Annulation de commandes, rupture dans la chaîne d'approvisionnement, personnel sur le flanc : à mesure que l'épidémie se répand, le Covid-19 a des conséquences immédiates et palpables pour les indépendants et les PME en termes non seulement de chiffres d'affaires mais aussi notamment de liquidités. " Si toutes les entreprises n'ont pas encore pris la mesure de l'impact de la crise du coronavirus, plante le secrétaire général de l'UCM, Arnaud Deplat, certaines sont déjà touchées tandis que d'autres anticipent clairement un problème de trésorerie. " Parce que personne n'achète mais aussi parce que personne ne produit : des fournitures commandées en Italie ou en Chine qui n'arrivent pas et vous voilà paralysé par manque de matières premières stratégiques, alors qu'il faut continuer à payer les salaires. Que faire pour passer le cap ?

Discuter avec son banquier

" Dans la grande majorité des cas, les sociétés ont des lignes de crédit qu'elles n'utilisent pas et vont pouvoir s'en sortir toutes seules ", estime Pierre Gustin, responsable du marché des entreprises en Wallonie chez ING Belgique, constatant lui aussi que la plupart des entreprises en Wallonie n'ont pas encore vraiment pris conscience que la crise pourrait être grave.

Pierre Gustin (ING): "Le banquier analysera la situation et accordera en principe un supplément de crédit.", belgaimage
Pierre Gustin (ING): "Le banquier analysera la situation et accordera en principe un supplément de crédit." © belgaimage

Et si on ne dispose pas de ce volant de sécurité, comment éviter que son entreprise ne soit paralysée ? " Aller voir votre banquier, poursuit Pierre Gustin. Ce dernier analysera la situation et accordera en principe un supplément de crédit. Pour autant, bien sûr, qu'il connaisse bien son client, qu'il s'agisse de difficultés ponctuelles et temporaires et que la société en question ne soit pas déjà à la limite de sa capacité d'emprunt ", complète Pierre Gustin qui estime que les choses seront supportables jusqu'à un mois de blocage. " Au-delà, dit-il, on commencera à voir des problèmes chez les plus fragiles, et plus cela durera, plus le nombre de sociétés qui auront des problèmes augmentera ", estime le banquier d'ING.

Sécuriser le business

Pour éviter de se retrouver dans cette situation, Martine Klutz, chief strategy & marketing officer entreprises et secteur public chez Belfius, rappelle pour sa part qu'au-delà des lignes de crédit classiques, il existe également des instruments qui permettent de sécuriser les revenus : " C'est bien connu, la Belgique est une économie ouverte avec des entreprises tournées vers l'exportation. Or, de manière générale, la perception du risque de contrepartie, qu'il s'agisse du risque crédit ou du risque de change, est repartie à la hausse, dit-elle. C'est pour le moment un sujet de discussion avec les clients dont le souci premier est de s'assurer que leur entreprise continue de tourner. Tous ne s'inquiètent pas, mais certains envisagent de revoir leur ratio de couverture, par exemple. "

Martine Klutz (Belfius): "Certains clients nous demandent d'intervenir afin de mieux sécuriser leurs flux commerciaux.", pg
Martine Klutz (Belfius): "Certains clients nous demandent d'intervenir afin de mieux sécuriser leurs flux commerciaux." © pg

Ce que ces clients demandent aux banquiers de Belfius ? " C'est d'abord de voir comment nous pouvons intervenir davantage afin de mieux sécuriser leurs flux commerciaux et garantir leurs transactions internationales, via par exemple des lettres de change ou du crédit documentaire ", indique la spécialiste de Belfius. Celle-ci ne constate toutefois pas de mouvement de panique au sein de la clientèle professionnelle de la banque ni de disruption dans la manière dont les entreprises conduisent pour le moment leurs affaires.

La Sowalfin mobilise 100 millions

Offrir davantage de sécurité quand la mer est forte, c'est aussi le rôle de divers organismes publics tel que la Sowalfin en Wallonie. Dans le cadre des mesures destinées à soutenir les entreprises face au choc du coronavirus, cette dernière va précisément réactiver son fonds d'urgence visant à octroyer des garanties supplémentaires aux banques afin que PME et indépendants puissent plus facilement accéder à des crédits professionnels pour leurs activités. " Il s'agit de la réactivation d'un dispositif de garanties qui avait été mis en place lors de la crise financière de 2008 et réutilisé ensuite lors de précédentes crises comme celle du fipronil ou lors des attentats de 2016, nous explique Jean-Pierre Di Bartolomeo, président du comité de direction de la Sowalfin. A l'époque, en 2008, nous avions réussi à mobiliser 60 millions d'euros de trésorerie supplémentaire, à concurrence de 60 % apportés par les banques et 40 % par les invests. Ici, pour le coronavirus, nous devrions être en mesure d'atteindre la centaine de millions d'euros supplémentaires pouvant être injectés dans les entreprises en Wallonie. " Bonne nouvelle car, comme le souligne Pierre Gustin, " le système avait bien fonctionné en 2008 ". De fait, embraye Jean-Pierre Di Bartolomeo, " le taux de défaut est relativement bas, très peu d'entreprises n'ont pas passé le cap lors des précédentes crises ".

