Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

03/11/11 à 09:44 - Mise à jour à 09:44

Pourquoi notre destin dépend du "oui" des Grecs

Le coup de poker du Premier ministre grec n'a pas fini de créer des remous...

Le coup de poker du Premier ministre grec n'a pas fini de créer des remous. Tard dans la soirée de mercredi, les dirigeants européens réunis à Cannes ont demandé à la Grèce de dire, lors de son référendum du 4 décembre, si elle veut rester dans la zone euro. Pour mieux lui faire comprendre l'importance de ce message, ils ont décidé de couper les vivres à la Grèce tant qu'elle n'aura pas appliqué le plan de sauvetage de la zone euro.

Autrement dit, la tranche de 8 milliards d'euros qui devait être débloquée pour la Grèce ne sera pas versée avant de connaître le résultat du référendum ! De plus, un responsable gouvernemental européen (anonyme) a prévenu : un "non" grec serait "malheureux pour la Grèce, car leur sort en dehors de la zone euro serait bien pire que les solutions qu'on leur propose aujourd'hui. Mais s'ils le décident, eh bien, qu'ils en sortent !"

Quiconque entend ce genre de discours pourrait être tenté de dire : "Eh bien, oui, que les Grecs s'en aillent, qu'ils quittent la zone euro s'ils ne veulent pas appliquer le plan d'austérité qui leur a été imposé ! La Grèce ne pèse effectivement pas lourd, à peine 2 % du PIB de la zone euro. Un départ de la zone euro ne serait donc pas une catastrophe !"

Détrompez-vous. D'abord, ce serait une catastrophe pour les Grecs eux-mêmes et surtout pour les plus démunis. Leur ancienne monnaie, la drachme, serait d'office dépréciée d'au moins 50 % par rapport à l'euro. Cela signifie que toutes les marchandises importées en Grèce coûteraient d'emblée 50 % de plus, sans compter que les banques grecques tomberaient toutes en faillite car elles sont les première détentrices de la dette publique grecque. Autant dire que toutes les PME locales seraient immédiatement asphyxiées.

Et alors, direz-vous, c'est leur problème, les Grecs ont assez joué avec notre patience, non ? Ce discours serait trop facile. Si Sarkozy et Merkel sont nerveux, c'est parce qu'ils savent que, si la Grèce quitte la zone euro, cela créerait un dangereux précédent. Cela voudrait dire que la zone euro n'a pas été capable de défendre l'un de ses membres. Que feront alors les marchés financiers ? Ils dirigeront leurs attaques sur les autres maillons faibles de la zone euro, le Portugal, l'Espagne, l'Italie et, pourquoi pas, la Belgique.

L'effet domino est assuré... à ceci près que, si nous avons des minutions pour défendre le Portugal et éventuellement l'Espagne, l'Europe n'a pas de quoi défendre l'Italie, qui reste la 3e économie de la zone euro. Et là, c'est l'explosion assurée de la zone euro ! Dans ce cas de figure en forme de cauchemar, nous entrerions dans un territoire inconnu.

Voilà pourquoi notre destin dépend, qu'on le veuille ou pas, du "oui" des Grecs à ce référendum. Ce n'est pas plaisant à dire mais c'est la stricte vérité.

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