L'Union européenne était passée au travers de la crise financière de 2008, de la crise grecque, du Brexit, de la crise migratoire... mais réussira-t-elle à traverser celle du coronavirus ?
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L'Union européenne était passée au travers de la crise financière de 2008, de la crise grecque, du Brexit, de la crise migratoire... mais réussira-t-elle à traverser celle du coronavirus ? La question n'est pas rhétorique. Aujourd'hui, en Italie surtout, les citoyens se demandent à quoi servent les institutions de Bruxelles qui s'étaient portées garantes d'une " Europe qui protège ". Or, les derniers événements montrent que, pour l'instant, ce ne sont que des mots. Maurizio Massari, le représentant permanent de l'Italie auprès de l'Union européenne, en a fait la triste expérience au début de ce mois de mars. Pour faire face à la situation apocalyptique de ses hôpitaux, l'Italie avait demandé à la Commission d'activer le mécanisme européen de protection civile, afin de lui fournir du matériel médical. " Aucun pays de l'UE n'a répondu à l'appel de la Commission ", observe Maurizio Massari dans une tribune publiée par le site Politico. Seule la Chine a répondu de manière bilatérale. En effet, la France et l'Allemagne ont gardé leur matériel et de nombreux pays ont fermé unilatéralement leurs frontières, provoquant un chaos sanitaire et logistique. Une situation qui énerve profondément la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, qui essaie de débloquer " des milliers de conducteurs de bus et de camions coincés aux frontières intérieures, créant de nouveaux risques sanitaires et bloquant nos chaînes de distribution ". Ce n'est pas le seul signe de manque de solidarité. Il y a eu aussi la très mauvaise communication envoyée par la patronne de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, à l'issue de la réunion du 12 mars. Alors que l'on voyait les écarts de taux se creuser entre Etats de la zone euro, avec une remontée des taux des obligations italiennes, espagnoles, françaises, etc., elle a appelé les gouvernements à agir et a affirmé que " la BCE n'a pas pour rôle de réduire les spreads ( les écarts de rendements entre les obligations des différents Etats européens, Ndlr) ", laissant penser que la BCE n'était plus prête, comme au temps de Mario Draghi, à faire tout ce qui était en son pouvoir pour garder la cohésion de la zone euro. Résultat, en quelques heures, une flambée spectaculaire des taux italiens à 10 ans, passant de 1,2 à 1,8%, et une chute de 17% de la Bourse de Milan. Certes, Christine Lagarde a rétropédalé le lendemain, mais le mal était fait... Car, comme le souligne l'économiste en chef de Candriam Anton Brender, " pour l'Europe, le vrai problème n'est pas une répétition de la crise de 2008, mais de celle de 2011 ". Avec cette fois l'Italie, plutôt que la Grèce, endossant le rôle du maillon faible. Ashoka Mody, ancien directeur adjoint du FMI et aujourd'hui professeur invité à l'université de Princeton, enfonce le clou : " L'Italie se débattait déjà avant la crise sanitaire dans une situation économique très difficile, avec un endettement atteignant 2.300 milliards d'euros, soit 134% du PIB, et une croissance quasi nulle depuis 1999.Or, le coronavirus devrait provoquer une chute de 3%, voire pire encore, du PIB italien cette année. L'Italie a donc besoin d'un plan de sauvetage préventif de 500 à 700 milliards d'euros pour rassurer les marchés financiers sur le fait que le gouvernement et les banques italiennes peuvent honorer leurs obligations alors que la crise économique et financière du pays devient plus redoutable ", dit l'ancien responsable du FMI. Et attention, ajoute-t-il en songeant à la manière désastreuse dont l'Eurogroupe a traité le cas de la Grèce, pas d'atermoiement ni de demi-mesures : " Si nous attendons, la crise italienne pourrait bientôt devenir ingérable ".