A 18 ans, Clemens Scholzen se rêvait saltimbanque. Les nombreuses visites au festival d'Avignon avec ses parents avaient éveillé des désirs d'expression scénique créative. Aujourd'hui, le créatif de la famille, ce n'est pas lui mais son fils aîné de 21 ans qui, entre autres, réalise des vidéos à destination des entreprises. Il faut dire qu'entre-temps, le nouveau patron de CBC Banque a suivi une voie plus classique. Avec tout d'abord un baccalauréat en marketing de l'Ephec à Bruxelles.
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A 18 ans, Clemens Scholzen se rêvait saltimbanque. Les nombreuses visites au festival d'Avignon avec ses parents avaient éveillé des désirs d'expression scénique créative. Aujourd'hui, le créatif de la famille, ce n'est pas lui mais son fils aîné de 21 ans qui, entre autres, réalise des vidéos à destination des entreprises. Il faut dire qu'entre-temps, le nouveau patron de CBC Banque a suivi une voie plus classique. Avec tout d'abord un baccalauréat en marketing de l'Ephec à Bruxelles. " J'y ai pris goût à tout ce qui touche au commercial, à la publicité ou à la finance, explique Clemens Scholzen. Après, j'ai eu le choix pour mon master entre Liège sans kot et la Fucam à Mons avec kot. J'ai pris l'option kot ! Je n'étais pas ce qu'on appelle un bon élève à l'école mais une fois arrivé à l'unif, j'avais trouvé ma voie. L'indépendance et la possibilité de faire les choses comme on l'entend m'ont bien plu. J'aimais les cours, je m'y amusais et je n'ai fait que des grandes distinctions au cours de mon master en sciences économiques. " L'avenir de l'Eupenois va se jouer à quelques mois de son diplôme. La BBL vient présenter aux étudiants ses stages destinés aux jeunes diplômés. " J'avais diverses possibilités mais j'ai opté pour la BBL, poursuit Clemens Scholzen. La longueur du stage permettait d'avoir une belle vue sur l'ensemble des métiers bancaires. A la fin, la banque m'a envoyé diriger l'agence d'Eupen. Je me suis donc retrouvé directeur d'agence à 25 ans ! Une expérience très formatrice. Mais autant j'aime mes racines, autant je ne voulais pas rester dans ma région natale pour travailler. La BBL m'a alors confié la création d'un siège à Cologne. J'y ai tout construit de A à Z. Mais lors de la fusion avec ING, Cologne est devenu superfétatoire dans les mesures où les Néerlandais étaient déjà présents à Francfort. Je suis alors parti à Amsterdam comme responsable du cash management international du groupe ING. C'est la seule fois où j'ai déménagé. " Chez les Scholzen, la langue maternelle, c'est l'allemand. Encore aujourd'hui. Mais Clemens y ajoute le français, le néerlandais et l'anglais. Une facilité qui l'a beaucoup aidé dans sa carrière. " Mais pas seulement, confie-t-il. Cette connaissance permet de s'imprégner facilement de la culture de l'autre. Je me sens très belge, du coup... " Après l'expérience néerlandaise, Clemens Scholzen est rappelé en Belgique où il va occuper des postes de plus en plus importants : directeur du réseau, directeur retail pour le Brabant wallon, Namur et Luxembourg, directeur de siège à Liège, directeur de Bruxelles, directeur de la Wallonie. Au moment de son départ pour CBC, il venait d'ailleurs de recevoir un nouveau poste : directeur du réseau des indépendants. " J'avais été nommé pour accompagner le changement, explique-t-il, puisqu'ING allait passer de 25 % d'agences indépendantes à 75 %. Mais les circonstances en ont décidé autrement. Via un chasseur de têtes, j'ai reçu une proposition d'une banque que j'admirais déjà en tant que concurrent. Et à un moment, quand on vous dit que vous êtes l'élu, il faut se décider ! Mon départ s'est fait sans aucune amertume et n'avait donc rien à voir avec les changements en cours chez ING. Tout s'est déroulé très cordialement. " Clemens Scholzen a été officiellement nommé administrateur-délégué de CBC le 1er avril dernier mais il n'a pris ses fonctions de CEO que le 