L’augmentation du taux d’intérêt minimum n’aidera pas les épargnants

Vincent Van Peteghem © Belgaimage
Sebastien Marien Stagiair Data News 

Alors que l’inflation reste élevée et que les familles remboursent déjà 4% d’intérêt en plus sur un prêt immobilier, l’épargne ne rapporte toujours pas grand-chose. Vincent Van Peteghem (CD&V), le ministre des Finances, a demandé des explications à Febelfin, la fédération professionnelle du secteur bancaire, tandis qu’Ecolo et le PS réclament un relèvement du taux d’intérêt minimum pour l’épargne. C’est une mauvaise idée, estime Hans Degryse, professeur à la KU Leuven.

Les grandes banques ont vu leurs bénéfices exploser. BNP Paribas Fortis a récemment dirigé la majeure partie de ses bénéfices records vers Paris tandis que la KBC a dépassé toutes les attentes des analystes. Pour ceux qui s’indignent de la (trop grande) différence entre les taux hypothécaires élevés et les taux d’épargne bas, Trends dresse la liste des cinq raisons pour lesquelles les épargnants seront les laissés pour compte de 2023.

L’absence de concurrence

L’une des principales raisons est que les banques ne sont pas très enthousiastes à l’idée d’augmenter ces taux d’intérêt sur l’épargne. En effet, elles voient dans l’actuel climat économique une excellente occasion de compenser leur portefeuille constitué, depuis des années, de prêts à faible taux d’intérêt. De plus, dans leur bilan respectif, les banques ont déjà beaucoup de dépôts, grâce à (ou à cause de) l’épargne des Belges.

Le vice-premier ministre PS Pierre-Yves Dermagne déclarait dans les colonnes de HLN qu’il y avait une autre explication au fait que les taux d’épargne n’augmentent pas dans le secteur bancaire: “Si cette augmentation n’a pas lieu, cela signifie qu’il n’y a pas assez de concurrence dans le secteur. Ce n’est pas normal que les taux hypothécaires augmentent, mais pas les taux d’épargne”. Le professeur Hans Degryse, directeur du groupe de recherche en finance à la KU Leuven, est d’accord avec cette analyse : il y a un manque de concurrence. “Les vrais casseurs de prix comme ABN AMRO et Rabobank ont fait leurs adieux à notre pays. Il y a donc peu de banques qui ciblent les dépôts.”

Pourtant, la solution du professeur Degryse est en contradiction avec les demandes d’augmenter les taux d’intérêt minimums. “Si nous voulons accroître la concurrence et attirer les banques étrangères, ce n’est pas en augmentant le taux d’intérêt minimum que nous y parviendrons”, déclare-t-il. Quoi qu’il en soit, les banques, qui envisagent aujourd’hui de se développer sur le marché belge, se heurtent déjà aux nombreuses règles imposées par notre gouvernement. Des spécificités typiquement belges. Il serait bien plus positif que les politiciens agissent de manière structurelle en repassant à nouveau toutes ces réglementations au crible.

La Belgique a condamné ses banques

“L’une des raisons pour lesquelles les taux d’épargne sont si bas est que le compte d’épargne est un produit fiscalement avantageux. La question est de savoir s’il est nécessaire. Taxer une partie des intérêts et laisser les gens récupérer le précompte mobilier par le biais de leur déclaration d’impôt, comme c’est déjà le cas pour les dividendes. Notre gouvernement pourrait alors traiter le compte d’épargne comme n’importe quel autre produit financier”. Cependant, réclamer à cors et à cris une augmentation du taux d’intérêt minimum, c’est évidemment donner du grain à moudre aux électeurs, note le professeur Degryse. Cette idée semble plus attrayante et bien plus compréhensible que si le gouvernement procédait à des ajustements structurels pour stimuler la concurrence.

“Ce qui contribue également à faire baisser les taux d’épargne, c’est la taxe bancaire, qui s’élève à 0,35 % et s’applique également aux comptes d’épargne. Cet argent alimente le budget, mais ne profite pas aux épargnants. Pourtant, cet élément a été apparemment oublié. Pour paraphraser, la Belgique a, en fait, condamné ses banques à vie, après la crise de 2008. Et c’est l’épargnant qui paie”. Le professeur Degryse est conscient qu’en supprimant la taxe bancaire, des fonds importants échapperaient au Trésor belge, mais il affirme qu’il existe d’autres moyens, plus efficaces, de récupérer cet argent.

Recherche d’alternatives

Le professeur Hans Degryse conseille également aux épargnants de s’intéresser à d’autres produits financiers que les comptes d’épargne. Il propose de regarder notamment du côté des comptes à terme et vers les fonds du marché monétaire, également connus sous le nom de fonds communs de placement du marché monétaire. Il s’agit de trackers qui suivent les tendances du marché monétaire. Dans un fonds monétaire, les fonds sont investis dans des bons du Trésor à court terme ou des obligations proches de l’échéance. Ils suivent le taux directeur de la BCE pendant une période assez courte.

Selon le professeur, les clients contribuent ainsi à accroître la pression sur les banques, en choisissant des alternatives. “Si les gens investissaient une partie de leur capital dans de tels trackers ou fonds monétaires, cela exercerait une pression supplémentaire sur les banques pour qu’elles conservent les dépôts, ce qui se traduira par des taux d’épargne plus élevés.”

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