Camille van Vyve
Camille van Vyve
Rédactrice en chef adjointe de Trends-Tendances.
Opinion

29/10/13 à 10:11 - Mise à jour à 10:11

Renouvelable : je t'aime, moi non plus

C'est sans doute l'un des rôles des médias de relever les paradoxes, et celui-ci en est un beau. Le 12 octobre dernier, Gérard Mestrallet, le patron de GDF Suez, menait une fronde de 10 CEO avertissant : le secteur de l'énergie risque l'effondrement.

En cause ? Les énergies renouvelables et le soutien indéfectible que leur apportent les Etats européens. Une semaine plus tard, Jean-Marc Nollet (Ecolo), ministre wallon de l'Energie, affirmait à L'Echo : "L'éolien va faire gagner un milliard à la Wallonie."

Qui a raison ?

Car dans ce débat complexe, on ne nous dit jamais tout. Ou jamais tout en une fois, ni dans le bon ordre, ou à tout le moins dans un ordre logique. Ainsi, il appartient sans doute au politique de poser l'hypothèse de départ : privilégie-t-on la sauvegarde à long terme de l'environnement ou des prix les plus bas possibles pour le consommateur ? La première option nécessite de réguler le marché, car le renouvelable n'est pas (encore) économiquement rentable ; la seconde a poussé le gouvernement à le déréguler en 2007, partant du principe que la loi de l'offre et la demande aboutit naturellement, dans un contexte de saine concurrence, au prix optimum. Malgré ce que l'on essaie de nous faire croire, il n'y a malheureusement pas de formule miracle : dans le premier cas (qui semble être la voie à suivre, si l'on admet que la survie de l'humanité est une priorité), il faudra accepter une hausse des prix. Et cette hausse des prix proviendra non seulement du soutien, indispensable sur le plan économique, au renouvelable, mais aussi - et c'est la raison du cri d'alarme poussé par Mestrallet et consorts - du soutien aux énergies fossiles, indispensable celui-là sur le plan de l'approvisionnement. Car ni le vent ni le soleil ne souffle ou ne brille en continu. Or, pallier ces intermittences nécessite d'activer des capacités de production traditionnelles (gaz, charbon) dont l'usage ponctuel est extrêmement coûteux - beaucoup trop coûteux pour qu'un acteur économique normal ne décide aujourd'hui d'investir dans de telles capacités. Quand Jean-Marc Nollet affirme que le renouvelable est l'optimum économique, il ne peut pas avoir raison, puisque le renouvelable seul est intenable. Pour cette même raison, sa comparaison entre le coût cumulé de la production d'électricité jusqu'en 2020 avec soit de l'éolien, soit du gaz, n'a aucun sens. Etre en faveur du renouvelable et convaincu de la nécessité d'y recourir le plus possible est tout à fait justifiable, mais dans ce cas il faut que le politique accepte :
1. de soutenir toutes les filières et donc, de procéder explicitement à une "rerégularisation" partielle du marché ;
2. de le faire à un niveau supranational (européen sans doute), le marché étant aujourd'hui totalement et heureusement ouvert ;
3. de considérer un marché de capacités de production (mégawatts installés) à côté d'un marché de l'électricité (mégawattheures échangés), l'enjeu dans un tel système étant de pouvoir mettre à disposition (ou non) du réseau des capacités à des moments bien précis ;
4. d'investir dans un réseau intelligent qui permettrait à terme aux différents acteurs (producteurs et consommateurs) d'adapter leur comportement en temps réel au prix induit par le marché (faible aux heures de vent et d'ensoleillement forts, notamment).
Vu l'état actuel des caisses publiques, il ne fait aucun doute que le coût des points 1. et 4. sera répercuté sur le consommateur. Le courage politique, c'est de le reconnaître et de l'expliquer. Le courage citoyen, c'est de l'admettre et de soit payer plus, soit consommer moins.

CAMILLE VAN VYVE

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