Les fonds, précieux outil de diversification pour un cru qui s’annonce complexe

© Getty Images/fStop

Dans un monde multipolaire, de nombreux paramètres influeront sur l’évolution des marchés en 2023. Nous présentons quelques fonds communs de placement qui aideront à diversifier le portefeuille.

Le monde est en perpétuelle évolution. Au début du XXe siècle, l’hégémonie du Royaume-Uni s’est estompée face aux Etats-Unis, qui se sont affirmés comme première puissance politique, militaire et culturelle. Après la Seconde Guerre mondiale, la guerre froide a opposé, pendant des décennies, l’Union soviétique et les Etats-Unis dans un délicat équilibre de pouvoirs partagés par deux sphères aux doctrines opposées, le communisme et le capitalisme. Des guerres ont été menées pour prendre le pouvoir, en Corée, au Vietnam et à Cuba, notamment. La Chine était quant à elle surtout tournée sur elle-même.

A la fin du XXe siècle, deux changements majeurs ont bouleversé l’équilibre susmentionné: l’Union soviétique s’est désintégrée et la Chine est entrée à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ce qui lui a ouvert les portes du marché mondial. Avec la chute du bloc soviétique, le dollar est devenu la monnaie de réserve par référence de la planète, conférant une toute-puissance au pays de l’Oncle Sam. L’Europe, qui ne se sentait plus en sécurité dans cette nouvelle dynamique, a renforcé ses liens en créant l’Union européenne et se dotant d’une monnaie propre, l’euro. Quant à la Chine, elle a inondé le monde de produits et d’une main-d’oeuvre bon marché.

Aujourd’hui, nous voyons lentement émerger trois blocs de pouvoir: les Etats-Unis, l’Europe et la Chine. Les lignes ne sont pas encore totalement figées: l’Europe tâtonne encore un peu sur le plan de son fonctionnement politique, l’euro connaît des ratés et la guerre en Ukraine, récemment, est venue miner la puissance du Vieux Continent. La crise énergétique touche fortement le continent, entraînant une perte de pouvoir d’achat des citoyens et une compétitivité moindre de son industrie, ce dont profitent les Etats-Unis et la Chine. L’empire du Milieu est d’ailleurs en passe de s’imposer comme première économie planétaire, devançant les Etats-Unis; il tente aussi de positionner sa monnaie, le renminbi, comme deuxième monnaie de réserve. Enfin, la pandémie de coronavirus a montré que les trois blocs devraient pouvoir fonctionner de manière autonome, afin d’éviter les problèmes dans les chaînes d’approvisionnement, par exemple, en cas de crise.

Dans ce monde multipolaire, les investisseurs se demandent comment se positionner au mieux. Or, cette question en soulève deux autres, pour le moins épineuses: lequel des trois blocs offre finalement le plus d’opportunités aux investisseurs? Et quid des préoccupations éthiques? La Chine est un régime autocratique qui semble faire peu de cas des droits de certaines minorités. Les Etats-Unis, quant à eux, adoptent une attitude impérialiste et affichent des inégalités criantes en termes de revenus et de richesses au sein même du pays.

L’avenir, et l’évolution des blocs, est difficile à prévoir, et les questions d’éthique font difficilement l’objet d’un consensus, si bien que nous conseillons d’investir dans les trois blocs afin de profiter des évolutions dans chacun d’entre eux, tout en diversifiant correctement le portefeuille.

Actions américaines: Ossiam Cape® US Sector Value ETF

Filiale de la société française Natixis IM, Ossiam est un promoteur de fonds indiciels spécialisé dans les solutions d’investissement quantitatives et systématiques. L’ETF proposé ici suit une stratégie systématique basée sur le ratio CAPE (Cyclical Adject Price Earnings) ou Shiller (du nom de son fondateur, Robert Shiller, récompensé par le prix Nobel), soit la moyenne historique à long terme du ratio cours/bénéfice. S’il est élevé, les actions sont chères; si le CAPE est faible, les actions sont bon marché. Pour cet ETF, le CAPE est calculé chaque mois pour 10 secteurs de l’indice S&P 500. L’ETF opère ensuite une sélection parmi les cinq secteurs les moins onéreux, en supprimant celui dont la dynamique des prix est la plus faible. L’actif est investi chaque mois dans quatre secteurs. Notons que malgré le qualificatif de “Value” dans le nom de l’ETF, des secteurs de croissance peuvent aussi être inclus du fait de la méthodologie. Morningstar qualifie donc l’ETF de mixte. Son historique de performance est excellent; entre début janvier et fin octobre, il n’a cédé que 1,5%, devançant son indice de référence de 5,7 points de pourcentage.

