L'augmentation du nombre de dossiers soumis - 210 en 2019, soit deux fois plus qu'en 2018 - et de spectateurs dans la salle témoignent de l'ancrage croissant de ce prix dédié à la responsabilité sociétale. Cette dernière s'inscrit parfaitement dans l'air du temps compte tenu de l'attention accordée à la crise climatique, y compris au sein des entreprises. CSR est l'acronyme de Corporate Social Responsibility qui correspond en français à RSE ou Responsabilité Sociétale des Entreprises. En d'autres mots, les entreprises n'agissent pas uniquement dans un but lucratif, mais elles prennent également en considération leur impact sur l'homme et l'environnement.

Ann Claes et Pascal Léglise succèdent à Eric de Deckere (Senior Manager Technique Transition Durable auprès de l'Entreprise portuaire d'Anvers) et Philip Van Kelst (fondateur et CEO de Kasteelhoeve Wange, centre de séminaires et chambres d'hôtes) en tant que CSR Professionals of the Year. La répartition des candidats qui s'effectuait jusqu'ici entre "grandes entreprises" et "PME" s'est basée cette année sur l'appartenance linguistique. La lauréate néerlandophone Ann Claes, Chief Buying Officer de la chaîne de magasins de vêtements JBC, a reçu son prix des mains de Michel Germanès, Managing Director du groupe Efico spécialisé dans le café, et de Pascale Van Damme, Managing Director de la société IT Dell EMC.

"La reconnaissance de 20 ans de travail"

Ann Claes n'a pas caché sa fierté quant au lancement récent de jeans recyclés par JBC. Les pantalons en denim sont entièrement confectionnés à base de matériaux recyclés (fermetures éclair et étiquettes comprises). Cette collection n'a rien d'un cas isolé chez JBC puisque Ann Claes s'engage en faveur de la durabilité depuis une vingtaine d'années.

"Notre équipe voit dans cette incroyable récompense la reconnaissance de vingt ans d'efforts", déclare Ann Claes. "Lorsque nous avons démarré la fabrication de vêtements en Extrême-Orient il y a vingt ans, on ne parlait pas autant de la durabilité. À l'époque, il fallait davantage défendre l'intérêt de l'approche durable. Ce n'est pas toujours une question de prix ou de qualité plus facile à produire, d'autres priorités entrent en ligne de compte. Comme payer le prix juste et viser la qualité par le biais des canaux adéquats, car la durabilité implique aussi de proposer un bon produit. Au début, nous devions encore expliquer pourquoi il était si important à nos yeux de rallier le plus grand nombre, mais je suis heureuse de voir que nos efforts ont payé au bout de tant d'années."

"Un aboutissement et un nouveau départ

Du côté francophone, Corine Athas, CSR Advisor chez Infrabel, et Julien Jacquet, Partner et CEO de PermaFungi, ont remis la récompense à Pascal Léglise, CSR Director de Carrefour Belgique. "C'est une fonction qui a été créée il y a plus de vingt ans et qui démarre de la sécurité, la qualité, l'environnement et l'éthique", explique Pascal Léglise. "C'est un aboutissement, mais paradoxalement, c'est aussi un nouveau départ. Lorsqu'on entend les attentes de la société civile, on doit aller beaucoup plus vite et répondre aux souhaits des citoyens. On doit radicalement changer la manière de faire du commerce et c'est dans cette direction que Carrefour veut aller avec un programme de transition alimentaire très bien illustré par notre action Act For Food."

"Plus que des rêves et de la passion"

Tim Baart, partenaire au sein du cabinet d'avocats Laga, président de l'asbl Time4Society et membre du jury, a félicité les deux lauréats pour les projets concrets qu'ils ont su mettre en oeuvre. "Au-delà des rêves et de la passion, leur parcours et leur dossier de candidature rassemblent des projets très concrets. Ann nous a parlé d'un jeans entièrement fabriqué dans des matières qui se retrouveront dans l'économie circulaire. Pascal a cité de nombreux exemples de projets menés à bien par Carrefour. Ann et Pascal sont les moteurs de ces réalisations concrètes au sein de leur entreprise. They make it happen."

Des débutants en RSE

Nouveauté de cette année, le prix du CSR Pioneer a récompensé un débutant qui a joué un rôle de pionnier au cours de l'année écoulée dans un projet solide et inspirant en termes de responsabilité sociétale. C'est Joachim Commeene, chef de projet Intégration chez Accent Jobs, qui a été élu CSR Pioneer 2018 dans la catégorie néerlandophone. Il a fait bonne impression avec le projet Jobroad, qui offre aux nouveaux arrivants de langue étrangère des opportunités sur le marché du travail. Côté francophone, le CSR Pioneer a été décerné à Mohamed Ibrir, responsable propreté aux Abattoirs d'Anderlecht. Sous son impulsion, le volume impressionnant de déchets et de gaspillage alimentaire sur les marchés très fréquentés des abattoirs a considérablement diminué.

Le jury placé sous la direction de Fons Leroy, administrateur délégué du VDAB, a établi un top 3 dans chaque catégorie sur la base de dix dossiers. Les critères sur lesquels il a fondé son jugement s'appuyaient sur les SDG - les Objectifs de développement durable fixés par les Nations unies - et sur la norme ISO 26000. Les votes se sont déroulés en trois phases. La voix du jury comptait pour 60% des points. Les votes du deuxième tour représentaient pour leur part 20%, tandis que ceux des personnes présentes dans la salle constituaient les 20% restants.

Time4Society met le cap sur l'étranger

En marge de son prix dédié à la responsabilité sociétale, Time4Society, l'asbl organisatrice de l'événement, met le cap sur l'étranger. L'organisation, qui accompagne les entreprises par le biais de formations et de recommandations en matière de RSE, a obtenu des subventions dans le cadre du programme Erasmus+ de l'Union européenne en faveur de l'enseignement, la formation, la jeunesse et le sport en Europe. La mise sur pied de Time4Society+ s'opère actuellement en collaboration avec l'Allemand Blinc, l'Autrichien Die Berater, le Britannique Apricot, le Bulgare Catro, l'Italien Centro Libenter et une organisation grecque. Ce groupement axé sur le développement personnel va mettre en place des activités de team building basées sur les compétences. "Il s'agit de team building assorti d'un objectif qui consiste à permettre aux participants de retirer un enseignement. Nous établissons ainsi un lien avec les SDG (ODD ou Objectifs de développement durable des Nations unies en français, NDLR), déclare l'entrepreneuse Nathalie Bekx, CEO de Time4Society mais aussi du bureau d'étude la Maison des Tendances/Trendhuis. "Comment pouvons-nous concrétiser davantage avec l'entreprise et son personnel un de ses objectifs de développement durable ? Le projet vient de démarrer et nous avons deux ans pour le mener à bien."

Traduction : virginie·dupont·sprl