Dans la bataille entre capitales pour attirer les institutions financières à la recherche de nouvelles bases européennes après le Brexit, le Luxembourg tire visiblement bien son épingle du jeu. Selon Nicolas Mackel, CEO de Luxembourg for Finance, l'agence de développement de la place financière luxembourgeoise, pas moins de 51 institutions financières ont en effet choisi Luxembourg comme tremplin pour continuer à servir leurs clients sur le continent après le 29 mars.

Ces transferts d'activités de Londres vers Luxembourg concernent des gestionnaires d'actifs (25), des assureurs (12), des banques (8) ainsi que des sociétés actives dans les services de paiement (6). Derrière ces déménagements, on retrouve de grands noms de la finance comme la banque américaine JP Morgan, le groupe Credit Suisse, ou encore des assureurs comme AIG et Hiscox. Une moisson d'autant plus fournie qu'elle ne serait pas définitive, selon Nicolas Mackel. " A terme, le chiffre devrait tourner autour de 80 établissements, ce qui devrait conduire à la création d'environ 3.000 emplois sur deux ans ", a estimé l'ancien diplomate, de passage dernièrement à Bruxelles pour une rencontre informelle avec la presse belge.

Devant Francfort et Paris

Dans cette course à la réaffectation, " le Luxembourg s'est souvent retrouvé en compétition avec Dublin ", a également confié Nicolas Mackel, indiquant que la capitale irlandaise avait enregistré une centaine de demandes d'agrément, " en raison notamment de son expertise dans la gestion de fonds ". Si Amsterdam, Milan et Madrid ont aussi su capitaliser sur leurs spécificités pour convaincre une poignée d'établissements d'installer chez elles un hub européen en prévision du Brexit, " Francfort et Paris ont surtout fait valoir leurs atouts dans les activités de trading ou de la banque d'investissement ", dixit le patron de Luxembourg for Finance.

"Bruxelles ne joue pas dans la même catégorie." - Nicolas Mackel

Place financière d'envergure mondiale abritant par ailleurs le siège de la Banque centrale européenne, Francfort a joué de cette proximité pour attirer environ 45 institutions financières, tandis que Paris a enregistré 35 relocalisations. " Paris et Francfort sont déjà d'importants centres financiers pour les grandes banques d'investissement visant à être proches des multinationales françaises et allemandes, explique Nicolas Mackel. Nous ne sommes donc pas concurrents. Luxembourg se positionne en tant que centre financier pour l'administration de fonds, la gestion de fortune et les services de paiement ".

Si le Grand-Duché a donc su pleinement jouer le coup dans cette course aux retombées du Brexit, c'est moins le cas pour Bruxelles. Certes, l'arrivée du mythique assureur londonien Lloyd's est une belle victoire puisque " Bruxelles a gagné contre Luxembourg ", a souligné Nicolas Mackel. Mais hormis ce dossier emblématique, les relocalisations dans la capitale européenne se comptent sur les doigts d'une main. Peut-être, mais " Bruxelles ne joue pas dans la même catégorie, ce n'est pas un centre financier, avec un écosystème pré-existant, comparable à Luxembourg. Ce qui ne veut pas dire que Bruxelles ne dispose pas d'atouts, comme sa liaison Eurostar avec Londres, pour attirer des entreprises comme la BBC ".

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Divers facteurs

Même si le faible impôt des sociétés en Irlande (12,5 %) a pu jouer en faveur de Dublin, la fiscalité n'a ainsi pas été un facteur qui a fait la différence par rapport au Luxembourg, selon Nicolas Mackel. Des régulateurs à l'écoute, la langue, la culture ainsi que la présence d'une école internationale sont également des critères de sélection importants. " Le choix de Dublin est naturel pour les Américains ", a conclu le CEO de Luxembourg for Finance.