Nathalie van Ypersele
Nathalie van Ypersele
Retrouvez chaque semaine l'éditorial de Nathalie van Ypersele, rédactrice en chef de Trends-Tendances, en alternance avec Guy Legrand, directeur adjoint du magazine
Opinion

19/05/10 à 13:14 - Mise à jour à 13:14

Vous optez pour un radeau ou un navire ?

Le système est-il perfectible ? Certainement, mais il ne faut pas l'abandonner pour autant !

Vous optez pour un radeau ou un navire ?

© Photonews

C'est bien connu : l'Europe progresse et se réforme sous la pression des crises. Et celle-ci ne fera pas exception. Dernier exemple en date : les ministres des Finances de la zone euro, réunis lundi passé, ont montré une certaine ouverture à la proposition de la Commission européenne d'examiner les grandes lignes des budgets nationaux avant qu'ils ne passent devant les parlements respectifs. Ceci permettrait de renforcer la discipline budgétaire commune et d'éviter un scénario grec bis...

Si ce projet aboutit, la Commission disposerait à nouveau d'une certaine influence pour assurer une meilleure cohésion entre les politiques menées. Etonnamment, c'était le cas avant 2003. Mais ce sont les Allemands ainsi que leur partenaire français qui ont donné le premier coup de canif dans le contrat européen. En effet, en 2003, les gouvernements allemand et français, mais également italien et portugais, ne respectaient pas les critères du pacte de stabilité. La Commission a alors encouragé ces Etats à prendre certaines mesures pour redresser la barre, et le duo franco-allemand a pesé de tout son poids pour ne pas être mis à l'index officiellement, et éviter ainsi les sanctions de la Commission européenne. Sous la pression politique, l'exécutif européen a fait marche arrière et un compromis théorique a permis à chacun de ne pas perdre la face. Dans les faits cependant, le pouvoir de contrôle de la Commission européenne s'était considérablement affaibli...

Au-delà des nouveaux projets et des mesures ponctuelles - et phénoménales - de ces dernières semaines, les déclarations alarmistes sur l'avenir de l'euro ont également fusé. Evoquer la fin potentielle de la zone euro, c'est, à mon avis, jouer avec le feu. Un jeu qui semble être pratiqué avec brio par certains responsables politiques, américains et européens - la chancelière allemande Angela Merkel en tête.

Il est bon de le dire et de le répéter : l'euro est LA réalisation européenne. Mettre en doute son avenir - pour des raisons de politique intérieure dans le cas allemand - est irresponsable. Et ceci pour plusieurs raisons. Tout d'abord, l'Europe doit faire face à une multitude de défis, au niveau de sa compétitivité, de sa croissance, du vieillissement de sa population, ou de son rôle sur l'échiquier mondial. Individuellement, les pays européens ne pèsent rien. Ils sont tels des petits radeaux sur une mer houleuse. Sans l'euro, beaucoup d'entre eux auraient coulé lors de la crise financière de 2008. A cette époque, l'euro a, en effet, permis aux 16 pays membres de la zone de faire face ensemble - dans un navire plus solide - à la tempête financière. Se passer de l'euro aurait alors été suicidaire pour nos économies.

Les avantages de l'euro ne se limitent pas à l'effet bouclier. Le Premier ministre letton - dont le pays voudrait rejoindre la zone euro en 2014 - le rappelle dans l'interview qu'il nous a accordée (lire p. 40). Valdis Dombrovskis a ainsi préféré couper drastiquement dans les dépenses publiques que dévaluer sa monnaie par rapport à l'euro. Les avantages de la monnaie unique seront, à ses yeux, à la hauteur des sacrifices consentis : l'euro est un atout inestimable dans les échanges intracommunautaires, plaide-t-il. Il permet d'assurer la stabilité du taux de change et engendre une baisse des frais de transaction. Il permet en outre une meilleure comparaison et transparence des prix, en forçant une plus grande compétitivité entre les entreprises. Et les critères de Maastricht obligent les gouvernements à une certaine orthodoxie budgétaire.

Le système est-il perfectible ? Certainement, mais il ne faut pas l'abandonner pour autant !

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