C'était à Londres, il y a tout juste un an. A l'occasion de la présentation de son nouveau plan stratégique à cinq ans, Belfius annonçait la signature d'un partenariat avec le groupe international de conseil Accenture pour développer des solutions technologiques et les vendre à des tiers. Une première pour une banque belge qui dévoilait alors à la presse dans la capitale européenne des fintechs la création d'un labo digital, baptisé Fintech Studio. Avec comme ambition pour le groupe dirigé par Marc Raisière de devenir la banque leader dans le numérique en Belgique.
...

C'était à Londres, il y a tout juste un an. A l'occasion de la présentation de son nouveau plan stratégique à cinq ans, Belfius annonçait la signature d'un partenariat avec le groupe international de conseil Accenture pour développer des solutions technologiques et les vendre à des tiers. Une première pour une banque belge qui dévoilait alors à la presse dans la capitale européenne des fintechs la création d'un labo digital, baptisé Fintech Studio. Avec comme ambition pour le groupe dirigé par Marc Raisière de devenir la banque leader dans le numérique en Belgique. Le pari était ambitieux. Mais un an plus tard, les résultats sont là. Rebaptisée Belfius Studio, pour ne pas se limiter au seul univers des fintechs, la nouvelle entité est opérationnelle et enregistre ses premiers clients. Comme nous le confie Olivier Onclin, membre du comité de direction de Belfius et directeur opérationnel de la banque (COO), " nous avons déjà signé quatre contrats avec plusieurs entreprises belges : un premier avec un secrétariat social, un autre avec une mutuelle, un troisième avec une commune et un quatrième avec une société qui offre des services financiers ". Mais confidentialité oblige, nous n'en saurons pas plus ni sur l'identité de ces quatre premiers clients ni sur les premières rentrées encaissées par Belfius dans le cadre de ces contrats un peu inhabituels pour un grand réseau bancaire. Seule certitude : Olivier Onclin ne s'attendait pas à de tels résultats en un an et se dit maintenant prêt à " prospecter à l'étranger ". Et cela, avec deux initiatives concrètes qui ont vu le jour depuis le lancement de la nouvelle cellule : l'une dans la banque mobile et l'autre dans la robotisation de tâches administratives. Plus concrètement, la première de ces deux solutions technologiques qui trône aujourd'hui dans la vitrine de Belfius et de sa cellule digitale est, en fait, une application bancaire similaire à celle dont les clients des banques raffolent aujourd'hui. Nom de code ? Spencr. Développée au départ de l'application maison (Belfius Mobile), Spencr dispose d'une large palette de fonctionnalités allant du suivi de compte à la possibilité d'effectuer des opérations en passant par la gestion de budget ou le regroupement de comptes. Sorte de module qui s'intègre dans les systèmes informatiques, Spencr donne aux institutions financières qui le souhaitent les moyens de se doter rapidement d'un service de banque mobile. Entrant directement en concurrence avec l'offre de certains fournisseurs de solutions digitales clé sur porte tels que Backbase, le service peut être à la fois personnalisé dans son aspect visuel (marque, couleur, logo) et sur le plan fonctionnel (assistant virtuel ou pas, etc.). " Tout dépend de ce que veut le client ", avance Olivier Onclin. Certaines options qui sont possibles avec Spencr n'existent, en effet, pas dans Belfius Mobile. Et pour cause : " Spencr s'adresse non seulement à des institutions financières qui veulent réaliser leur transformation digitale, mais aussi à des acteurs du monde non bancaire comme des opérateurs téléphoniques ou des distributeurs qui songent à diversifier leur offre de produits vers des services financiers, poursuit le responsable de Belfius. C'est en fait un véritable canal de distribution avec tout le know-how afférent que nous proposons. Nous y avons, par exemple, intégré une offre d'analyse de données en temps réel pour en faire un véritable outil qui va bien au-delà de l'interface strictement transactionnelle". En effet, Belfius ne manque pas d'argument pour convaincre sur ce terrain. Aujourd'hui, la banque arrive à vendre sans campagne marketing particulière un nouveau contrat d'épargne pension sur trois via son application mobile. Et alors qu'elle avait 850.000 clients actifs fin de l'an dernier, elle en a aujourd'hui 900.000 et espère franchir la barre du million fin de cette année. A côté de Spencr, Belfius a également mis au point une sorte de robot qui permet l'automatisation de processus administratifs. Baptisée BrightKnight, cette solution est ce que les spécialistes appellent un Robotic Process Automation (RPA), c'est-à-dire un logiciel qui automatise les tâches administratives répétitives afin d'aboutir à une organisation plus agile, plus économe et plus exacte. Aujourd'hui, 12 processus ont été automatisés de la sorte chez Belfius. Une réalisation concrète sur laquelle la banque se base pour la proposer à d'autres acteurs, entrant ici en concurrence avec les grands noms du conseil, comme Deloitte par exemple. Concrètement, ce que Belfius propose est un service d'aide à l'installation de programmes informatiques intelligents sur la base de l'implémentation d'un logiciel commercialisé par la firme Blue Prism. " C'est en fait de la robotisation appliquée, situe Olivier Onclin. Pour faire simple, disons que nous venons paramétrer le logiciel chez le client en fonction de ses besoins et de notre propre expérience. Ce que nous installons chez lui est, en fait, un processus d'automatisation d'une tâche qui a déjà fait ses preuves chez Belfius. " Avec à la clé des réductions de coûts qui peuvent aller jusqu'à 40 % des ressources humaines affectées à la réalisation d'une tâche. Mais plus que les économies de coûts, " ce qui est surtout intéressant, c'est de pouvoir affecter des collaborateurs à des activités qui nécessitent une expertise et des connaissances humaines, là où ils peuvent offrir une plus-value, comme, par exemple, dans le contact avec la clientèle ", souligne Olivier Onclin. En définitive, l'exemple de Belfius démontre que le digital n'est plus un gadget pour les banques. Il ouvre aujourd'hui de nouvelles opportunités : il leur permet de développer d'autres services, d'attaquer d'autres marchés. Surtout qu'ils sont de plus en plus nombreux à venir chasser sur leurs terres. A l'image bien sûr des GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) mais aussi du géant des télécoms Orange qui s'apprête à lancer une banque 100 % mobile en France avant d'attaquer la Belgique. Dans ce contexte, Belfius, comme toutes les banques, n'a pas le choix. S'il veut porter son bénéfice à plus de 600 millions d'ici 2020 (contre 535 l'an dernier), le groupe doit absolument diversifier ses revenus alors que les taux devraient rester bas longtemps encore et que les règles sont de plus en plus strictes en matière de fonds propres. Un effort de diversification qui passera prochainement par la collaboration avec un partenaire de poids afin de distribuer Spencr et BrightKnight aux Etats-Unis. Quant aux nouveautés sur lesquelles travaille la banque et qu'elle envisage aussi de commercialiser à l'avenir, figure un chatbot qui pourrait gérer à terme les questions les plus simples et répétitives de ses clients sur un site internet ou, par exemple, sur sa page Facebook. Sans oublier " d'autres développements qui sont également en cours dans tout ce qui touche aux objets connectés et à l'intelligence artificielle ", nous confie encore Olivier Onclin en guise de conclusion.