La start-up belge e-peas lève 3,5 millions auprès d’acteurs de renom

start-up basée à Mont-Saint-Guibert. © pg

Propulsée par The Faktory, la jeune pousse est soutenue par des acteurs industriels de renom: Airbus, JC Decaux et Semtech. Son projet: injecter sa technologie innovante dans des millions d’objets connectés.

Pour sa première levée de fonds (série A), e-peas s’est entourée d’une belle brochette d’investisseurs. La start-up basée à Mont-Saint-Guibert a réuni 3,5 millions d’euros auprès de plusieurs acteurs publics et privés. Le plus gros contributeur est le fonds d’investissement franco-américain Partech Ventures. Cet acteur réputé a déjà réalisé plus de 300 opérations et affiche plus de 70  » exits  » (reventes des participations détenues dans les start-up soutenues) portant sur des montants supérieurs à 100 millions d’euros. W.IN.G, la structure de financement de la Région wallonne pilotée par Pierre Rion, injecte 500.000 euros dans l’aventure. The Faktory, l’accélérateur et fonds d’investissement créé par Pierre L’Hoest, cofondateur d’EVS, apporte 250.000 euros à son poulain e-peas, qu’il couve depuis 2014. Au terme de l’opération, The Faktory et les cofondateurs de la start-up en resteront actionnaires majoritaires. Après la revente de Riiot Labs, c’est une nouvelle belle opération pour The Faktory.

Vives 2, le fonds d’investissement de l’UCL, participe aussi au tour de table. Fait notable : trois puissants acteurs industriels mettent également la main au portefeuille : le spécialiste du mobilier urbain JC Decaux, le champion européen de l’aviation Airbus et Semtech, l’un des plus grands acteurs mondiaux dans le domaine des semi-conducteurs. Les sommes levées permettront à la start-up de soutenir la production et la commercialisation de ses puces électroniques.  » Nous sommes fiers d’aider e-peas à franchir plusieurs étapes successives : le produit est opérationnel, le marché marque son intérêt et le radar des partenaires industriels s’est allumé, souligne Pierre L’Hoest, président de The Faktory. Maintenant, il faut consolider l’offre.  »

8 milliards d’objets connectés

Issu d’une recherche fondamentale menée il y a 10 ans au sein de l’UCL, le produit développé par e-peas vise à améliorer la performance des objets connectés. D’après une étude de Gartner, on dénombrera d’ici fin 2017 plus de 8 milliards d’objets connectés dans le monde. Le marché est énorme. Et la start-up belge espère en croquer une part.

e-peas a développé un système de récupération d’énergie visant à optimiser la charge de ces fameux objets connectés. Les appareils les plus divers (compteurs de gaz et d’électricité, robinets, vitrages, pièces industrielles, etc.) sont déjà ou seront à l’avenir équipés d’une connexion sans fil. L’objectif est de monitorer, de collecter des données, voire d’agir à distance sur ces objets. Ceux-ci fonctionnent sans fil, et intègrent donc un système d’alimentation, qui est souvent  » jetable  » : une fois que la pile ou la batterie est vide, elle doit être remplacée. Problème : ce type de manipulation peut coûter très cher en frais de maintenance, les entreprises étant contraintes de surveiller l’état de charge de leurs objets connectés, et de remplacer à la main une quantité énorme de piles ou de batteries.

L’idée est d’allonger la durée de vie des objets connectés, pour qu’ils tiennent une dizaine d’années de façon autonome

Pour pallier à cette problématique, de nombreux objets connectés sont équipés de piles ou de batteries rechargeables, dont l’alimentation est assurée par une installation (miniaturisée) permettant de récupérer de l’énergie. Cela signifie concrètement que les objets connectés sont équipés d’un mini panneau solaire, d’une micro-turbine, d’un accumulateur d’ondes, ou encore d’un récupérateur de chaleur. Entre ce système de récupération d’énergie et l’alimentation, se trouve une sorte de temporisateur, qui optimise le transfert d’énergie. C’est précisément le produit développé par e-peas.  » L’idée est d’allonger la durée de vie des objets connectés, pour qu’ils tiennent une dizaine d’années de façon autonome « , explique Geoffroy Gosset, cofondateur d’e-peas.