Jean-Pierre Di Bartolomeo (Sowalfin): "Nous pouvons injecter une centaine de millions d'euros de trésorerie supplémentaire dans les entreprises en Wallonie." , Pg - Febelfin
Jean-Pierre Di Bartolomeo (Sowalfin): "Nous pouvons injecter une centaine de millions d'euros de trésorerie supplémentaire dans les entreprises en Wallonie." © Pg - Febelfin

Concrètement, la Sowalfin intervient en appui des banques en garantissant la moitié des liquidités supplémentaires injectées dans l'entreprise. " C'est généralement le banquier qui nous sollicite et introduit une demande. L'objectif est de le rassurer pour le garder dans l'entreprise. En partageant les risques, nous faisons le pas à deux. Et puis, l'idée est aussi d'avoir une approche contra-cyclique qui consiste à dire aux entreprises qu'elles ne doivent pas se bloquer si elles ont des projets d'investissement ", complète Jean-Pierre Di Bartolomeo. Et puis, bien sûr, les conditions auprès d'un organisme public tel que la Sowalfin, qui se présente plus que jamais comme le " guichet unique " pour les entrepreneurs wallons, sont plus avantageuses qu'auprès d'une banque : certains taux d'intérêt dans les institutions bancaires peuvent en effet approcher les 10 % pour certains des crédits de caisse ou de soudure.

Ne pas attendre la dernière minute

On le voit, diverses possibilités existent, du côté des banques comme en appui de celles-ci, pour faire face à un ralentissement de votre activité et à un problème de liquidités à court terme. Rayon liquidités justement, " il faut parallèlement à l'aide des banques et des outils publics, essayer d'éviter de faire sortir du cash de l'entreprise, en demandant par exemple le report de certaines charges qui bénéficient d'un moratoire au niveau fédéral ", souligne Jean-Pierre Di Bartolomeo

Comme le conseille Pierr e Gustin, rien ne sert non plus d'attendre la dernière minute pour agir. " Mieux vaut prévenir que guérir : il n'y a rien de pire que d'appeler en urgence son banquier parce que vous avez besoin de 200.000 euros pour payer les salaires le lendemain. "

Un avis que partage Arnaud Deplat qui recommande également, pour éviter de se retrouver pris à la gorge, de ne pas rester les bras croisés. " N'attendez pas, anticipez les besoins, renseignez-vous et préparez-vous, sans céder à la panique, mais en ayant bien en tête ce qui doit être fait et à quel moment cela doit être fait... pour éviter qu'il ne soit trop tard ", résume le dirigeant de l'UCM.

Cliquez ici pour télécharger gratuitement notre dossier print de 19 pages sur le Covid-19.

Vous souhaitez vous abonner à Trends-Tendances? Découvrez notre offre temporaire! 5 euros pour 4 numéros.

