Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

29/08/12 à 10:15 - Mise à jour à 10:15

Quand Goggle se lance dans les voyages

Google vient de racheter pour 25 millions de dollars, Frommer's, un guide de voyage américain très connu, un peu l'équivalent de notre guide du Routard. Le montant de 25 millions de dollars n'a pas de quoi impressionner, car c'est de l'argent de poche pour Google qui dispose de plusieurs milliards de dollars en trésorerie.

Ce rachat s'inscrit dans une politique plus ambitieuse de Google qui, d'une certaine manière, veut devenir un acteur incontournable du tourisme sur le web.

Si on revient quelque temps en arrière, la stratégie de Google apparaît plus lumineuse. L'achat du guide de voyage Frommer's ne se résume pas à un simple guide en papier, Frommer's, c'est aussi un site web sur lequel le touriste peut trouver des suggestions d'itinéraires, des adresses pour le shopping ou le dernier lieu branché de la plupart des grandes villes de la planète. Ce sont autant d'annonceurs potentiels que Google pourra attirer dans ses filets.

Mais avant l'achat de ce guide américain, Google avait déjà aussi acheté ITA Software pour 700 millions de dollars : ITA Software, c'est une société technologique qui fournit des technologies de réservation dans l'aérien à des poids lourds du secteur, par exemple, Trip Advisor que tous les Belges connaissent. Avec cet achat Google dispose désormais aussi de son propre site de réservations on line. Si vous ajoutez à cela que Google a aussi racheté Zagat, un site web de gastronomie très connu des Anglo-saxons (il affiche les adresses des restaurants, mais aussi les commentaires des internautes/voyageurs et non pas seulement des experts gastronomiques), on peut dire que la boucle est bouclée

Avec ces guides pour voyageurs, ces sites gastronomiques, et ces sites de réservations, Google est en bonne marche pour concurrencer des sites de réservation en ligne comme Booking.com ou Expedia qui sont par ailleurs ses clients. L'enjeu est de taille, car la publicité pour le tourisme on line représente 3 milliards de dollars pour l'année 2012. Des clients de Google comme Booking.com pourraient se fâcher tout rouge si Google les attaque frontalement et ils pourraient rompre les liens avec Google. C'est vrai, mais en pratique, il leur sera difficile de rompre leur lien avec Google : n'oubliez pas que des sites comme Booking.com ou Expedia ont davantage besoin de Google que l'inverse. En bonne logique, Google ne va pas s'arrêter en si bon chemin - d'autant que le business qui progresse le plus sur le Net, c'est le business lié au tourisme on line. Au-delà de la publicité ramenée par les annonceurs du secteur, Google espère devenir incontournable et drainer de la pub, mais aussi des commissions sur les réservations - c'est donc un business d'enfer qu'est en train de construire Google.

L'utilisation de plus en plus forte d'Internet sur téléphone mobile va sans doute accélérer ce mouvement et tuer définitivement les guides voyage en papier. Mais on n'en est pas encore là : vu les frais de "roaming" importants, la plupart des touristes désactivent pour l'instant la consommation de données lorsqu'ils franchissent la frontière de leur pays. En attendant, les agences de voyage souffrent le martyre et n'arrivent plus à joindre les deux bouts face à la concurrence d'Internet. Posez-vous d'ailleurs la question : quand avez-vous été pour la dernière fois dans une agence de voyages ?

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