L'espoir de voir le futur président mettre en place une politique de relance budgétaire ainsi que des réglementations moins contraignantes pour les banques et le secteur de la santé, a sorti la Bourse de New York de la léthargie où elle se trouvait depuis mi-juillet, lui permettant de franchir ce seuil symbolique.

Composé des 30 valeurs phares de Wall Street, première place boursière au monde, le Dow Jones Industrial Average aura mis près de deux ans pour réaliser les 5,55% de hausse le séparant de sa précédente marque à 18.000 points, franchie le 23 décembre 2014 sous un ciel paraissant alors plus dégagé.

De nombreux analystes doutent en effet maintenant de sa capacité à monter beaucoup plus haut dans les mois à venir.

"C'est une belle histoire: nous arriverions enfin à un moment où une bonne politique va sortir l'économie américaine de son malaise et où la Réserve fédérale n'aurait plus à agir de manière accommodante... Mais c'est plus de l'espoir que de la réalité", a expliqué Peter Cecchini de Cantor Fitzgerald.

Si les investisseurs semblent s'être largement résignés à un relèvement des taux en décembre, qui serait le premier de l'année, ils s'interrogent sur le rythme des hausses au delà et sur leur impact sur la croissance et sur les marchés d'actions.

"Le marché bénéficie de taux bas comme on l'a vu depuis maintenant plusieurs années, donc si la Fed indique qu'elle prévoit plusieurs hausses des taux en 2017, cela pourrait être perçu comme négatif", a indiqué David Levy de Ventura Wealth Management.

Une remontée des taux enlèverait à Wall Street son principal carburant, les rendements obligataires redevenant attractifs pour les investisseurs qui pourraient décider de réorienter une partie de leurs actifs placés sur les marchés d'actions vers le marché de la dette.

Résultats d'entreprises convalescents

Pour le moment, le marché obligataire a certes réagi par la négative à l'élection de M. Trump en chutant face au risque d'accélération de l'inflation mais, à plus long terme, les paris semblent délicats vu le flou maintenu par le futur chef d'Etat sur nombre de propositions.

"Il est très difficile de faire des prévisions", a continué Hugh Johnson, de Hugh Johnson Advisors.

"On ne sait pas quelle part du plan de relance va être approuvé et quand cela va commencer à avoir un impact sur l'économie et sur les résultats d'entreprises", a-t-il détaillé.

Donald Trump devra en effet faire avaliser ses mesures par un Congrès, certes républicain mais généralement peu enclin à laisser filer les déficits.

De plus, le spectre d'une guerre commerciale, éclipsé jusque-là par le plan de relance promis pendant la campagne, pourrait revenir faire frémir une Bourse de New York favorable au libre-échange.

M. Trump s'était montré très virulent envers deux partenaires commerciaux des Etats-unis, la Chine et le Mexique. Il a annoncé lundi vouloir engager dès sa prise de fonctions le retrait des Etats-Unis du traité commercial transpacifique (TPP), signé par 12 pays de la région mais sans la Chine.

Quant à la santé des entreprises, le déclin des résultats a été enrayé au troisième trimestre mais leur croissance semble fragile pour de nombreux analystes, en particulier dans la perspective d'un resserrement monétaire.

La hausse du dollar depuis l'élection du milliardaire risque également de ne pas les favoriser sur leurs marchés à l'exportation.

"Rien ne s'est vraiment amélioré", a jugé Peter Cecchini, évoquant plus largement la croissance de l'économie mondiale et prévenant qu'une "bonne part de l'optimisme que l'on éprouve en ce moment va s'évaporer".