Guy Legrand
Opinion

15/06/11 à 15:37 - Mise à jour à 15:37

USA : ni récession ni étincelles !

Laurence Fink, lui, croit au ralentissement américain et il le juge même durable. Et ce n'est pas n'importe qui : il est président et CEO de BlackRock, le plus gros gestionnaire d'actifs du monde, avec 3.650 milliards de dollars !

USA : ni récession ni étincelles !

© Photonews

Le Beige Book publié la semaine dernière rassure sur la santé économique des Etats-Unis. Ce rapport, de son vrai nom Summary of Commentary on Current Economic Conditions, est publié huit fois par an par la banque centrale américaine. Il synthétise les opinions recueillies auprès des entreprises dans l'ensemble du pays. Bien qu'officiellement qualifiée d'anecdotal, cette information de terrain dresse un tableau fort apprécié de la situation, d'autant qu'il distingue les régions plus fortes et plus faibles. Sa dernière livraison fait ainsi état d'une croissance accélérée au Texas et, au contraire, d'une décélération dans les districts de New York, Philadelphie, Atlanta et Chicago.

Le Beige Book souligne que la confiance reste de mise dans les milieux d'affaires et que la croissance n'a fléchi que faiblement ici et là. Nombre de commentateurs ont souligné ce côté rassurant, au point parfois de préciser que les Etats-Unis ne sont pas menacés d'une rechute en récession. Une pareille allusion peut sembler hors de propos : cette crainte n'est-elle pas évacuée depuis plus d'un an et demi, voire deux ? Elle l'était, en effet, mais les très mauvais indicateurs publiés les 1er et 3 juin l'ont ravivée dans certains esprits. Pour rappel, l'indice ISM Manufacturing témoignant de l'activité industrielle est revenu de 60 en avril à 53,5 en mai. Ce dernier niveau reste honorable, mais la chute sort de l'ordinaire !

Même constat pour les chiffres de l'emploi : il s'en est créé 54.000 à peine en mai, contre 232.000 en avril, et ceci alors qu'on en attendait 165.000. Pour l'ISM comme pour l'emploi, les économistes prévoyaient un ralentissement sensible, mais ce fut un véritable effondrement. Wall Street ne s'y est pas trompé : la Bourse américaine a perdu 5,5 % durant les huit séances suivantes. C'est que les Etats-Unis ont perdu plus de huit millions d'emplois durant la crise et n'en ont regagné qu'un million et demi depuis. Pour un pays dont le moteur est la consommation intérieure _ et non l'exportation comme en Allemagne ou en Chine par exemple _ ce coup de froid très prématuré serait un désastre s'il se confirmait.

Est-il donc accidentel ou plus fondamental ? Divers interlocuteurs de la Fed avancent les conséquences du tsunami japonais, à savoir des interruptions de livraisons, comme explication aux mauvais chiffres de mai, ajoutant s'attendre à un rattrapage au second semestre. Responsable des statistiques relatives au marché du travail, Keith Hall ne partage pas cet avis. Il juge qu'un tel phénomène aurait entraîné un recul des heures prestées et non une chute des créations d'emplois. Il observe d'ailleurs un affaiblissement généralisé et non limité au secteur industriel, le seul à être éventuellement affecté par ces problèmes de livraisons.

Laurence Fink, lui, croit au ralentissement et il le juge même durable. Et ce n'est pas n'importe qui : il est président et CEO de BlackRock, le plus gros gestionnaire d'actifs du monde, avec 3.650 milliards de dollars ! Fait remarquable : en début d'année encore, il jugeait peu crédible le fameux "new normal" avancé par son concurrent Pimco, soit le fait que la croissance économique américaine serait à l'avenir de l'ordre de 2 % par an et non plus de 3 % comme par le passé. Laurence Fink a visiblement changé son fusil d'épaule car, vendredi dernier, dans une interview télévisée à la chaîne Bloomberg, il s'est déclaré convaincu que les Etats-Unis allaient connaître une croissance faible, soit de 2 à 3 %, durant les cinq, voire les 10 prochaines années. Pas de rechute en récession sans doute, mais pas d'étincelles non plus !

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