Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

25/08/14 à 11:42 - Mise à jour à 11:42

Quand la révolution numérique devient une nouvelle forme d'ultralibéralisme

Chacun sait aujourd'hui que des services gratuits comme Google ou Facebook, pour ne citer que les plus célèbres, ne sont en réalité pas gratuits. Comme le disait joliment un économiste, "quand le service est gratuit, c'est que vous êtes le service".

Google ou Facebook gagnent extrêmement bien leur vie en revendant aux annonceurs toutes les données dont ils disposent sur nous. De la sorte, les annonceurs peuvent nous cibler avec des publicités qui correspondent mieux à nos goûts que les pubs aveugles de la télévision. Le seul problème, c'est que dans ce modèle économique, ce sont uniquement Google et Facebook qui gagnent de l'argent et... pas nous !

L'idée a donc germé auprès de certaines start-ups de changer la règle en demandant aux internautes de donner eux-mêmes toutes les données possibles sur eux: que ce soient leurs goûts, leur date de naissance, leurs revenus, leur situation, l'ancienneté de leur voiture, la fin de leur contrat téléphonique, etc. Ces sociétés peuvent récolter ces informations grâce à une application que les internautes téléchargent et qui se raccorde immédiatement à tous les réseaux sociaux auxquels sont affiliés ceux qui veulent jouer le jeu de la transparence. Bref, une fois le profil de l'internaute bien circonscrit, il est proposé, en compagnie d'autres profils similaires, aux annonceurs. Et au final, tout le monde est content. Pourquoi ?

Parce que, primo, l'internaute reçoit de l'argent ou des bons de réduction de la part des annonceurs: il gagne donc enfin de l'argent avec ses propres données privées. Secundo, les annonceurs sont également ravis car ils ne doivent plus passer leur temps à deviner les intentions des consommateurs, puisque ceux-ci leur disent spontanément tout sur eux. Et tertio, la start-up qui a mis au point ce système y gagne, car elle empoche sa commission au passage.

Donc oui, demain, je dis demain car pour le moment ce modèle est plutôt en phase de test, demain vous aurez de plus de plus d'annonces rédigées comme ceci: "j'ai violé moi-même ma vie privée. Je vous vends mes données privées. Dites-moi combien je vaux, svp ?" Nous savions déjà que les pauvres donnaient leur sang ou des organes contre paiement, nous apprenons maintenant qu'en Occident nous allons vendre nos données privées pour gagner un peu d'argent ou diminuer notre endettement. C'est fou, mais c'est parfois aussi cela la révolution numérique, une nouvelle forme d'ultralibéralisme qui ne dit pas son nom.

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