Guy Legrand
Opinion

31/10/13 à 11:54 - Mise à jour à 11:54

Un peu mieux... ou un peu moins mal ?

Quand un millier de Belges acquièrent une seconde résidence en Espagne, on le mentionne pour la petite histoire. Quand Bill Gates, l'homme le plus riche du monde, entre au capital du géant espagnol des travaux publics FCC, pour 113 millions d'euros, soit une somme probablement inférieure à la précédente, il fait les grands titres de la presse internationale. Et le ministre de l'Industrie, José Manuel Soria, y voit la preuve que "l'économie espagnole suscite davantage de confiance et de crédibilité". Selon que vous soyez (très) puissant...

L'ami José a peut-être un peu gonflé l'info mais il n'a pas tort sur le fond : l'Espagne n'a-t-elle pas, au même moment, annoncé une croissance de 0,1 % pour le troisième trimestre ? C'est évidemment symbolique, mais c'est aussi un important... symbole, après deux ans de récession. Ce n'est du reste pas la première bonne nouvelle de l'année. On a appris au printemps que la balance des payements avait très spectaculairement viré au vert au dernier trimestre 2012, puis que la balance commerciale avait dégagé un solde positif en mars, pour la première fois depuis 42 ans ! En fin de semaine dernière, l'institut français de recherche économique Coe-Rexecode observait que la compétitivité de l'Espagne avait fortement progressé, grâce à un coût de la main-d'oeuvre en repli de près de 15 % depuis le début 2008.

Une lueur d'espoir donc...

La preuve est-elle faite, pour autant, que le remède de cheval appliqué aux pays très affaiblis par la crise finit par porter ses fruits ? L'Irlande aussi pourrait plaider en ce sens, voire le Portugal, qui a renoué avec la croissance au deuxième trimestre. A contrario, l'Italie inquiète à nouveau en ce moment, pays beaucoup moins faible (le Nord est aussi industriel et compétitif que l'Allemagne !), mais ayant trop peu réagi à la crise. Ce n'est pas pour rien que Jörg Asmussen, membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), déclarait vendredi dernier que le sort de la zone euro se jouerait à Rome, parce que l'Italie ne peut être secourue de l'extérieur et doit se redresser d'elle-même. Coïncidence révélatrice : le fabricant d'électroménager Electrolux annonçait, le même jour, qu'il allait examiner la compétitivité de ses usines italiennes.

S'il est un pays de l'Union qui a formidablement rebondi cette année, c'est bien la Grande-Bretagne, avec des croissances de respectivement 0,4, 0,7 et 0,8 % pour les trois premiers trimestres. Juste récompense d'une austérité très axée sur les dépenses de l'Etat ? En fait, le déficit budgétaire dépassera encore les 6 % du PIB en 2013, un taux "du Sud" ! Londres peut se le permettre parce que c'est la Bank of England (BoE) qui le finance largement par ses achats d'obligations, sur le modèle de la Federal Reserve américaine (Fed). Démonstration moyennement convaincante, donc, pour ce qui est d'une austérité efficace. Du reste, cette même BoE vient d'annoncer qu'elle allait dorénavant fournir aux banques tout l'argent souhaité, à l'instar de la Fed et de la BCE, pour aider celles qui ont des problèmes. Peut-être Mark Carney, son gouverneur, avait-il eu vent de l'étude de PwC sur les crédits douteux figurant au bilan des banques européennes. Le consultant en a repéré pour 167 milliards d'euros en Espagne, mais aussi pour 179 milliards en Allemagne et 164 milliards en Grande-Bretagne !

"La récession est finie, mais la crise continue", a déclaré le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy quand Madrid a annoncé avoir renoué avec la croissance. En fait, ce constat franc et lucide vaut pour l'ensemble de l'Europe, car personne n'a visiblement de recette miracle pour en sortir.

GUY LEGRAND - Directeur adjoint

Nos partenaires