Lire la chronique d'Amid Faljaoui
Lire la chronique d'Amid Faljaoui
Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

08/02/11 à 08:30 - Mise à jour à 08:30

Serait-ce le coût du capital qui ronge l'économie ?

Il y a des déclarations qui montrent que les leçons de la crise n'ont pas servi à grand-chose. Comme l'a fait remarquer le magazine Marianne, c'est le cas du patron de Renault.

Il y a des déclarations qui montrent que les leçons de la crise n'ont pas servi à grand-chose. Comme l'a fait remarquer le magazine Marianne, c'est le cas du patron de Renault. Qu'a-t-il fait, ou plutôt qu'a-t-il dit qui soit à ce point choquant??

Interrogé par le Journal du Dimanche sur sa rémunération, qui est de 8 millions d'euros par an, soit 666.000 euros par mois, il a déclaré : "Quant au montant, même s'il paraît substantiel, sachez que je suis payé un peu moins que la moyenne des grands patrons de l'automobile mondiale et beaucoup moins que les patrons de l'automobile américaine. Or, vous savez que j'ai été sollicité pour prendre la direction de General Motors et de Ford."

En résumé, que dit le patron de Renault?? 1) Qu'il n'est pas trop payé. 2) Qu'on devrait lui dire merci de ne pas être passé à la concurrence.

La conclusion véritable de cette déclaration, c'est que ce patron, qui fait partie du gratin mondial, ne se rend pas compte que ses propos, même s'ils sont sincères, peuvent choquer la majorité de la population. Dire qu'avec 666.000 euros par mois, il n'est pas trop payé peut effectivement en choquer plus d'un, y compris des patrons de PME qui rament à longueur de journée pour faire survivre leur entreprise.

Et encore, le cas du patron de Renault est un cas à part, car il a encore les deux pieds dans l'industrie et a fait ses preuves par le passé. Cette déclaration montre néanmoins que l'élite patronale mondiale reste complètement déconnectés de la réalité et vit une forme d'autisme financier.

Deux sénateurs français, de droite et de gauche, viennent d'ailleurs de remettre un rapport sur, en quelque sorte, les causes de la crise. En gros, leur thèse est que le pacte social au sein des entreprises a été rompu. La valeur travail a été délaissée en faveur de la valeur profit.

Autrement dit, les salaires ont été mis sous pression pour satisfaire des actionnaires de plus en plus gourmands. Leur conclusion est étonnante?: ce n'est pas le coût du travail qui est excessif, comme on le dit souvent - au contraire, si les salaires étaient plus élevés, la consommation se porterait mieux et la croissance aussi - mais bien celui du capital. C'est donc le coût du capital qui ronge l'économie. Il fallait oser le dire et surtout changer les bases du débat.

Nos partenaires