Guy Legrand
Opinion

19/09/13 à 10:12 - Mise à jour à 10:11

Relance : l'argent... et le mental

La Belgique devrait dégager 200 millions d'euros pour la relance économique dans son budget 2014, a déclaré Olivier Chastel, ministre dudit Budget.

Sympa mais fort symbolique. Ces malheureux 200 millions ne représentent en effet que 0,053 % de notre produit intérieur brut (PIB). A titre de comparaison, le mini-plan de relance mis en place en juillet dernier par la Chine, qui consistait à exonérer de taxes quelque 6 millions de (très) petites entreprises, représentait 0,3 % du PIB. Mini-plan ? Certes, car celui de l'an dernier portait sur 2 % du PIB, tandis que la méga-relance de 4.000 milliards de yuans lancée en 2008, en réponse à la crise financière, équivalait à 8 % du PIB chinois ! Chacun agit suivant l'état de ses finances...

C'est dire qu'un plan de 5 milliards, tel qu'évoqué par Sabine Laruelle, est hors de portée de notre pays dans l'immédiat. La ministre des Classes moyennes et des PME ne l'envisage du reste que sur une certaine durée. A moins bien sûr que l'Etat ne vende quelques bijoux de famille pour dégager des montants qui lui permettraient à la fois de maintenir la dette publique en dessous de 100 % du PIB et de se constituer une cagnotte relance. Le thème est à la mode et la question régulièrement posée : l'Etat doit-il rester actionnaire à 50 % de bpost et à 53 % de Belgacom ? Ces actifs valent respectivement 1,4 et 3,2 milliards d'euros. Il y a beaucoup mieux : les gros 10 % détenus dans BNP Paribas représentent 6,5 milliards ! Bruxelles pourrait imiter Londres, qui vient d'annoncer la cession d'une (petite) partie de sa participation dans Lloyds Banking Group, pour près de 4 milliards d'euros.

En attendant, le mini-plan de 200 millions évoqué plus haut est possible. Face aux 2,4 milliards d'euros d'économies déjà trouvés en juin dernier pour ce budget 2014, et sans même revenir aux 14 milliards obtenus au forceps au début 2012, 200 millions, ce n'est vraiment pas la mer à boire. Ce plan aurait un second mérite. Après plusieurs années d'austérité -- toutefois moins marquée chez nous que dans d'autres pays, pour cause de gouvernement en affaires courantes pendant un an et demi ! -- le mot "relance" sonne comme le cri d'une hirondelle au printemps.

Au fait, qu'a donné le plan de relance 2012 ? Le Bureau du Plan a, le 18 juillet dernier, publié son deuxième "rapport d'avancement semestriel" sur le sujet. S'il détaille les mesures prises, une quarantaine au total, le rapport égrène essentiellement les arrêtés royaux ayant entériné les mesures en question, qui datent le plus souvent du premier trimestre 2013. Il est donc un peu tôt pour en mesurer les effets. On pouvait toutefois espérer davantage de précisions pour certaines dispositions prises en faveur de l'emploi et entrées en vigueur dès le quatrième trimestre 2012. La forte réduction de charges accordée aux PME pour les trois premiers emplois, par exemple. Rien, malheureusement. Autre piste : les stages de transition ; le gouvernement voulait en créer 10.000 à l'horizon 2014. Le Bureau du Plan a observé les premières créations en février dernier et estime leur nombre... à une centaine. On serait à 1 % de l'objectif après neuf mois ? Quelle déception ! Il est possible que le Bureau en ait raté et que le nombre ait grimpé depuis. N'empêche... Les jeunes chômeurs sont-ils confortablement installés dans leur statut, ou les entreprises ont-elles la flemme de former une main-d'oeuvre dont elles affirment avoir besoin et qui ne leur coûte que 200 euros par mois ? Que le gouvernement dégage 200 millions ou 5 milliards, il faudrait aussi/surtout/d'abord que les intéressés se mobilisent mentalement !

GUY LEGRAND - Directeur adjoint

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