Laurent Ledoux et Laurent Hublet
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Opinion

21/03/11 à 10:35 - Mise à jour à 10:35

Quelle responsabilité pour les business schools ?

A l'occasion de la crise, les business schools de par le monde ont été critiquées pour n'avoir pas suffisamment préparé les futurs cadres à agir de manière éthique et responsable. Depuis, l'on voit fleurir sur la plupart des campus des cours d'éthique, de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) ou de leadership responsable.

Quelle responsabilité pour les business schools ?

© Photonews

A l'occasion de la crise, les business schools de par le monde ont été critiquées pour n'avoir pas suffisamment préparé les futurs cadres à agir de manière éthique et responsable. Depuis, l'on voit fleurir sur la plupart des campus des cours d'éthique, de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) ou de leadership responsable. Les étudiants de la Harvard Business School ont même rédigé un serment au travers duquel les signataires s'engagent à oeuvrer pour une société meilleure.

Un premier pas... insuffisant

Malgré ces témoignages de bonnes intentions, on peut douter que cela soit suffisant pour induire des manières fondamentalement différentes de gérer les entreprises, et ce pour au moins deux raisons.

Tout d'abord, dans la plupart des business schools, l'éthique ou le sens des responsabilités sont enseignés comme des matières à part entière, à côté des autres cours tels le marketing ou la gestion financière dans lesquels les questions d'éthique ou de responsabilité sociétale restent souvent peu traitées. Il n'est dès lors pas surprenant qu'il en soit de même dans la plupart des entreprises : le département RSE est un département à part entière, dont le responsable rapporte le plus souvent au secrétaire général ou au responsable de la communication. De la sorte, on est assuré, même si ce n'est pas toujours l'intention, que le département RSE s'occupera de projets périphériques au business, bref qu'il ne remettra pas en cause le core business.

Ensuite, les cours d'éthique sont trop souvent promus à partir du postulat selon lequel la clé du changement serait une moralisation des agents. Cela paraît bien court face aux défis qu'il nous faut relever. Il s'agirait plutôt de repenser en profondeur le système économique actuel et la manière dont sont gérées les entreprises. C'est précisément là que la philosophie, dans son rôle de regard critique sur le monde qui est plus large que celui de l'éthique, peut jouer un rôle important.

Le changement par la philosophie

La réflexion philosophique, par la prise de distance qu'elle stimule, peut en effet faciliter la capacité de se remettre en question et de repenser en profondeur nos façons de voir le monde et de gérer les choses. Or cette volonté de remise en question est manifestement très présente parmi nos dirigeants. Ainsi, 82 % des cadres interviewés lors d'une enquête récente menée par Egerie-research estiment par exemple que les scénarios de stabilisation, de retour à la situation d'avant la crise, ne suffisent plus : il faut oser un changement profond dans notre manière de gérer. Nonante-sept pour cent pensent que de nouvelles sources d'inspiration sont aujourd'hui nécessaires pour induire les changements culturels favorisant une refonte du management.

L'union inédite de trois principales business schools belges - Solvay Brussels School, la Louvain School of Management et HEC Liège - pour lancer un Executive Master de philosophie pour managers est donc en soi le témoignage du besoin d'unir toutes les forces vives pour relever les défis sociétaux actuels. Dans le même souci d'alliance, chacune des neuf journées de ce master seront animées par un binôme différent composé d'un chef d'entreprise de haut niveau (Axel Miller, CEO de Petercam, Pierre Gurdjian, de Mc Kinsey, ou Marc Grynberg, d'Umicore) et d'un philosophe de haut vol (François Jullien, Philippe de Woot...) afin de prendre le recul nécessaire pour explorer de façon nouvelle, à la fois pragmatique et philosophique, les défis essentiels qui se présentent aux managers aujourd'hui.

Nos business schools semblent, manifestement, avoir tiré les leçons de la crise et assument leurs responsabilités. On ne peut que s'en réjouir

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