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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

19/01/10 à 15:23 - Mise à jour à 15:23

Pourquoi les salaires des grands patrons ne diminueront pas

Malgré les protestations sur son salaire, Jean-Paul Votron a été invité à prolonger son mandat, par plus de 98% des voix des actionnaires...

Pourquoi les salaires des grands patrons ne diminueront pas

Mardi dernier, le patron de Fortis, Jean-Paul Votron, a dû affronter une assemblée générale très houleuse. Plusieurs petits actionnaires se sont émus de la hauteur de son salaire: les 3,9 millions d'euros empochés par Jean-Paul Votron pour 2007 leur semblent exagérés. Bien entendu, ce genre de question suscite à nouveau le débat sur ce qui est excessif ou pas en matière de salaires des grands patrons de sociétés cotées en Bourse.

Pour beaucoup de patrons, surtout ceux contraints depuis peu à publier leur rémunération, le salaire n'est finalement que le résultat de la création de richesse. En clair, ils ne voient pas pourquoi ils devraient s'excuser de bien gagner leur vie car ils rapportent encore plus d'argent à l'entreprise qu'il ne lui en coûte. C'est vrai sauf que pas mal de patrons ont été augmenté alors que leurs cours de bourse a dégringolé. Et c'est cela qui choque, plus que le montant.

D'autres grands patrons pensent qu'ils ne font que s'aligner sur les salaires en vigueur à l'étranger, et notamment du côté des Etats-Unis. Là encore, l'argument est compréhensible, mais pourquoi se comparer aux patrons américains plutôt qu'aux indiens ou aux chinois?

D'autres grands patrons enfin pensent que leur salaire n'est pas plus exorbitant que celui d'un sportif de haut niveau. Oui, c'est vrai. Sauf que la carrière d'un sportif est plus courte que celle d'un patron, et que, on peut le regretter ou pas, le sportif de haut niveau fait rêver, ce qui n'est hélas pas le cas du grand patron.

Sur ce dernier point, je voudrais tout de même dire que je trouve cela dommage, car avec un taux de chômage très élevé dans le Sud du pays, nous avons davantage besoin de patrons créateurs d'emplois que de sportifs.

Voilà pour les arguments en ce qui concerne les grands patrons. Et j'insiste sur le "grands", car il faut bien se rendre compte que les salaires en question ne concernent que les dirigeants des sociétés cotées en Bourse, au sein du fameux Bel20. Les autres patrons, c'est-à-dire l'immense majorité, ne gagnent souvent même pas 10% des montants que j'ai cités.

Si vous êtes malgré tout choqué par ces montants, qu'avez-vous en mains comme possibilités d'agir? Rien en principe. Sauf si vous avez une action de cette société cotée, dans ce cas là, vous avez un droit de vote. Donc, vous n'avez qu'à voter "non" à la prochaine assemblée.

En réalité, personne en Belgique ne le fait. La meilleure preuve, c'est qu'après avoir chahuté l'assemblée générale de Fortis, les petits porteurs ont voté à plus de 98% l'ordre du jour proposé par les dirigeants de Fortis. Autrement dit, après quelques coups de gueule, ils ont quand même donné un blanc-seing à la direction.

Il est vrai aussi que les petites actionnaires sont trop petits pour influencer les décisions. Ce sont les grands actionnaires, qui sont souvent des sicav ou des fonds de pension, qui peuvent dire "stop, vous exagérez avec ces salaries indécents". Mais soyons en sûrs, les grands actionnaires ne lèveront pas le petit doigt!

Pourquoi? Parce que ces investisseurs institutionnels sont eux-mêmes contrôlés par des grands groupes financiers, lesquels préfèrent cultiver leurs relations avec les puissants plutôt que de régler un problème salarial qui leur semble anecdotique par rapport au reste. Et voilà pourquoi, au risque de vous apparaître cynique, je crois que rien ne va changer...

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