Actions européennes: Comgest Growth Europe

Acteur français réputé du secteur des fonds, Comgest investit généralement sur un horizon long et cible surtout les actions de qualité, avec une croissance du bénéfice par action attendue chaque année, dans toutes les phases du cycle économique. Concrètement, le gestionnaire investit surtout dans des acteurs bien positionnés et gérés, et financièrement sains. Il exclut les secteurs très cycliques (finance et énergie, notamment). Le fonds peut parfois s’écarter fortement de l’indice, mais dans l’ensemble, surperforme largement ce dernier.

Très concentré (30 à 35 titres), le portefeuille fait la part belle aux grands noms de la consommation, de la technologie et des soins de santé et conserve généralement les titres au minimum pendant cinq ans. Les 10 membres de l’équipe de gestion suivent chacun une quinzaine de valeurs. Chaque nouvelle idée est discutée de manière collégiale. Notons que Comgest n’est pas cotée en Bourse, mais est détenue en grande partie par ses employés, ce qui assure un taux de rotation faible.

Actions chinoises: JPMorgan China Fund

Ce grand gestionnaire d’actifs américain propose de nombreux produits, aux performances très inégales. Le fonds axé sur la Chine se distingue toutefois. Il est géré par deux Chinois expérimentés qui s’appuient sur l’un des plus importants centres de recherche en investissement au monde, avec pas moins de 16 membres couvrant actuellement la Grande Chine. Ces dernières années, JPMorgan a développé ses capacités de recherche sur le marché chinois des actions A, en plein essor: cette expansion était nécessaire, car les marchés chinois onshore et offshore comptent désormais quasiment autant d’actions que les marchés américains.

Le processus d’investissement cible les actions de qualité qui ont fait leurs preuves sur plusieurs cycles de marché. Le portefeuille est ainsi composé principalement de grandes ou très grandes capitalisations de croissance; Tencent, Meituan et Alibaba comptent parmi les plus importantes positions. Le fonds est l’un des plus importants, en termes d’actifs sous gestion, pour les actions chinoises, mais Morningstar n’a constaté aucune distorsion de prix lors des derniers dégagements opérés sur les actions chinoises.

Obligations internationales à haut rendement: Robeco High Yield Bonds

Ce fonds est géré par Sander Bus et Roeland Moraal, deux Néerlandais expérimentés, loués par Morningstar pour leur gestion du risque et leurs qualités de gestion. En septembre 2020, ils ont clôturé temporairement les souscriptions car les investissements avaient atteint la limite fixée de 12 milliards d’euros. Après la baisse du cours des actifs, la stratégie a pu rouvrir pour les nouveaux investisseurs un an plus tard. Cette limite a depuis été relevée à 14 milliards d’euros, l’équipe estimant que l’expansion de l’univers de placement mondial en obligations à haut rendement permettrait de gérer la liquidité.

Or: Xetra-Gold ETC

Notre choix d’inclure ici l’or peut paraître surprenant, mais le métal jaune a été une véritable source de diversification en 2022, avec un gain de quelque 7% entre janvier et fin novembre, alimenté par le conflit en Ukraine, le spectre d’une guerre à Taïwan et, surtout, une lutte de devises entre le dollar, l’euro, le yen et le renminbi, alors même que des doutes subsistent quant à la fiabilité de ces monnaies. De nombreuses banques centrales, d’ailleurs, étoffent leurs positions en or: le World Gold Council indique que les banques centrales ont acheté un volume record de 399 tonnes d’or, pour quelque 20 milliards de dollars, au troisième trimestre de 2022. L’or constitue toujours un refuge face aux menaces de guerre et de krach boursier.

Nous avons donc opté pour le fonds Xetra-Gold ETC, proposé en collaboration par Deutsche Börse Commodities GmbH et plusieurs grandes banques allemandes. Le risque de contrepartie est négligeable, d’autant plus que l’ETC offre une couverture physique à 100% en or. Un gramme d’or peut être réclamé par participation. Le produit est par ailleurs très bon marché, avec des frais de garde de 0,025% seulement par an, auxquels s’ajoutent les frais de transaction.

Article repéré dans Beleggers Belangen

Partner Content