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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

08/02/10 à 11:19 - Mise à jour à 11:19

Toyota a perdu de vue ce qui faisait sa force : la qualité.

En économie, comme dans d'autres domaines, les réputations se font sur la durée mais se défont en quelques heures. C'est cette vérité profonde que redécouvre la firme Toyota,

Toyota a perdu de vue ce qui faisait sa force : la qualité.

© Epa

En économie, comme dans d'autres domaines, les réputations se font sur la durée mais se défont en quelques heures. C'est cette vérité profonde que redécouvre la firme Toyota, en rappelant quelque 8 millions de véhicules dans le monde, un nombre plus élevé que sa production annuelle. Tout cela, à cause d'un défaut de fabrication de ses pédales d'accélérateur. Toyota vient donc de donner un coup de frein à son image d'entreprise fiable or, c'est précisément grâce à cette image de fiabilité que Toyota a pu devenir le premier constructeur mondial en 2008.

Comme le faisait remarquer le journal économique Les Echos, Toyota était un constructeur automobile à part. Avec cet incident, il ne l'est plus. En revanche, les dirigeants de Ford, General Motors et de Chrysler sablent le champagne. Ils savent qu'ils doivent très vite profiter des déboires de Toyota pour rafler la mise et de fait, GM propose déjà aux Etats-Unis un rabais de 1000 dollars ou un financement à taux zéro sur 60 mois pour les propriétaires de Toyota qui opteraient pour un de ses modèles. C'est ce qu'on appelle pompeusement des " offres de conquête " et qu'en langage courant, on appelle profiter des malheurs des autres.

Bien entendu, même si l'action Toyota a dévissé en Bourse de Tokyo, il est clair que le numéro un mondial de l'automobile ne va pas disparaître de la scène automobile. Mais, c'est vrai, la polémique va peser sur sa croissance et donc sur sa rentabilité. Autrement dit, après une année 2009 qui n'était déjà pas terrible, Toyota devra sans doute subir une année 2010, durant laquelle elle va vendre moins de voitures et sans doute devoir accepter de rogner ses marges... et donc, de renoncer temporairement et en partie à la fameuse prime Toyota, en clair, à ce supplément de prix que les consommateurs étaient prêts à payer pour acheter un véhicule ayant la réputation d'être d'une qualité supérieure à celle de ses concurrents.

Pour dire vrai, il semble qu'à force de vouloir réduire ses coûts, le géant japonais s'est pris les pieds dans le tapis ou plutôt le tatami, en tout cas, c'est l'avis des spécialistes du site d'informations financières BreakingView. Pour eux, c'est évident, c'est le recours trop intensif aux plates-formes communes de production qui est à l'origine de ce défaut de fabrication. Ce sont ces plates-formes qui permettent à plusieurs modèles de partager un maximum de pièces sous des carrosseries différentes. Ce genre de plates-formes permettent de faire des économies de 60% sur les coûts d'ingénierie sur des modèles assez voisins.C'est d'ailleurs aussi grâce à cette stratégie que Toyota a pu supplanter Ford ou GM sur leur propre marché.

Mais Toyota fait donc aujourd'hui l'expérience des risques de cette méthode de la recherche du moindre coût, une méthode qui fait que le moindre raté peut se solder par un coût à l'arrivée nettement plus élevé que celui qu'on voulait éviter au départ. En voulant grandir trop vite et en mettant la pression sur ses fournisseurs pour réduire les coûts, Toyota a perdu de vue ce qui faisait sa force : la qualité.

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