Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

19/03/14 à 12:56 - Mise à jour à 12:56

Sanctions contre la Russie

Jacques Hubert Rodier, le commentateur géopolitique du journal français Les Echos a raison d'écrire que d'un côté, il y a le droit international. Et puis de l'autre, il y a l'intérêt national. Jusqu'où peut-on punir la Russie, qui, a annoncé hier le rattachement de la Crimée à la Fédération russe, amputant ainsi une partie de l'Ukraine ?

Officiellement, les Européens sont tous très fâchés mais en réalité, ils sont montés au front en ordre dispersé pour finalement décider de sanctions qu'on pourrait presque qualifier de bidon. Non seulement, ces sanctions sont restés assez symboliques mais en plus, elles ne concernent qu'un nombre limité de hauts responsables russes et ukrainiens pro-russes. Comme le faisait remarquer un commentateur avisé "c'est comme une petite tape sur la main".

La meilleure preuve de cette farce diplomatique, c'est que les marchés financiers sont hilares et ont même repris leur hausse ! En effet, la plupart des places financières ont été soulagées quand Poutine a déclaré qu'après avoir annexé la Crimée, il n'entendait pas aller plus loin et revendiquer d'autres territoires. Quant aux sanctions des Européens, elles ont fait rire les traders de salle de marché. L'un d'eux connu pour son humour potache s'est même demandé s'il ne fallait pas fermer les pistes rouges de Courchevel aux oligarques russes ou interdire l'entrée du port de Saint-Tropez pour les yachts russes ?

En fait, tout cela fait penser à la fameuse ligne rouge à ne pas dépasser d'Obama dans l'affaire syrienne, et on sait que le président américain n'a finalement rien fait lorsque cette ligne a été franchie par l'usage d'armes chimiques prohibées !

En réalité, même si le charmant Herman Van Rompuy a annulé sa rencontre avec Poutine, ce dernier n'en a cure.
Prenez le cas de la France : pour ce pays, l'équation est aujourd'hui particulièrement difficile. La France doit livrer à la Russie deux navires porte-hélicoptères Mistral. Un contrat de 1,2 milliard d'euros et un millier d'emplois sont en jeu. Laurent Fabius, le ministre des affaires étrangères a fait de la contorsion diplomatique. Il a d'abord menacé d'annuler le contrat, et puis, ensuite, il a évoqué la simple possibilité de le suspendre dans le cadre d'éventuelles nouvelles sanctions qui n'ont pas été encore décidées. L'équation pour la France est simple : en principe, elle ne devrait pas livrer des armements à la Russie, mais il y a aussi le principe de réalité : l'emploi et l'économie.

Ah oui, j'ai failli oublier, vous savez que j'avais parlé de la hausse en partie inexpliquée de l'euro. Un ami PDG d'une grande banque belge m'a éclairé sur le sujet, que ce soit la banque centrale russe ou même les milliardaires russes, tout ce beau petit monde a vendu ses avoirs en dollars pour acheter d'autres devises dont l'euro. Histoire de ne pas voir leurs avoirs bloqués ou gelés à New York. Les Russes ne sont pas bêtes et ils se sont souvenus de Chypre. Là encore, c'est une forme de bras d'honneur de Poutine à l'égard de ceux qui ont oublié que cet ancien agent du KGB ne s'est jamais remis du démantèlement de l'empire soviétique.

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