibles depuis un certain temps et le resteront encore pour un bon moment. Cette faiblesse est consécutive à la politique monétaire ultra-accommodante que mène la Banque centrale européenne (BCE) pour tenter de faire repartir l'activité économique de la zone euro (en espérant que les ménages et les entreprises se mettent à acheter à crédit ou investir à crédit). Ces taux bas engendrent plusieurs problèmes, dont les principaux sont détaillés ci-contre sur la base d'une étude de Natixis. En résumé ? L'anémie touche tant les taux courts que les taux longs mais, surtout, a pour effet de resserrer l'écart entre les deux. Or, cet écart sert justement aux banques pour se rémunérer et dégager une bonne partie (environ les deux tiers) de leurs profits. Aujourd'hui, la marge d'intermédiation (comme on l'appelle) est mince.

" Pour les banques de détail à réseau d'agences, cette marge est comme une matière première, diagnostique Bruno Colmant, économiste en chef de la banque Degroof Petercam et professeur à la Vlerick School, à la ULB et à l'UCL. Si elle disparaît, cela compromet tout le métier de banquier de façon structurelle. Voilà pourquoi je pense que les banques européennes à réseau d'agences vont entrer maintenant dans la période la plus critique de leur histoire. Elles ont certes déjà mené de gros efforts pour couper dans leurs coûts, seul moyen pour elles de tenter de s'adapter. Elles ont réduit le nombre de leurs agences, supprimé des emplois, poursuivi l'informatisation de leurs services, intensifié le recours à l'Internet, etc. Cependant, cela ne suffira pas et une seconde phase de restructuration sera indispensable. Elle sera plus sévère encore que la première. Et à moyen terme, elle sera elle-même suivie par une troisième. On verra alors les établissements se rapprocher les uns les autres en commençant par harmoniser leurs réseaux informatiques. Tout cela risque d'être brutal... "