Trois industriels en soutien

Cette promesse a donc suscité l’intérêt de trois grands acteurs industriels, actifs dans des secteurs très variés. Si Airbus investit dans la start-up belge, c’est parce que l’avionneur projette d’intégrer dans ses appareils une multitude d’objets connectés.  » On retrouve de plus en plus de capteurs dans un avion, pointe Geoffroy Gosset, cofondateur de e-Peas. Plutôt que d’ajouter des mètres de câble, ce qui alourdit l’appareil, les constructeurs préfèrent utiliser une technologie sans fil.  » JC Decaux, qui investit aussi dans la start-up, s’intéresse de près à ce qu’on appelle l’Internet des objets. Ses réseaux de panneaux publicitaires et de vélos partagés sont constitués d’autant d’objets connectés ou connectables que l’entreprise peut monitorer en permanence.

Trois créneaux prometteurs

Les objets connectés ne se limitent pas aux bracelets d’activité et aux compteurs intelligents. e-peas a identifié de nombreuses applications industrielles qui auront besoin de sa technologie de récupération d’énergie. En voici trois.

Finies les pannes de robinets automatiques

Quand un robinet à détecteur de mouvement ne fonctionne plus dans les toilettes de l’aéroport, c’est probablement que sa pile est plate. Pour les appareils les plus utilisés, six mois suffisent pour en vider la charge. Pour éviter les frais de maintenance, les industriels préfèrent désormais intégrer une batterie rechargeable munie d’un petit panneau solaire ou d’une mini- turbine à eau. Le marché mondial des robinets automatiques atteindrait plus de 400.000 pièces par an.

Bétail en liberté surveillée

Equiper un troupeau de vaches ou de moutons de capteurs permet de les localiser en temps réel, de détecter des signes de maladies, de repérer rapidement les animaux morts, ou encore de mieux gérer les moments propices à leur insémination. Pour toutes ces applications, un seul objectif : améliorer le rendement du troupeau et éviter les pertes. Certains élevages aux Etats-Unis ou en Australie comptent jusqu’à 100.000 bêtes.

Des milliers de prix dans les rayons

Dans les rayons de supermarchés, les étiquettes électroniques ont remplacé les prix imprimés. Ces milliers d’objets connectés sollicitent en continu les équipes, qui doivent en changer la pile… quand elles ne jettent pas tout simplement le dispositif à la poubelle pour en mettre un nouveau. Les nouveaux systèmes sont équipés d’un panneau solaire, ce qui implique pour chaque étiquette l’insertion d’une puce semblable à celle de e-peas.

Troisième acteur industriel qui participe au tour de table, la société Semtech, peu connue du grand public, est quant à elle amenée à jouer un rôle important dans le monde des objets connectés. Elle développe en effet LoRa, l’un des deux plus importants réseaux d’objets connectés au monde, avec son concurrent Sigfox. Plus de 500 acteurs des télécoms (dont Proximus) ont rejoint l’alliance LoRa, qui propose un standard unique d’interconnexion pour cette myriade d’objets connectés en cours de déploiement à travers le monde.

Un marché de volume

La start-up fonctionne sur le principe de la fabless (sans usine) : elle ne dispose pas d’unité de production. Dans l’industrie des semi-conducteurs, c’est devenu une exception, même pour les grands groupes. Le développement d’une usine coûte entre 5 et 10 milliards de dollars, pointe Geoffroy Gosset. Toute la production se fait en Asie, chez des acteurs spécialisés. e-peas dessine donc des plans numériques de ses circuits et les envoie en production. Si la technologie de la start-up a séduit des investisseurs, elle n’est pas la seule sur son segment de marché : Geoffroy Gosset a identifié six concurrents actifs dans ce business prometteur de la récupération d’énergie pour les objets connectés.

Les puces développées par e-peas sont en test du côté d’une série de clients, pour des commandes potentielles portant sur des volumes très importants (des centaines de milliers, voire des millions de pièces). La jeune pousse doit encore être patiente : les processus de validation sont relativement longs dans cette industrie. Mais la start-up, qui occupera huit personnes d’ici la fin de l’année, espère produire à grande échelle dès 2018. C’est une nécessité : la puce d’e-peas coûtant à peine quelques dollars, la jeune société doit faire du volume.  » Avec environ 2 millions de pièces vendues, nous serons rentables, estime Geoffroy Gosset. Ça peut aller vite : un seul gros client peut suffire pour y arriver ! « 

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