Art: Passion Congo

10/09/15 à 11:49 - Mise à jour à 17/09/15 à 15:18

La Fondation Cartier pour l'Art Contemporain présente 90 ans de productions modernes et contemporaines du Congo. Une extraordinaire exposition.

Art: Passion Congo

Chéri Samba; Oui, il faut réfléchir, 2014 / La Fondation Cartier © Chéri Samba

Rassemblant plus de 350 oeuvres qui révèlent les grands artistes modernes et contemporains de ce pays, Beauté Congo - 1926-2015 - Congo Kitoko prend comme point de départ la naissance de la peinture moderne au Congo dans les années 20 et explore plusieurs périodes de création essentielles : celle d'artistes précurseurs tels Lubaki, Djilatendo et Antoinette (qui livrèrent les premières oeuvres connues sur papier), d'artistes majeurs de l'Atelier du Hangar (après la Seconde Guerre mondiale) comme Bela, Mwenze Kibwanga et Pilipili Mulongoy, de peintres du début des années 70, dits " populaires ", dont Chéri Samba, Chéri Chérin ou Moke, ou de sculpteurs fantastiques parmi lesquels Rigobert Nimi et Bodys Isek Kingelez, d'artistes contemporains tels J-P Mika ou Monsengo Shula, ou encore du collectif Eza-possibles fondé en 2003 avec des membres comme Kura Shomali et Pathy Tshindele ou du Studio 3Z avec les photographes Jean Depara ou Ambroise Ngaimoko. C'est véritablement l'histoire artistique congolaise qui nous est donnée à voir et à savourer, non seulement au travers de la peinture, mais aussi de la musique, de la sculpture, de la photographie et de la bande-dessinée. Et s'il n'y a pas de filiation stylistique entre les différentes périodes - présentées suivant un parcours anti-chronologique -, le fil rouge en est, sans conteste, l'appartenance à ce Congo qui vibre de toutes ses énergies.

André Magnin, Commissaire général de l'exposition, est pour le moins ému lorsqu'il parle de ce qu'il considère comme un aboutissement. " C'est l'accomplissement d'un travail amorcé il y a plus de vingt ans ", explique-t-il. Dans la préface du catalogue de l'exposition - un opus fort bien documenté et reprenant la totalité des oeuvres exposées -, il qualifie son rôle de " rassembleur, à la fois des oeuvres et de leur histoire, sans esquiver la passion personnelle qui me le fait tenir ". Mais il se voit aussi comme un " passeur émerveillé ". Et de fait, il confie avoir voulu transmettre, à travers cette exposition, un message : " celui de voir ce qu'on n'avait jamais vu ".

Partager

Regardez ce qu'on n'a encore jamais vu, 90 ans d'art du Congo, une succession de merveilles .

Car c'est bien là le résultat d'une grande passion, émaillée d'une solide dose de volonté. Dès 1986, André Magnin, empli des souvenirs de son enfance à Madagascar, part " courir l'art en Afrique ". Pour lui, le temps est venu d'aller voir ce qui se passe ailleurs pour proposer un regard plus ample, en montrant les oeuvres d'artistes de toutes cultures. Plusieurs voyages à Kinshasa l'amènent à découvrir l'effervescence créatrice, à la fois sensuelle et radicale, qui anime le Congo. Il poursuit sa démarche sans relâche - décrivant cette quête comme étant presque obsessionnelle -, et organise de nombreuses expositions pour présenter le travail de ces artistes, notamment à la Fondation Cartier pour l'art contemporain. Avec Beauté Congo - 1926-2015 - Congo Kitoko, c'est une " première mondiale " qui est proposée, parce qu'elle permet de découvrir, dans sa totalité, la diversité et la vivacité de la scène artistique de ce pays. " Cette exposition est un hommage à tous ces artistes stupéfiants, qui ont chacun inventé leur propre histoire ", insiste-t-il.

Avec la présentation d'une grande quantité d'oeuvres, elle est aussi une invitation au voyage. Une découverte de quelque chose que l'on ne connaît pas, qui surprend et interpelle " parce que l'art congolais n'appartient qu'à lui-même et s'appréhende par la connivence des regards ". Il n'y a donc pas de mode d'emploi pour y goûter. Mais c'est une disponibilité d'esprit qui permet d'y trouver son chemin - chacun à sa manière et à son rythme.

Partager

Nous pouvons mourir non pas du manque de merveilles mais du rétrécissement de notre émerveillement.

Jazz, Soul, Rap, musique populaire... l'ardeur artistique du Congo est aussi intimement liée à l'omniprésence de la musique au sein de sa vie quotidienne et urbaine. C'est pourquoi un parcours musical original jalonne l'exposition, illustrant la synergie entre ces univers respectifs. Avec certains liens qui se sont imposés d'évidence grâce à la similitude de nombreux thèmes abordés, comme notamment le monde de la SAPE (Société des ambianceurs et des personnes élégantes), celui de la vie politique et de ses slogans, l'expression du quotidien ou encore les questions liées à l'exil. Une grande liberté d'expression, qui apporte un regard supplémentaire sur la société congolaise.

Beauté Congo - 1926-2015 - Congo Kitoko témoigne de l'engagement de la Fondation Cartier envers l'art contemporain africain, en s'inscrivant dans la continuité de précédentes expositions individuelles et collectives, dont Bodys Isek Kingelez (1995), J'aime Chéri Samba (2004), Un art populaire (2001) et Histoires de voir, Show and Tell (2012). S'étant installée en 1994 dans le cadre de verre et de métal créé pour elle par l'architecte Jean Nouvel en plein coeur de Paris, après avoir séjourné durant dix ans à Jouy-en-Josas près de Versailles, la Fondation Cartier est à la fois d'un espace de création pour les artistes et un lieu de rencontre entre l'art et le grand public qui entend favoriser la création contemporaine et en diffuser la connaissance. A noter aussi que des " Soirées Nomades " sont régulièrement organisées dans le cadre de cette exposition, invitant des artistes et des personnalités proches de la scène culturelle congolaise à investir les espaces et les jardins de la Fondation pour explorer les arts du Congo.

Texte: Nathalie Marchal

Beauté Congo - 1926-2015 - Congo Kitoko

Jusqu'au 10 janvier 2016

Fondation Cartier pour l'art contemporain

261 Bld Raspail, 75014 Paris

Exposition ouverte tous les jours sauf le lundi, de 11 h à 20h. Nocturne le mardi jusqu'à 22h. A 18h, visite guidée avec le billet d'entrée.

www.fondation.cartier.com

Nos partenaires