Annulation de commandes, rupture dans la chaîne d'approvisionnement, personnel sur le flanc : à mesure que l'épidémie se répand, le Covid-19 a des conséquences immédiates et palpables pour les indépendants et les PME en termes non seulement de chiffres d'affaires mais aussi notamment de liquidités. " Si toutes les entreprises n'ont pas encore pris la mesure de l'impact de la crise du coronavirus, plante le secrétaire général de l'UCM, Arnaud Deplat, certaines sont déjà touchées tandis que d'autres anticipent clairement un problème de trésorerie. " Parce que personne n'achète mais aussi parce que personne ne produit : des fournitures commandées en Italie ou en Chine qui n'arrivent pas et vous voilà paralysé par manque de matières premières stratégiques, alors qu'il faut continuer à payer les salaires. Que faire pour passer le cap ? " Dans la grande majorité des cas, les sociétés ont des lignes de crédit qu'elles n'utilisent pas et vont pouvoir s'en sortir toutes seules ", estime Pierre Gustin, responsable du marché des entreprises en Wallonie chez ING Belgique, constatant lui aussi que la plupart des entreprises en Wallonie n'ont pas encore vraiment pris conscience que la crise pourrait être grave. Et si on ne dispose pas de ce volant de sécurité, comment éviter que son entreprise ne soit paralysée ? " Aller voir votre banquier, poursuit Pierre Gustin. Ce dernier analysera la situation et accordera en principe un supplément de crédit. Pour autant, bien sûr, qu'il connaisse bien son client, qu'il s'agisse de difficultés ponctuelles et temporaires et que la société en question ne soit pas déjà à la limite de sa capacité d'emprunt ", complète Pierre Gustin qui estime que les choses seront supportables jusqu'à un mois de blocage. " Au-delà, dit-il, on commencera à voir des problèmes chez les plus fragiles, et plus cela durera, plus le nombre de sociétés qui auront des problèmes augmentera ", estime le banquier d'ING. Pour éviter de se retrouver dans cette situation, Martine Klutz, chief strategy & marketing officer entreprises et secteur public chez Belfius, rappelle pour sa part qu'au-delà des lignes de crédit classiques, il existe également des instruments qui permettent de sécuriser les revenus : " C'est bien connu, la Belgique est une économie ouverte avec des entreprises tournées vers l'exportation. Or, de manière générale, la perception du risque de contrepartie, qu'il s'agisse du risque crédit ou du risque de change, est repartie à la hausse, dit-elle. C'est pour le moment un sujet de discussion avec les clients dont le souci premier est de s'assurer que leur entreprise continue de tourner. Tous ne s'inquiètent pas, mais certains envisagent de revoir leur ratio de couverture, par exemple. " Ce que ces clients demandent aux banquiers de Belfius ? " C'est d'abord de voir comment nous pouvons intervenir davantage afin de mieux sécuriser leurs flux commerciaux et garantir leurs transactions internationales, via par exemple des lettres de change ou du crédit documentaire ", indique la spécialiste de Belfius. Celle-ci ne constate toutefois pas de mouvement de panique au sein de la clientèle professionnelle de la banque ni de disruption dans la manière dont les entreprises conduisent pour le moment leurs affaires. Offrir davantage de sécurité quand la mer est forte, c'est aussi le rôle de divers organismes publics tel que la Sowalfin en Wallonie. Dans le cadre des mesures destinées à soutenir les entreprises face au choc du coronavirus, cette dernière va précisément réactiver son fonds d'urgence visant à octroyer des garanties supplémentaires aux banques afin que PME et indépendants puissent plus facilement accéder à des crédits professionnels pour leurs activités. " Il s'agit de la réactivation d'un dispositif de garanties qui avait été mis en place lors de la crise financière de 2008 et réutilisé ensuite lors de précédentes crises comme celle du fipronil ou lors des attentats de 2016, nous explique Jean-Pierre Di Bartolomeo, président du comité de direction de la Sowalfin. A l'époque, en 2008, nous avions réussi à mobiliser 60 millions d'euros de trésorerie supplémentaire, à concurrence de 60 % apportés par les banques et 40 % par les invests. Ici, pour le coronavirus, nous devrions être en mesure d'atteindre la centaine de millions d'euros supplémentaires pouvant être injectés dans les entreprises en Wallonie. " Bonne nouvelle car, comme le souligne Pierre Gustin, " le système avait bien fonctionné en 2008 ". De fait, embraye Jean-Pierre Di Bartolomeo, " le taux de défaut est relativement bas, très peu d'entreprises n'ont pas passé le cap lors des précédentes crises ". Concrètement, la Sowalfin intervient en appui des banques en garantissant la moitié des liquidités supplémentaires injectées dans l'entreprise. " C'est généralement le banquier qui nous sollicite et introduit une demande. L'objectif est de le rassurer pour le garder dans l'entreprise. En partageant les risques, nous faisons le pas à deux. Et puis, l'idée est aussi d'avoir une approche contra-cyclique qui consiste à dire aux entreprises qu'elles ne doivent pas se bloquer si elles ont des projets d'investissement ", complète Jean-Pierre Di Bartolomeo. Et puis, bien sûr, les conditions auprès d'un organisme public tel que la Sowalfin, qui se présente plus que jamais comme le " guichet unique " pour les entrepreneurs wallons, sont plus avantageuses qu'auprès d'une banque : certains taux d'intérêt dans les institutions bancaires peuvent en effet approcher les 10 % pour certains des crédits de caisse ou de soudure. On le voit, diverses possibilités existent, du côté des banques comme en appui de celles-ci, pour faire face à un ralentissement de votre activité et à un problème de liquidités à court terme. Rayon liquidités justement, " il faut parallèlement à l'aide des banques et des outils publics, essayer d'éviter de faire sortir du cash de l'entreprise, en demandant par exemple le report de certaines charges qui bénéficient d'un moratoire au niveau fédéral ", souligne Jean-Pierre Di Bartolomeo Comme le conseille Pierr e Gustin, rien ne sert non plus d'attendre la dernière minute pour agir. " Mieux vaut prévenir que guérir : il n'y a rien de pire que d'appeler en urgence son banquier parce que vous avez besoin de 200.000 euros pour payer les salaires le lendemain. " Un avis que partage Arnaud Deplat qui recommande également, pour éviter de se retrouver pris à la gorge, de ne pas rester les bras croisés. " N'attendez pas, anticipez les besoins, renseignez-vous et préparez-vous, sans céder à la panique, mais en ayant bien en tête ce qui doit être fait et à quel moment cela doit être fait... pour éviter qu'il ne soit trop tard ", résume le dirigeant de l'UCM.