Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

15/09/10 à 12:33 - Mise à jour à 12:33

Pourquoi une scission de la Belgique ferait deux perdants

En cas de scission, comment la dette publique serait-elle partagée ? Cette question, quelques spécialistes flamands se la sont posées récemment. Leur réponse démontre qu'une séparation ne serait pas uniquement à l'avantage de la Flandre...

Cette question était encore taboue avant les dernières élections. De plus en plus de personnes, et pas seulement des politiques, osent désormais évoquer l'inimaginable : une séparation de la Belgique !

Dans ce cadre, et même si cette hypothèse révulse beaucoup de Belges, il faudra sans doute se poser la question de savoir comment la dette publique sera partagée entre Wallons et Flamands. Cette question, quelques spécialistes flamands se la sont posées récemment. Leur réponse démontre qu'une séparation ne serait pas uniquement à l'avantage de la Flandre...

En effet, quelle que soit la clé de répartition choisie, elle fera peser sur la Flandre la charge la plus importante. Historiquement, si l'on regarde ce qui s'est passé pour des pays comme la Tchécoslovaquie, ou comme la Belgique et les Pays-Bas lors du divorce de 1830, c'est à chaque fois le critère des recettes d'impôts qui a été choisi. Sur base de ce critère, la Flandre prendrait à sa charge, en cas de séparation, environ 63 % de l'ancienne dette publique belge. Soit 219 milliards d'euros, 110 % du PIB flamand !

Ce n'est pas fini. En cas de séparation, la Flandre n'aurait sans doute plus le même rating que l'Etat belge. Autrement dit, les marchés financiers demanderaient un taux d'intérêt un peu plus élevé pour acheter de la dette publique flamande, ce qui aggraverait encore la charge de la dette publique du nord du pays. Ce serait un véritable cercle vicieux : si, économiquement, la Flandre est globalement plus riche que la Wallonie, elle souffre d'un problème de démographie.

A terme, elle risque d'avoir trop de personnes âgées à charge des actifs qui, par définition, sont de moins en moins nombreux. Comme l'immigration n'a pas la cote en Flandre, elle risque d'avoir un souci sur le plan du paiement des pensions, même si c'est à un horizon de quelques années. Comme me le disait un banquier belge pas plus tard que ce mardi, demandera-t-on ensuite aux Wallons de venir travailler en Flandre pour pouvoir payer les pensions du nord du pays ?

C'est une boutade, bien entendu, mais elle a le mérite d'éclairer avec un peu de cynisme les tensions politiques actuelles. Et de rappeler qu'en cas de scission, il n'y aura sans doute pas un perdant et un gagnant mais plutôt deux perdants. Comme le disait un autre interlocuteur, une région riche n'a jamais intérêt à avoir à ses portes une région pauvre, surtout quand c'est son deuxième client. Ceci dit, l'économie a ses règles que la politique ignore...

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