1er juin. Entre les deux, deux mois de formation intensive en interne. " C'est une démarche logique, explique-t-il. Après 31 années passées chez ING, il me fallait découvrir les arcanes d'une autre banque et m'intégrer à une autre culture d'entreprise. J'ai découvert une entreprise familiale. Les gens se battent pour leurs clients. C'est très frappant et c'est la garantie de la réussite. CBC est une banque moderne et à la gestion ouverte. Les contacts entre nous sont très faciles. CBC est une banque autonome intégrée dans un grand groupe. En peu de temps, je me suis rendu compte qu'elle jouissait d'un très grand respect chez KBC. Ils sont très contents et très fiers de leur branche wallonne. Nous voilà au coeur de la stratégie et du projet de CBC : un projet de croissance d'une banque spécialisée dans son territoire. Une banque wallonne faite par des Wallons pour les Wallons. C'est tout de même assez remarquable que chaque euro déposé par un client soit réinvesti dans la même région. Un agriculteur sur deux est client chez nous, une école sur trois. Franchement, CBC respecte bien sa responsabilité sociale. " Homme de réseau, très attaché au digital, il a trouvé chez CBC une façon de faire qui cadre bien avec ses idées. " J'aime la stratégie omnicanal mise en place, oui. Selon moi, il faut offrir la possibilité au client d'utiliser nos services à sa guise. Dans ce sens, le digital doit d'abord lui profiter, avant nous. Le digital forcé ne fonctionne pas. Dès lors, le défi est chez nous d'offrir des solutions digitales à haute valeur ajoutée. Finalement, le commerce n'a pas changé depuis 2.000 ans. Il faut toujours écouter et servir le client. Mais la notion de service a changé. Les Américains appellent cela the moment of truth. La banque doit être présente dans les grands moments dans la vie d'un client comme l'achat d'une maison ou le lancement d'une entreprise ou d'un business. Quand un client a besoin de nous, nous devons être là. Cette proximité va, à l'avenir, faire la différence. Il faut donc se montrer très intelligent. L'agence est, selon moi, le carrefour entre le digital et le conseil. Le maillage est donc essentiel. Avec 88 agences et quelques projets encore en cours, nous sommes près d'atteindre la proximité désirée. " Depuis qu'il a pris ses fonctions, ce quinquagénaire n'a plus vraiment de temps libre. Il le consacre principalement à sa famille et, notamment, à son dernier-né, un fils de cinq ans. " J'aimais bien jouer au golf, rit-il. Mais là, ce n'est plus possible. D'ailleurs, on dit toujours que son handicap au golf est le reflet parfait des heures de travail prestées chaque semaine (rires). Je suis passionné de vin, c'est plus facile à gérer en termes de temps. J'ai pris des cours d'oenologie et je suis tranquillement en train de me construire une cave. Je suis un grand amateur de bourgognes. J'aime aussi le bordeaux et les côtes du Rhône du nord. J'ai quelques vins italiens et espagnols aussi. Mais ces derniers temps, je me suis recentré sur la France où il y a largement de quoi trouver son bonheur. Enfin, comme j'habite toujours dans ma région natale, deux jours par an, je m'adonne à une autre passion : je joue du sousaphone dans une fanfare de musiciens amateurs lors du carnaval d'Eupen. Au bout du week-end, je ne sens plus mes lèvres... " Enfin, après plus d'un quart de siècle passé dans le milieu bancaire, Clemens Scholzen n'en est toujours pas lassé. " C'est très sexy la banque vous savez, conclut-il. C'est l'un des rares secteurs qui vous permet d'avoir une vue très large sur l'économie. C'est passionnant. Le contact avec les clients vous enrichit et vous permet de vous remettre en question. En tant que CEO, je n'ai pas l'intention de me couper de ce contact. Nous avons déjà organisé des rencontres dans un cadre convivial et relax qui doit leur permettre de s'exprimer librement. Car n'oublions pas que c'est le client qui fait changer le marché... "