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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

12/05/10 à 14:24 - Mise à jour à 14:24

"Trop vite" : les leçons de Servan-Schreiber à l'usage (aussi) des financiers

S'il y a un livre à lire en ce moment, en rapport avec la crise économique actuelle, c'est celui de Jean-Louis Servan-Schreiber. Dans son nouvel ouvrage sur l'art du temps, intitulé Trop vite, il nous explique pourquoi nous sommes prisonniers du court terme.

S'il y a un livre à lire en ce moment, en rapport avec la crise économique actuelle, c'est celui de Jean-Louis Servan-Schreiber. L'homme est d'abord connu, en France et en Belgique, parce que sa famille ne compte que des personnes illustres, que ce soit le médecin David Servan-Schreiber ou son oncle Jean-Jacques Servan-Schreiber, qui a fondé le magazine L'Express.

Pour sa part, Jean-Louis Servan-Schreiber est surtout connu comme le fondateur du magazine Psychologies, un succès planétaire, mais aussi pour ses livres, dont un consacré à "l'art du temps" et qui fut un best-seller en 1983. Et voilà qu'en 2010, Jean-Louis Servan-Schreiber remet le couvert avec un nouveau livre sur l'art du temps intitulé Trop vite, dans lequel il nous explique pourquoi nous sommes prisonniers du court terme.

Premier constat de l'auteur : nous souffrons tous du court-termisme car notre société est basée sur la vitesse, qui a pour principale propriété de servir de "bouclier contre le doute". De fait, la vitesse, dit-il, met en oeuvre des capacités de concentration de soi qui évitent et empêchent de penser à autre chose. C'est même dopant. Il suffit d'observer la manière dont nous nous comportons lorsque nous avons du temps : en vacances, dans un aéroport, on découvre un vide à remplir... C'est alors que nous réalisons que la vitesse permet de lutter contre le doute et l'ennui en les fuyant.

Quel rapport avec l'économie, direz-vous ? Il est évident : les grandes entreprises cotées en Bourse doivent rendre des comptes tous les trois mois. Le résultat, selon Jean-Louis Servan-Schreiber, c'est que le PDG finit par accorder davantage d'importance aux analystes financiers qui scrutent son entreprise, qu'aux équipes managériales. Bien souvent, pour montrer que les comptes sont en progression tous les trois mois, certains patrons en sont réduits à "lisser" les chiffres, c'est-à-dire à maquiller leur bilan !

Le constat est identique en matière de transmission d'entreprise. Au 19e siècle, l'entreprise avait pour vocation de se transmettre d'une génération à l'autre. Aujourd'hui, nous dit Jean-Louis Servan-Schreiber, un jeune entrepreneur qui lance sa start-up se dit : "D'ici à trois ans, si tout va bien, je pourrai la mettre en Bourse ou la vendre pour constituer un capital0" Ce qui donne naissance, aux yeux de l'auteur, à un capitalisme je-m'en-foutiste et maffieux !

En réalité, le règne de la vitesse qu'il décrit est celui de la finance, un secteur où les décisions se prennent à la microseconde. D'un autre côté, il y a les grands défis, notamment écologiques et dont le temps se compte en décennies, voire en siècle. La question que pose notre société de la vitesse peut se résumer ainsi, conclut Jean-Louis Servan-Schreiber : accepteriez-vous de rester, de nuit, dans une voiture dont la portée des phares diminuerait à mesure que sa vitesse augmente ?

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