Lire la chronique d'Amid Faljaoui
Lire la chronique d'Amid Faljaoui
Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

15/03/12 à 09:50 - Mise à jour à 09:50

Vanackere cible-t-il vraiment les spéculateurs ?

Comme il faut bien trouver de l'argent quelque part, il n'est pas question de discuter le fait qu'on augmente la taxe sur les opérations de Bourse. En revanche, ce qui est bizarre, c'est que le ministre des Finances justifie cette hausse dans un souci de lutte contre la spéculation. C'est là où les spécialistes se moquent du propos.

Il faut s'attaquer aux spéculateurs : c'est, en gros, ce qu'a dit notre nouveau ministre des Finances. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les nouvelles mesures budgétaires ont prévu d'augmenter le taux de la fameuse taxe sur les opérations de Bourse. Cette TOB, comme l'appelle les banquiers, est une taxe qui vous frappe à chaque fois que vous vendez ou achetez une action, par exemple.

Comme il faut bien trouver de l'argent quelque part, il n'est pas question de discuter le fait qu'on augmente cette taxe. En revanche, ce qui est bizarre, c'est que le ministre des Finances justifie cette hausse dans un souci de lutte contre la spéculation. C'est là où les spécialistes se moquent du propos.

Primo, parce que les spéculateurs, les vrais, ne sont pas toujours basés en Belgique, mais bien souvent à l'étranger. Or, cette taxe ne concerne que les opérations faites sur le territoire belge. Autrement dit, si vous avez votre portefeuille-titre au Luxembourg et que vous vendez ou achetez au départ de ce pays, il n'y aura pas de taxe sur vos opérations de Bourse. Tout ceci est certes théorique, car, pour un portefeuille de 10.000 euros par exemple, la hausse de la taxe se traduira par 8 euros à payer en plus. Ce n'est pas la mer à boire, c'est vrai, mais il n'empêche que l'argument anti-spéculateur ne tient pas.

Secundo, cette taxe sur les opérations de Bourse frappera en réalité surtout les petits épargnants, ceux qui essaient de gérer leur portefeuille de manière un peu dynamique. Car cette fameuse taxe n'a toujours pas été déplafonnée. En clair, le montant maximum qui peut être prélevé par cette taxe est de 650 euros quoi qu'il arrive !

Traduction de tout cela : si vous avez un portefeuille de 1 million d'euros, vous ne paierez pas 2.500 euros - ce qui serait le cas si l'on appliquait le taux de la nouvelle taxe sur les opérations de Bourse - mais 650 euros maximum.

Dire, dans ces conditions, que ce sont les spéculateurs qui seront touchés, alors que ce sont clairement les petits épargnants qui passeront à la caisse n'est donc pas correct. Comme le disait Colbert, l'ancien ministre de Louis XIV, "Sire, il vaut mieux taxer les pauvres car ils sont plus nombreux"...

Nos partenaires