Frédéric Van Vlodorp
Frédéric Van Vlodorp
Retrouvez chaque semaine l'éditorial de Frédéric Van Vlodorp, rédacteur en chef de Trends-Tendances.
Opinion

15/03/12 à 09:28 - Mise à jour à 09:28

Refuser des vacances ? Ils l'ont fait !

10 ans après avoir dit non à l'initiative en faveur des 36 heures hebdomadaires (contre une norme de 41 heures actuellement), la population suisse a refusé, dimanche, l'inscription dans la loi de six semaines de vacances pour tous. Aucun des 26 cantons n'a souscrit à cette proposition.

Refuser des vacances ? Ils l'ont fait !

L'information est relativement passée inaperçue en Belgique : 10 ans après avoir dit non à l'initiative en faveur des 36 heures hebdomadaires (contre une norme de 41 heures actuellement), la population suisse a refusé, dimanche, l'inscription dans la loi de six semaines de vacances pour tous. Aucun des 26 cantons n'a souscrit à cette proposition lancée par le syndicat Travail.Suisse, pas même en Romandie ou dans le Tessin.

Ce vote, rendu possible par le mode de démocratie participative auquel tiennent tant les Helvètes, a de quoi surprendre l'étranger, même s'il rassurera les candidats investisseurs.

Il a en tout cas alimenté une campagne très active, mettant face à face, en gros, la droite et le patronat d'un côté, la gauche et les syndicats de l'autre. D'importants moyens ont été dépensés pour convaincre l'électorat.

Le principal enjeu financier ? Six milliards de FS de charges supplémentaires pour les entreprises, selon l'Union patronale suisse. Dix milliards de FS par an pour la société, assure le syndicat, en raison de la charge élevée de travail qui fait qu'un travailleur sur trois ne peut pas travailler jusqu'à l'âge de la retraite pour des raisons de santé. Soit dans les deux cas d'après les différents protagonistes, une menace pour le modèle de réussite économique de la Suisse, une nation globalement toujours épargnée par le chômage même si la sécurité d'emploi n'est désormais plus une vérité absolue.

Le contexte de ce vote était évidemment particulier avec la crise de l'endettement dans les pays européens et le défi de la compétitivité lié au franc fort.

Même rejetée par deux Suisses sur trois, l'initiative a placé cette thématique dans l'agenda politique et économique de la Confédération. Elle pourrait ressurgir dans le cadre des conventions collectives de travail - quand elles existent - sachant que chaque entreprise est libre de donner davantage que les quatre semaines de congés coulées dans la loi.

Au-delà de cette actualité, la question met en lumière un élément culturel fort de ce pays, peut-être hérité du calvinisme d'ailleurs : le travail est une véritable valeur. Il est ainsi considéré comme normal de travailler beaucoup, d'autant que la faible fiscalité encourage l'activité économique. Même si l'argent est supposé couler à flots dans les banques suisses, la prospérité basée sur le travail reste une référence pour le citoyen lambda.

Le propos est quelque peu caricatural, on en convient, et tout n'est pas rose là-bas non plus. Mais il témoigne d'une dynamique complètement différente de celle prévalant dans nos contrées. Il reflète un mental tourné vers l'action, la responsabilisation, le respect de soi-même et des autres. Avec aussi, dès le plus jeune âge, un enseignement valorisant les métiers manuels.

Travaillant globalement plus que nous, les Suisses sont-ils pour autant moins épanouis, plus malheureux ? Paraissent-ils plus stressés, mal dans leur peau, alors que leur productivité a considérablement progressé ?

Voilà qui nous interpelle, même si tout n'est pas comparable. Permettons-nous de passer d'une caricature à l'autre ! Voilà qui, par contraste, éclaire cruellement un état d'esprit gangrené par la dépendance, rendue possible par le système mis en place, entretenu par certains acteurs incontournables. Il est parfois plus lucratif ici de toucher des allocations que de travailler.

On ne s'étonne pas que dans un tel contexte, l'esprit d'entreprendre peine à décoller, la prise de risque est souvent dépassée par la préservation des acquis.

Arrêtons là, car ce serait faire offense à tous ceux qui, en Wallonie et à Bruxelles, mouillent leur chemise au bénéfice de leur région.

Loser ou winner ? C'est aussi dans la tête que ça se passe !

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