Lebeau-Courally dans la cour des grands

22/12/15 à 10:02 - Mise à jour à 23/12/15 à 14:29

Cet automne, Lebeau-Courally a présenté deux nouveaux modèles issus de sa manufacture suisse IMH, récemment acquise. Deux autres seront dévoilés au printemps, à Baselworld. Après le chocolat, c'est cette fois sur le terrain des montres que la Belgique défie la Suisse.

Lebeau-Courally dans la cour des grands

Joris Ide, le père, et Enzo Ide, le fils : deux belges à la conquête de la haute horlogerie en Suisse. © Emy Elleboog

On ne chôme pas chez les Ide. Petit rappel des faits. Deux ans après le rachat de la réputée manufacture d'armes de chasse liégeoise Lebeau-Courally, qui risquait de tomber en mains chinoises en 2010, l'industriel flamand Joris Ide (55 ans), père d'Enzo, décide de lancer une marque horlogère haut de gamme, reprenant pour elle, une partie du vocabulaire et des codes de sa manufacture d'armes de chasse.

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Conception, fabrication. Tout est appelé à changer puisque tout peut désormais être fait en interne.

D'emblée, il est clair que Joris Ide prend cette activité horlogère très au sérieux, puisqu'il s'assure rapidement les services d'une agence de design horloger réputée : Neo Desis. Antoine Tschoumi, à la tête de cette agence, a notamment participé à la création de plusieurs pièces horlogères représentatives de ce début de 3e millénaire (Vulcain GMT X-Treme Automatique, Greubel Forsey Tourbillon 24 Secondes, Opus 6 et 8 de Harry Winston...). Positionnement haut de gamme, métaux précieux, mouvements de qualité : les modèles Lebeau-Courally se succèdent et se complètent pour former une petite collection qui justifie l'ouverture d'une boutique à Knokke en plus des quelques points de vente, essentiellement en Belgique, en France et aux Pays-Bas.

Puis, début 2015, Joris Ide, qui a fait fortune dans le secteur des enveloppes en acier pour bâtiments, a l'occasion de racheter la marque horlogère Julien Coudray 1518 et la manufacture IMH (implantée à Le Locle) qui la produit. Tout est donc appelé à changer, tant pour la marque qu'il vient de racheter que pour celle qu'il a créée, puisque, désormais, tout peut être fait en interne - conception, fabrication et assemblage de la quasi-totalité des composants, contrôle de qualité... Dans la foulée, les artisans d'IMH garantiront des finitions, des décorations et la qualité comme le font, depuis 150 ans, ceux de la manufacture liégeoise d'armes de chasse.

Le chronographe au cadran Tapisserie de Liège, édité à l'occasion du 150e anniversaire de la manufacture d'armes de chasse Lebeau-Courally.

Le chronographe au cadran Tapisserie de Liège, édité à l'occasion du 150e anniversaire de la manufacture d'armes de chasse Lebeau-Courally. © GF

André Meier (55 ans), directeur international des ventes pour les deux marques et ancien Vice-président des ventes chez Blancpain, un fleuron du Swatch Group, revient sur les motivations qui ont mené à ce changement.

" Depuis quelque temps déjà, Joris Ide cherchait à intégrer le plus possible la production de ses garde-temps Lebeau-Courally, lorsqu'il a appris en janvier dernier que les actionnaires français d'EPI (Européennes de Participations Industrielles) et un groupe d'investisseurs américains cherchaient à céder IMH (Innovations Manufactures Horlogères SA). Cet atelier spécialisé dans le développement et la fabrication de montres, mouvements, et composants horlogers, représentait une option idéale pour lui, disposant également d'une fabrique de boîtiers. IMH avait par ailleurs fait de la marque Julien Coudray 1518 - qui ne produit que des montres en métaux précieux - une véritable vitrine internationale de son savoir-faire. Chaque montre Julien Coudray 1518 provient en effet - boîte et mouvement - d'un même bloc d'or ou de platine. je qualifierais IMH de micro-manufacture qui peut pratiquement tout faire à l'exception du sertissage. Elle regroupe pas moins de 40 métiers dont plusieurs métiers d'art : miniature, polissage, gravure, etc. IMH est équipée pour fabriquer des mouvements en métaux précieux mais également en d'autres matériaux. "

Le nouveau modèle Phase de Lune, première montre entièrement réalisée dans la manufacture IMH.

