Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

31/03/14 à 10:32 - Mise à jour à 10:32

Tsunami bleu en France

En France, ce n'est plus une vague bleue, c'est un véritable Tsunami bleu : au moins 155 communes de plus de 9.000 habitants, dont des dizaines de villes de plus de 30.000 habitants, ont basculé de gauche à droite lors des élections municipales de ce dimanche.

Certaines de ces villes sont particulièrement symboliques, comme Toulouse, 4e ville de France, ou encore Limoges, capitale de la région Limousin et qui était détenue par les socialistes depuis 1912. Sous l'effet d'un vote qui ressemble fort à de la colère, le parti socialiste français a aussi amputé sa capacité d'action dans énormément de villes françaises. Du jour au lendemain, le Parti socialiste va donc subir une hémorragie d'élus et de fonctionnaires que ces élus faisaient justement vivre. Et donc, clairement les procès en responsabilité risquent d'être sans merci dès ce lundi.

Parmi les raisons pour justifier cette bérézina électorale, il y a bien entendu l'impopularité du président qui a percolé sur les municipales, mais il y a aussi le ras-le-bol de la population car la crise, et notamment la crise des finances publiques, commence aussi à impacter les collectivités locales. L'impôt local est de moins en moins bien supporté, les grands projets sont en mode stand-by et la problématique sécuritaire est en hausse. D'ailleurs, le Front national qui a fait campagne contre les impôts et "les dépenses inutiles" a marqué énormément de points.

Matthieu Pigasse est un banquier d'affaires très connu en France, car en plus d'avoir une sensibilité de gauche, il est aussi l'un des associés de la banque d'affaire Lazard. Matthieu Pignasse a eu sans doute raison, lorsqu'il a déclaré à l'agence Reuters - avant les résultats de ce dimanche - que ces élections sont l'expression d'une colère face à la gravité de la situation et à la violence du chômage et des inégalités.

C'est aussi l'expression d'un rejet et d'une frustration, a-t-il dit, face à la perception que le politique est incapable d'agir ou de réagir ! Bref, pour ce banquier d'affaires, c'est un coup de semonce à tous les politiques, de droite comme de gauche. C'est un wake-up call. En résumé, pour lui, l'Europe a fait l'erreur de mener des politiques d'austérité qui sont mortifères. L'exemple de la Grèce est là pour le démontrer.

En Belgique, les mêmes causes ne provoquent pas nécessairement les mêmes effets. En Wallonie, par exemple, le parti socialiste a moins peur d'une montée de l'extrême droite que de l'extrême gauche via un score important du PTB qui profite du dé-tricotage de certains avantages sociaux pour avancer ses pions. Quant au nord du pays, la tentation du vote à droite est moins motivée par des volonté de séparatisme que d'une volonté de faire cesser le matraquage fiscal : la taxation des voitures de sociétés a, de l'avis unanime, laissé un goût amer à nos amis flamands. Rendez-vous donc le 26 mai pour voir si le ras-le-bol de l'austérité au sud et le ras-le-bol fiscal au nord ne vont pas changer les rapports de force et creuser encore le plus la différence sociologique entre le nord et le sud du pays.

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