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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

29/05/12 à 14:33 - Mise à jour à 14:33

Salaires des patrons du public : les vrais enjeux de la polémique

En France, Jean-Luc Mélanchon avait dit : au-dessus de 300.000 euros, je prends tout. François Hollande a, lui, promis de taxer à 75 % les salaires de plus de 1 million d'euros. Et notre ministre des Entreprises publiques, Paul Magnette, vient de proposer de plafonner les salaires des patrons des entreprises publiques à un maximum de 290.000 euros brut par an...

En France, Jean-Luc Mélanchon avait dit : au-dessus de 300.000 euros, je prends tout. François Hollande a, lui, promis de taxer à 75 % les salaires de plus de 1 million d'euros. Et notre ministre des Entreprises publiques, Paul Magnette, vient de proposer de plafonner les salaires des patrons des entreprises publiques à un maximum de 290.000 euros brut par an.

Jean-Luc Mélanchon n'a pas été élu. Quant à François Hollande, sa proposition de taxer à 75 % les salaires de plus de 1 million d'euros fera surtout mal aux footballeurs professionnels... Reste notre ministre qui, son projet de plafonner les salaires des top managers du public à 290.000 euros à peine déposé, a annoncé aux journalistes de la chaine flamande VTM qu'il était prêt à discuter, voire à modifier cette proposition.

En réalité, avait-il le choix ? A peine avait-il annoncé sa proposition qu'il y a eu des critiques. D'abord de la part de son collègue, le nouveau ministre des Finances, Steven Vanackere, qui se demande s'il ne faut pas rester réaliste : avec la proposition actuelle du ministre Magnette, on aura par exemple des cadres chez Belgacom qui gagneraient mieux leur vie que leur propre patron ! Selon moi, cet argument ne tient pas la route à 100 % car, dans le secteur bancaire par exemple, le PDG est rarement le premier salaire : des traders gagnent souvent plus que leur patron.

C'est vrai, cependant, ce genre de proposition étonne. Elle arrive alors que le gouvernement vient de proposer un patron à la tête de la banque résiduaire Dexia avec un salaire de 700.000 euros. Or, ce qui reste de Dexia appartient à l'Etat. Pourquoi donner à l'un 700.000 euros et aux autres 290.000 euros ?

La proposition du ministre Magnette fera l'objet d'une discussion dans le cadre d'un groupe de travail. Il faudra voir ce qu'il en restera une fois que les lobbys se seront déchainés, les uns pour dire que c'est scandaleux - on désavantage les patrons du public vis-à-vis du privé, les patrons du public seront des patrons de deuxième catégorie - les autres pour affirmer que le temps des salaires indécents, c'est fini, et que, contrairement à ce qu'on dit, ces postes, même moins rémunérés, trouveront des candidats, notamment pour le prestige de la fonction.

Le plus étonnant dans cette affaire, c'est la position du président du MR qui déclare qu'aucun patron du public ne devrait gagner plus que le Premier ministre, soit 200.000 euros brut par an ! Je ne sais pas si les patrons qui votent en masse MR goûtent ce genre de déclaration. Affaire à suivre, donc.

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