Le nouveau modèle Phase de Lune, première montre entièrement réalisée dans la manufacture IMH.

Fort de cette nouvelle manufacture, Lebeau-Courally s'emploie à créer très vite la surprise. Notamment à l'appui d'un modèle édité à l'occasion du 150e anniversaire de celle des armes de chasse... André Meier : " Deux nouveautés sont prévues pour les Desire Days de Lebeau-Courally en novembre à Knokke. L'une comportera un cadran particulier appelé "Tapisserie de Liège" entièrement conçu et réalisé dans notre manufacture du Locle. L'autre est une Phase de Lune, dotée d'un nouveau mouvement conçu et développé par Lebeau-Courally, avec date et une réserve de marche de 4 jours. La clé de fusil qui pare les montres Lebeau-Courally servira ici à activer le changement de date et de l'avancement de la phase de lune. Cette montre sera le premier produit complet, entièrement manufacturé par IMH pour Lebeau-Courally. Ensuite, à Bâle au printemps 2016, nous proposerons un nouveau mouvement automatique manufacturé à micro-rotor avec 4 jours de réserve de marche, ainsi qu'un tourbillon squelette. Trois mouvements complètement intégrés seront donc présentés à Baselworld ".

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La manufacture du Locle peut produire des montres dontle boîtier et le mouvement viennent d'un même bloc de métal précieux.

Une production que l'on pourrait qualifier de performance-éclair puisque la conception et le développement d'un nouveau mouvement requièrent souvent cinq années. André Meier : " Il est vrai que l'une et l'autre prennent beaucoup de temps, mais ces mouvements étaient déjà très avancés dans leur conception lors du rachat d'IMH. Et compte tenu des moyens et outils disponibles dans la manufacture, il ne restait pratiquement plus qu'à passer à la réalisation. "

Le modèle Phase de Lune en or rosé.

Le modèle Phase de Lune en or rosé.

Après le rachat de la manufacture IMH et de la marque Julien Coudray 1518 par Joris Ide, les frères Fabien et Hervé Lamarche, qui avaient créé cette dernière en 2012, étaient restés en poste. Fabien Lamarche, en tant que directeur, Hervé, se chargeant des prototypes.

Mais en avril dernier - soit peu après le rachat -, les deux frères et la famille Ide ont décidé de cesser leur collaboration. André Meier : " Nous n'avions pas la même vision des choses. Je pense qu'ils désiraient continuer à n'utiliser la manufacture IMH que pour la marque Julien Coudray 1518, du mois à 90 ou 95 %. Mais cette manufacture est un outil de production très coûteux pour une marque confidentielle. C'est dommage - Fabien Lamarche possède une grande puissance créatrice. Quoi qu'il en soit, nous allons poursuivre le travail. La manufacture dispose d'un bureau de R&D très performant. La sous-traitance avait d'ailleurs fortement diminué juste avant la reprise par la famille Ide ".

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Nous tenons à préserver deux identités tout à fait claires.

Ce service de R&D est censé travailler à la demande pour les deux marques et des labels tierces, mais il peut aussi proposer des nouveautés. " Oui. Mais nous tenons à ce que tout demeure bien séparé. Ainsi, il n'est pas prévu que des mouvements réalisés en métal précieux pour Julien Coudray 1518 soient adaptés dans d'autres matériaux pour Lebeau-Courally, par exemple. Nous tenons à préserver deux identités tout à fait claires. "

Bien sûr, la nomination du jeune Enzo Ide au porte de Managing Director, en mai dernier, aura très probablement un impact sur la manufacture et ses deux marques. André Meier : " Pour Julien Coudray 1518, cela ne va pas engendrer de grands changements. Nous allons demeurer dans les mêmes créneaux - nouveaux produits, nouveaux mouvements, sans doute, mais en conservant l'ADN de la marque. Il s'agit d'un label très classique et sa signature est claire. Je ne pense pas qu'il faille y toucher. En revanche, pour Lebeau-Courally, on peut s'attendre à quelques changements. Enzo Ide a 24 ans et donc du temps devant lui. Ce qui nous permet de voir les choses dans la durée. Et il est fermement décidé à savourer le fruit de son travail ". ?

?TEXTE SERGE VANMAERCKE

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