Nathalie van Ypersele
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Retrouvez chaque semaine l'éditorial de Nathalie van Ypersele, rédactrice en chef de Trends-Tendances, en alternance avec Guy Legrand, directeur adjoint du magazine
Opinion

29/07/10 à 11:01 - Mise à jour à 11:01

Une confiance toute relative

Il y a quelques mois, seules les mauvaises nouvelles semblaient être prises en compte, noircissant le tableau économique au passage. Actuellement, les bonnes nouvelles ont la cote.

Une confiance toute relative

© Photonews

"Retour de la confiance dans la zone euro", titrait récemment le Financial Times. Le quotidien britannique soulignait le peu de réactions des marchés européens suite aux mauvaises nouvelles concernant la Hongrie et l'Irlande. La première n'a pas pu finaliser un accord sur sa politique fiscale avec le FMI et l'Union européenne et la note de la dette irlandaise a été dégradée par l'agence de notation Moody's. Il y a quelques mois, ces nouvelles auraient plombé l'euro et alimenté les spéculations sur le maintien de la zone euro. A présent, les répercussions se sont limitées aux pays visés, soit l'Irlande et la Hongrie.

Ce retour récent de la confiance a parfois des conséquences étonnantes. En mai dernier, alors que l'euro était fortement sous pression, le placement d'obligations allemandes n'a pas rencontré de franc succès. L'objectif était de récolter 7 milliards d'euros mais les investisseurs n'y ont souscrit qu'à hauteur de 6,1 milliards. Le bilan, pour une monnaie considérée comme une référence, n'était franchement pas brillant. Or, un mois à peine plus tard, la dette espagnole s'est vendue comme des petits pains. Le trésor espagnol a placé 6 milliards d'euros d'obligations à 10 ans sans aucun souci. L'investissement a même été sursouscrit à plus de 200 %... Une jolie performance pour un pays qu'on disait au bord du gouffre économique.

Il en a été de même la semaine passée pour le Portugal et la Grèce. Certes, les taux offerts sont plus alléchants en Espagne ou en Grèce qu'en Allemagne et on ne peut exclure l'appât du gain des acteurs financiers mais la question de timing semble déterminante. La vente d'obligations espagnoles un mois plus tôt aurait sans doute remporté beaucoup moins de succès, et l'inverse pour les obligations allemandes.

Le pire serait-il donc passé ? La menace d'un éclatement de la zone euro tout à fait oubliée ? La création et la mise sur pied du fonds de stabilisation, à hauteur de 750 milliards d'euros, a certainement joué dans ce sens. La publication des stress tests a également pesé favorablement dans la balance et les valeurs bancaires ont retrouvé quelques couleurs. Plusieurs indicateurs européens sont vraiment encourageants : le dernier indicateur IFO, qui mesure le climat des affaires en Allemagne, était excellent. Tout comme l'indicateur de confiance en France et en Belgique. Le purchasing managers index (PMI), soit l'indicateur de l'activité manufacturière, était également très positif en Allemagne.

Les marchés financiers seraient-ils donc repartis à la hausse ? Pour certains économistes, comme Philippe Ledent chez ING, cette embellie ne signifie pas pour autant un réel changement de tendances. La dette des Etats est impressionnante et l'incertitude reste de mise. "Les marchés financiers sont toujours dans le flou", résume l'économiste d'ING. Mais les marchés financiers semblent avoir changé de tactique. Il y a quelques mois, seules les mauvaises nouvelles semblaient être prises en compte, noircissant le tableau économique au passage. Actuellement, les bonnes nouvelles ont la cote. Décidément, la confiance reste quelque chose d'impalpable et, souvent, d'incontrôlable.

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