Frédéric Van Vlodorp
Frédéric Van Vlodorp
Retrouvez chaque semaine l'éditorial de Frédéric Van Vlodorp, rédacteur en chef de Trends-Tendances.
Opinion

16/02/12 à 10:40 - Mise à jour à 10:40

Tous fraudeurs, les indépendants ?

En Belgique, 15 % des indépendants vivent depuis au moins six ans sous le seuil de pauvreté. On est donc loin du raccourci "indépendants-fraudeurs" !

Tous fraudeurs, les indépendants ?

En Belgique, 15 % des indépendants vivent depuis au moins six ans sous le seuil de pauvreté, selon une récente étude du Studiecentrum voor Ondernemerschap (Hogeschool-Universiteit Brussel) et de HEC Liège, réalisée pour le compte de la Fondation Roi Baudouin. On est donc loin du raccourci "indépendants-fraudeurs" !

Cette catégorie de travailleurs, qui pour leur immense majorité ont au moins créé un emploi - en l'occurrence le leur -, alimente de nombreuses discussions. Faut-il rappeler que le gouvernement a érigé la lutte contre la fraude fiscale parmi ses grandes priorités. John Crombez (sp.a), le secrétaire d'Etat à la lutte contre la Fraude, a ainsi aiguisé ses lames, pas seulement à l'encontre des indépendants d'ailleurs. Au sein même de l'exécutif, le vice-Premier et ministre des Finances, Steven Vanackere (CD&V), critiquant à demi-mots son collègue, a rappelé qu'"il est évidemment important de lutter contre la fraude, mais cela va trop loin lorsqu'on donne l'impression que tout le monde fraude". Sabine Laruelle, ministre des Classes moyennes, des PME, des Indépendants et de l'Agriculture, n'est pas restée au balcon : on connaît sa pugnacité en la matière depuis de nombreuses années. Ce week-end encore, dans La Libre Belgique, elle s'insurgeait contre la stigmatisation des indépendants.

Sur le terrain, ils sont en tout cas nombreux à ressentir durement les attaques à leur encontre mais aussi à nourrir des inquiétudes. D'autant que des incertitudes planent sur leur situation, présente et à venir.

Il ne s'agit pas de faire le procès des indépendants à charge ou à décharge, surtout qu'il y a indépendant et indépendant. Entre le petit commerçant, l'artisan, la profession libérale ou le patron de PME, le cas échéant, organisé en société de management, les sujets de préoccupations sont très divers. En termes de revenus aussi. Une étude plus ancienne du même Centre avait d'ailleurs mis en évidence une répartition très irrégulière des rentrées des uns et des autres : 70 % des indépendants se partagent ainsi un tiers des revenus, laissant donc les deux tiers du gâteau aux 30 % restants. En général, il est aussi préférable d'éviter d'aligner hauteur des gains et nombre d'heures prestées...

Le problème, c'est que les indépendants auréolés de succès sont les plus visibles, certains n'hésitant pas à exhiber leur train de vie (voitures, sorties, etc.), en total contraste avec ceux qui ont de la peine à nouer les deux bouts. De quoi conforter le cliché associant indépendants à image de prospérité, bien loin des indépendants pauvres qui ont logiquement tendance à rester discrets. Même s'il est lié à des paramètres extérieurs (conjoncture, maladie, séparation, etc.), l'échec d'une activité indépendante est souvent assimilé à un échec personnel.

On l'aura compris, à côté des réussites, le statut comporte donc des risques de paupérisation, auxquels s'ajoutent divers inconvénients (allocations familiales, chômage, pensions, etc.).

On aimerait que les propositions de mesures politiques issues des recherches initiées par la Fondation Roi Baudouin nourrissent les réflexions et choix des décideurs. La question des cotisations sociales, par exemple, pose problème, comme nous l'évoquons dans ce numéro.

La peur du gendarme agitée par John Crombez n'est pas le meilleur message, surtout vis-à-vis des contribuables belges déjà soumis à une pression fiscale extrême. En outre, à l'heure du prochain ajustement budgétaire, le gouvernement fédéral doit bien prendre en compte l'exacte réalité de cette catégorie.

On aimerait que nos gouvernants n'abordent pas les problématiques liées à ces travailleurs sous un angle idéologique, portés par des préjugés. Ce serait injuste et contre-productif dans un pays qui, malgré des discours répétitifs, souffre du manque d'entrepreneuriat.

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